Minusma au Mali: «les troupes ont quatre mois pour se mettre aux normes de l'ONU»

Les forces ouest-africaines qui interviennent au Mali aux côtés de l’armée française passent ce lundi 1er juillet sous mandat des Nations unies. La Misma devient Minusma, avec une mission de maintien de la paix. A cette occasion, le secrétaire général adjoint des Nations unies en charge des opérations de maintien de la paix s’est rendu à Bamako. Hervé Ladsous assistait ce lundi matin à la cérémonie de transfert d’autorité. Il répond aux questions de David Baché pour RFI.



La Minusma soutient les autorités de transition : formation, assistance technique et entraînement des forces de police dans la banlieue de Bamako. Photo: MINUSMA / Blagoje Grujic
La Minusma soutient les autorités de transition : formation, assistance technique et entraînement des forces de police dans la banlieue de Bamako. Photo: MINUSMA / Blagoje Grujic
RFI : Les troupes ouest-africaines de la Misma passent officiellement sous mandat onusien au 1er juillet, ce lundi. Est-ce que la Minusma est prête pour prendre ce relais ?
Hervé Ladsous : Il y a actuellement 6 200 soldats environ de la Misma qui sont déployés sur le territoire malien. Il est clair que ces troupes ne sont pas toujours exactement aux normes des Nations unies, qu’il s’agisse des effectifs, des équipements, ou de l’entraînement sur le plan du droit humanitaire et du respect des droits de l’homme. C’est la raison pour laquelle nous leur donnons une période de grâce de quatre mois pour se mettre exactement à ces normes, qui sont celles des Nations unies.
Pendant ces quatre mois, vous leur dispensez des formations ? Vous leur donnez du matériel ?
Nous commençons en ce moment les formations. Les matériels, vous savez que les Nations unies ne peuvent pas donner de matériel létal. Alors l’équipement général, les tentes, tout ce qu’on peut imaginer, les groupes électrogènes...ça nous le faisons. Pour les équipements strictement militaires, cela relève évidemment des coopérations bilatérales.
Donc, chaque fois que je rencontre un pays d’Europe, d'Amérique du Nord, je lui dis : « Ecoutez, ce serait bien si vous pouviez aider tel ou tel bataillon de l’Afrique de l’Ouest à se mettre au niveau ». C’est très important, évidemment.
Cette période de grâce de quatre mois dont vous parlez, c’est aussi le temps qu’il va vous falloir pour atteindre l’objectif final de plus de 12 000 hommes ?
Je crois que nous nous fixons de réaliser cet objectif avant la fin de l’année. On a déjà identifié un certain nombre de pays contributeurs, notamment en Asie et également en Amérique latine. Donc nous continuons l’effort. Nous dialoguons avec nos contributeurs traditionnels, avec les nouveaux contributeurs possibles, pour arriver à avoir le nombre requis en terme de soldats, en terme également de policiers.
Avec l’accord de Ouagadougou sur la ville de Kidal, la Minusma se voit attribuer un rôle capital. Pour commencer, c’est elle qui va devoir gérer le cantonnement des combattants des groupes armés. Est-ce que vous pouvez nous dire comment ce cantonnement va se mettre en œuvre ?
Il est en ce moment l'objet de discussions. Il y a des modalités qu’il faut fixer. Ce qui compte, c’est que nous avons ouvert le bureau des Nations unies à Kidal, avec un petit nombre de fonctionnaires qui s’étoffera petit à petit, et qu’il y a déjà l’unité de la Misma, l’unité béninoise en fait, qui est déjà présente à Kidal et dont la présence participera à des mesures de confiance vis-à-vis des uns et des autres.
Est-ce que vous pouvez nous dire où on en est de la controverse sur les sites de cantonnement ?
Ce n’est pas une controverse ! C’est un sujet de discussion.
La querelle ?
Non, non ! Ce n’est pas une querelle non plus ! Chaque partie a sa vision de ce qu’elle souhaiterait idéalement. Les positions doivent inévitablement se rapprocher et c’est à cela que travaillent nos collègues, en lien avec les uns et les autres.
C’est aussi la Minusma qui sera chargée de conserver les armes des groupes armés. Est-ce que vous pouvez nous dire, en pratique, comment ça va se passer ?
Le cantonnement, c’est la première étape. Déjà, séparer les combattants de leurs armes en les regroupant. Après c’est un processus qui se poursuivra.
Et sans parler du désarmement final, dont on a compris qu’il devait être discuté après l’élection présidentielle, la Minusma qui va conserver les armes des combattants des groupes armés, ça veut dire que concrètement ces armes seront toujours à Kidal, dans les locaux de la Minusma ?
Sans doute. Je crois que ça fait partie des modalités auxquelles il faudra se fixer.
Dans cet accord on parle aussi du redéploiement des forces armées maliennes, conjointement avec les forces de la Minusma. « Conjointement », ça veut dire quoi ?
Comme je vous le disais à l’instant, il y a des militaires béninois qui sont déjà là. Et leur présence est destinée, justement, à donner confiance aux deux côtés.
Parce qu’on surveille ?
Parce qu’on est là, et que s’il y a des difficultés, on essaie de les régler. Tout un mécanisme de bons offices, de médiations si nécessaire, pour trouver une solution qui rassure.
La force française Serval est censée apporter son soutien à la Minusma pour toutes ces tâches. Comment est-ce que vous envisagez cette collaboration ?
D’abord il faut le noter, la résolution du Conseil de sécurité autorise la France à poursuivre l’opération Serval. Cela est complété par un dispositif que nous avons négocié avec la France, par lequel la France promet le concours des forces essentiellement de Serval, pour le cas où nous devrions faire face à une situation sérieuse et problématique.
Quel type de situation par exemple ?
On peut imaginer une attaque massive, quelque chose qui vraiment mettrait en péril la Minusma.
Serval reste justement au Mali pour des missions dites plus offensives que les tâches qu’est censée accomplir la Minusma. « Plus offensives » : où commence la différence et le partage des tâches ?
Ce qui est clair, c’est que le mandat de la Minusma ne comprend pas de tâches d’imposition de la paix. Il ne comprend pas davantage de missions antiterroristes. Pour autant, c’est un mandat robuste, qui permet la protection des civils.
Premier tour de l’élection présidentielle le 28 juillet, c’est tenable ?
C’est un défi. Mais je crois qu’il faut le tenir et je pense qu’il faut tout faire pour que la consultation puisse se tenir à bonne date.
Bonne date, ça veut dire la date prévue ?
La date prévue, exactement.
Propos recueillis par RFI


Mardi 2 Juillet 2013 - 08:50



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