Michel Djotodia : «Il est temps qu’on reconstruise notre pays!»

En Centrafrique, les responsables religieux, catholiques et musulmans tentent d'apaiser le climat. Les violences entre les communautés ont fait plusieurs centaines de morts. Dans ce contexte, la présidence centrafricaine annonce qu'elle est disposée à dialoguer avec les anti-Balaka, ces groupes armés qui ont attaqué Bangui le 5 décembre dernier, en réponse aux exactions des ex-rebelles de la Seleka. Michel Djotodia, le président de la transition est l'invité de la rédaction. Au micro de Laurent Correau, il rappelle qu’il est prêt à discuter « avec tous ceux qui sont épris de paix et de justice » et écarte l’idée d’une candidature à la fin de la transition.



Michel Djotodia, le président de la transition en Centrafrique. REUTERS/Alain Amontchi
Michel Djotodia, le président de la transition en Centrafrique. REUTERS/Alain Amontchi

Monsieur le président bonjour… On parle de contact entre des membres de votre entourage et des représentants des anti-Balaka. Qu’en est-il ?
 

Michel Djotodia : la demande a été lancée par la partie anti-Balaka. Nous avons trouvé salutaire ce geste. Et nous sommes allés à la rencontre de ces frères. Ce ne sont pas des ennemis, ce sont nos frères. Et ils ont posé quelques préalables. Nous sommes prêts à accéder à certains de ces préalables. Donc je vais demander à tous les anti-Balaka de sortir et qu’ils ne seront jamais inquiétés. Dans ce cadre précis d’ailleurs, nous allons prendre des mesures pour pouvoir libérer certains qui sont déjà dans nos murs.
 

Quels sont les préalables qui ont été posés par les anti-Balaka ?
 

D’abord, leur sécurité et ensuite qu’on prenne une loi d’amnistie. Ils se disent lésés : il n’y a pas ceux de leur ethnie dans le gouvernement, il n’y a pas de Baya dans le gouvernement. Ils veulent que les Baya soient représentés dans le gouvernement. Ce point précis doit faire l’objet d’un débat parce que l’ancien régime a envoyé deux de ses représentants dans le gouvernement. Nous verrons. Nous allons continuer la discussion avec eux pour voir comment on peut décanter la situation.
 

Vous êtes prêt, en tout cas, à discuter avec les anti-Balaka ?
 

Tout à fait. Je suis prêt à discuter non seulement avec les anti-Balaka, mais avec tous ceux qui sont épris de paix et de justice en tout cas. Je suis prêt à tendre la main.
 

Est-ce qu’éventuellement, l’entourage de l’ancien président Bozizé peut être autour de la table ? Ce sont des interlocuteurs que vous accepteriez ?
 

Il suffit qu’ils en manifestent le désir et puis nous, on va les rencontrer puis discuter avec eux. Après tout, ce sont les filles et les fils de ce pays, même si périodiquement on les écarte. Mais avec le temps ils seront obligés de revenir parce que c’est chez eux.
 

Quelle est votre réaction, Monsieur le président, aux violences interreligieuses qui ont éclaté ?
 

Je suis pour la paix, je veux que les Centrafricaines et les Centrafricains s’entendent, que les filles et les fils de Centrafrique s'asseyent et discutent. Car ce que nous vivons aujourd’hui, c’est l’accumulation de tous les conflits depuis plus de trente ans. Il y a une profondeur de tous nos problèmes.
 

Comme je l’ai une fois dit à nonsieur le président de la République française, à partir de 1990, la nation centrafricaine a éclaté. Et tous ceux qui se sont succédé se sont basés seulement sur leur ethnie pour gouverner. Il n’y avait plus de République en tant que telle, il n’y a pas d’armée, il n’y a rien ! Maintenant, il faut reconstruire. Mais si nous perdons notre temps à dire : toi, tu es musulman, toi tu es chrétien… en fin de compte, les gens vont dire que nous sommes un peuple arriéré ! ... Je suis écœuré de constater que mon peuple est le dernier de tous les peuples du monde entier !
 

Nous nous basons sur des futilités pour nous entretuer, ce n’est pas normal ! Il est temps qu’on reconstruise notre pays ! Ce que disent les musulmans : quittez ! Mais c’est impossible ! Ce n’est pas parce que Bozizé a perdu le pouvoir que nous, nous ne pouvons pas nous entendre entre nous !... Bozizé parti, il a tout arrangé et maintenant on commence à s’entretuer ?
 

Qu’est-ce qui explique justement, Monsieur le président, selon vous, que depuis une semaine on ait assisté à de tels déchaînements de violence entre chrétiens et musulmans à Bangui ?
 

Vous savez que cette histoire-là a été préparée. Bozizé a utilisé les médias de l’Etat pour dire que, voilà… tuez ceux qui viennent du Nord, ce sont vos ennemis. Il a distribué des armes, il a distribué des machettes…. Ce sont les conséquences de l’insécurité ! Il l’a dit à haute voix : «Après moi, la situation sera ingouvernable ». Voilà !
 

Mais tout de même, Monsieur le président, on sent bien qu’il y a beaucoup d’exaspération chez les habitants de Bangui, notamment après huit mois d’exactions d’ex-éléments de la Seleka. Est-ce que vous prenez la mesure de cette exaspération des populations de Bangui ?
 

Je ne nie pas qu’au départ, il y a eu des gens qui se sont infiltrés et qui ont commis des exactions, ça c’est vrai. On les a pris, on les a arrêtés, on les a jugés ! Ils sont en prison. Le 5 [décembre NDLR], Bozizé vient et ils sont libérés ! ... Il y a eu des gens qui sont venus de l’extérieur et qui se sont faits passer pour des Seleka et qui ont commis des exactions !
 

Monsieur le président, les opérations de cantonnement ont commencé. A quelles conditions ces opérations de cantonnement peuvent réussir ?
 

Il faut des financements, parce que nous sommes dépassés ! Je l’ai dit même hier à monsieur le ministre de la Défense de France. Il a dit : oui, vous avez raison. Parce que vous n’allez pas cantonner les gens et puis ne pas leur donner à manger ! Et s’ils se révoltent ? On va dire encore [que] c’est moi, Michel ? J’ai fait mon devoir.
 

On a assisté à un début de polémique après les déclarations de François Hollande qui disait qu’on ne pouvait pas laisser au pouvoir quelqu’un qui avait laissé faire ou qui n’avait rien fait lors de ces derniers événements. Et vous, vous avez répondu en disant que vous ne souhaitiez pas rebondir dans cette polémique.
 

C’est tout à fait normal, parce que j’ai reçu juste après ces déclarations l’ambassadeur de France qui m'a confirmé que la France va soutenir la transition. La France me soutient. Il faut qu’on aille de l’avant !
 

On parle de réduire la durée de la transition qui est prévue pour février 2015. Est-ce que c’est possible ?
 

La transition ne me regarde pas. Je suis là, je n’ai jamais dit « non » à la communauté internationale. J’attends. Même s’ils me disent après-demain qu’il y a élection, allons-y seulement.
 

Monsieur le président, est-ce que vous serez candidat à la fin de la transition ?
 

Je suis lié par les accords de Libreville ! Libreville m’interdit à moi, au Premier ministre, à tout le monde ! ... Tous les acteurs de la transition ne seront pas candidats. Donc, moi y compris puisque je suis le premier.

Source : Rfi.fr
 


Dépêche

Lundi 16 Décembre 2013 - 15:13



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