Migrants, de la Serbie à l'Autriche via la Croatie et la Hongrie

Le flux des migrants se poursuit en Europe. Environ 20 000 personnes sont arrivées en Autriche via la frontière hongroise le week-end dernier. Nous avons récemment raconté l’arrivée de ces réfugiés en Italie et en Grèce, sur la terre ferme. Nous vous proposons ce mardi 29 septembre 2015 de remonter la route qu'ils empruntent ensuite en Europe, à travers la Serbie, la Croatie, la Hongrie puis l'Autriche.



« Où suis-je ? », demande en anglais un migrant afghan arrivant à la frontière austro-hongroise. Une question à la fois géographique et existentielle, car tout va très vite désormais. En bateau, en bus, en train et à pied, il faut compter près d’une semaine seulement pour rejoindre l’Europe depuis la Turquie.

Une semaine pour changer de monde, nous dit en substance Basil, venu de Syrie : « Il m’a fallu dix jours pour arriver ici depuis Damas. On a avec nous nos bagages ; nous avons dû marcher, marcher et encore marcher. Nous avons pris le bateau en Turquie, la traversée est très dangereuse ! Le bateau était surchargé et il n’y avait pas de commandant de bord. Ce sont les passagers qui pilotaient. »

A pied à travers les vignes qu'il pleuve ou qu'il vente

 

Une fois sur la terre ferme, l’odyssée se poursuit donc. Au bout, la frontière austro-hongroise sert de porte d'entrée vers l'Europe occidentale. Plus en amont, à Zakany, dans le sud-ouest de la Hongrie tout près de la frontière croate, l'Autriche ne paraît déjà plus très loin. Mais sur place, les haut-parleurs hurlent dans la nuit. Comme la plupart des capitales d’Europe de l’Est, Budapest ne veut pas de migrants. Pour autant, après avoir fermé sa frontière avec la Serbie à la mi-septembre, la Hongrie les laisse encore passer par la frontière croate.

Le but est de les faire transiter vers l'Autriche. Il est d'ailleurs 21h30 et le train 628-116 des chemins de fer hongrois grince des mécaniques. Déjà, il emporte avec lui le paysage. Sur le quai de la gare de Zakany, soldats et policiers en gilets fluorescents sont postés devant chaque wagon et accompagnent le train qui part au ralenti. Au bout du quai, des ombres venues d’un champ voisin remplissent une a une les voitures sous l’œil vigilant d’une trentaine de bénévoles venus de tout le pays pour aider les réfugiés.

Parmi ces volontaires : la rousse Laura. « Deux trains sont arrivés dans la journée, ce qui fait à peu près 3 000 personnes, relate-t-elle en anglais. Dans celui-là, on compte 1 700 migrants. Ils viennent tous à pied depuis la frontière. Si vous regardez par là, vous les verrez arriver. » Et de montrer de la main des champs de vigne, avant d'ajouter au sujet des autorités hongroises : « Hier, il pleuvait à torrents et ils les ont laissés patienter là-bas. »

Un système désormais bien rôdé entre Croatie et Serbie

Il pleut aussi en Croatie. Au moment où nous remontons à nouveau plus en amont sur la route des migrants, un gros orage passe même sur le camp de transit d’Opatovac, à la frontière serbe. Les migrants chantent pour se réchauffer. Après un long voyage en bus à travers la Serbie, ils attendent le prochain car - croate cette fois-ci -, à destination de la Hongrie. Un système désormais bien rôdé, Belgrade et Zagreb ne voulant plus se laisser déborder. C'est ce qu'explique en français Gilles, coordinateur de l’association SOS Convoy :

« La Serbie, comme chaque pays, essaie de faire transiter les réfugiés le plus rapidement possible. Ils les ramassent à la frontière macédonienne, ils les mettent dans des bus et ils envoient les bus ici. Le problème, c'est que la Croatie n'était pas du tout sur les routes balisées de la migration, et d'un coup elle s'est retrouvée avec 10 000 personnes à gérer, plus 3 000 ou 4 000 qui arrivent chaque jour. C'est exactement la même chose que chaque gouvernement essaie de faire : organiser une logistique pour que les réfugiés ne soient pas bloqués quelque part. »

La traversée de Hongrie, sous la surveillance des drones

Des trains qui roulent dans la nuit, des bus aussi, les migrants que l’on voit partout sur les télévisions sont quasi invisibles aux yeux des habitants des pays traversés. Accordéon, musique pour la fête des récoltes... dans le sud-ouest de la Hongrie par exemple, des tables ont été dressées sur la remorque des tracteurs. En habits traditionnels, on tape des pieds, on trinque, on chante aux vignes et à la beauté des collines. Pas de quoi estomper les craintes pour autant. « Nous avons peur des migrants, car ils sont trop nombreux », explique ainsi Ildiko Teruk, habitante d’un village hongrois près de la frontière slovène.

L’armée hongroise a pourtant mis les moyens pour surveiller les migrants. Et notamment une « tondeuse dans le ciel ». il s'agit en fait d'un drone qui « prend des photos partout », explique Andrea, une autre volontaire rencontrée à Zakany. « On m’a dit qu’il pouvait même envoyer les images en volant », ajoute-t-elle. Des drones, mais aussi des soldats équipés de caméras thermiques, la plupart de ces migrants en ont vu d’autres...

L'arrivée en Autriche pour une nouvelle vie en Europe

C'est l'heure de l'arrivée en gare d’Hegyeshalom, à la frontière austro-hongroise. Tout le monde descend et reprend son baluchon. L’Autriche, c’est là-bas, à quatre kilomètres à pied. Tout droit vers un horizon d’éoliennes.  Une fois sorties du train, près de 1 500 personnes marchent dans cette petite rue de la localité à l'unisson. Certains migrants ont des valises à roulettes, d'autres des sacs à dos. Peu de choses en règle générale. On voit en revanche beaucoup de familles, des enfants.

On voit surtout des sourires, comme celui de Mohamed, 21 ans. Survêtement, grosses lunettes, il sera l’un des premiers à arriver au poste-frontière de Nickelsdorf, en Autriche. Il explique sa situation : « Je suis Syrien mais je viens d’Egypte. Je travaillais là-bas. J’ai fait caissier, j’ai aussi travaillé dans un café internet, j’ai été serveur... Tout un tas de petits boulots. Je ne peux pas retourner en Egypte ou en Syrie. En Syrie, parce que c’est la guerre et au Caire, parce que je n’ai pas de visa et l’Egypte demande un visa aux Syriens. »

En Europe, il aimerait « travailler et faire des études ». « Je peux faire n’importe quel travail. Je suis musicien, j’aimerais faire du hip-hop. J’ai un studio. Je fais aussi du beat box. Vous voulez que je vous montre le beat box ? » Des talents de musicien que l'on a bien entendu envie de découvrir ! Tout le long de sa route, ce jeune Syrien a apporté avec lui sa « boîte à rythmes humaine » et l’énergie de ses 20 ans. Il est prêt à faire tous les métiers, martèle-t-il, pour commencer une nouvelle vie en Europe.

Source : Rfi.fr



Mardi 29 Septembre 2015 - 13:33



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