Mort du chef maï-maï Morgan: que s’est-il passé à Molokaï?

Retour sur l’affaire Morgan du nom de ce chef maï-maï qui s’était rendu à l’armée et a trouvé la mort au cours de son transfert sur Bunia. Le 14 avril dernier, Morgan a été blessé aux jambes à Molokaï, mais il arrive mourant à plus de 200 kilomètres de là, à la base de la Monusco à Komanda.



Capture d'écran de la vidéo montrant Morgan (à droite) au millieu des FARDC.
Capture d'écran de la vidéo montrant Morgan (à droite) au millieu des FARDC.
Lundi 14 avril. Trois jeeps de l’armée prennent la route de Bunia. À leur bord, Morgan et une dizaine de Maï-Maï. L’objectif est dans un premier temps de retrouver à Molokaï le général Fall Sikabwe. Mais lorsque le convoi arrive sur place, le chef des opérations en Ituri n’est pas là. Il demande à être rejoint dans la ville voisine d’Epulu. Morgan refuse, argumentant qu’il a causé du tort aux populations de cette région. Le général finit par arriver avec plusieurs dizaines de militaires de sa garde rapprochée. Les deux hommes s’enferment alors dans l’une des jeeps pour discuter. La conversation dure 10 à 20 minutes à peine. Selon plusieurs témoignages, Morgan ressort visiblement perturbé.

Un premier coup de feu éclate, puis un deuxième. Le chef des Maï-Maï Simba – qui ne porte aucune arme sur lui – est blessé aux jambes. La garde rapprochée du général Fall Sibakwe a-t-elle pu penser que Morgan était sur le point de fuir ? Cet incident entraine en tout cas des échanges de tirs entre les escortes FARDC et les miliciens de Morgan.
 
Que s’est passé-t-il lors de ce tête-à-tête à Molokaï juste avant les coups de feu ? Selon le haut commandement militaire à Bunia, le chef de guerre avait posé de nouvelles conditions à sa reddition, et notamment de retourner en brousse pour regrouper ses hommes ou d’obtenir le grade de général au sein de l’armée congolaise. Il avait déjà parlé de tout cela lors des tractations entourant sa reddition, assurent d’autres sources. Morgan aurait même évoqué publiquement le fait qu’il allait être réintégré au sein de l’armée congolaise.
 
Parmi les questions auxquelles la justice militaire va devoir répondre, il s’agira de savoir ce qui avait été effectivement promis à Morgan, lui qui était censé être poursuivi pour crimes de l’humanité, comme c’est aujourd’hui le cas pour 35 de ses miliciens.
 
Un major interpellé

 
Le major Enoch Kinzambi est l’un des personnages clefs dans cette affaire. L’homme est actuellement dans les geôles de l’auditorat militaire de Bunia. Il est officiellement le premier officier FARDC interpellé dans le cadre de l’enquête de la justice militaire congolaise sur les circonstances de la mort de Morgan.
 
Commandant du bataillon de Mambasa, le major Enoch a été chargé par le général Fall Sikabwe d’aller à la rencontre de Morgan et de superviser les premières étapes de sa reddition. Selon l’état-major militaire à Bunia, le général l’a interpellé après la mort de Morgan, l’accusant de ne pas avoir obéi à ses ordres, d’avoir menti en affirmant que le chef maï-maï et ses hommes étaient désarmés, voire d’être complice de Morgan.
 
Or, le 14 avril, au départ du convoi à Badengaïdo, selon les images reçues par RFI et France 24, tous les militaires congolais présents ne pouvaient ignorer que le chef maï-maï était désarmé et que certains de ses miliciens, eux, l’étaient bel et bien. Y compris un officier plus gradé que le major Enoch, le colonel Muziamu que l’on voit d’ailleurs s’entretenir dans la vidéo avec Morgan.
 
Pourquoi le major Enoch Kinzambi a-t-il alors été arrêté cette fois par le procureur militaire de Bunia ? Quel rôle a-t-il véritablement joué dans la mort de Morgan ? De sources concordantes, le major Enoch a déjà plusieurs fois démenti avoir joué un quelconque rôle dans les événements qui ont entraîné la mort du chef maï-maï. Il se serait en revanche ouvertement plaint des décisions prises par ses supérieurs hiérarchiques le jour J. Toujours selon ces mêmes sources, le major Enoch Kinzambi aurait notamment critiqué un usage excessif de la force à l’égard de Morgan et, une fois ce dernier blessé, de l’absence de soins qui aurait entrainé sa mort. Ces déclarations lui auraient valu de sérieuses inimitiés au sein de l’armée à Bunia.

Source : Rfi.fr
 


Lundi 5 Mai 2014 - 09:07



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