Mort du roi Abdallah d'Arabie Saoudite: les réactions internationales

Agé d'environ 90 ans, le roi Abdallah d'Arabie Saoudite s’est éteint vendredi 23 janvier 2015. Tandis que son demi-frère Salmane lui succède sur le trône, les hommages affluent et les premières questions se posent. L’Arabie Saoudite est un acteur-clé du Moyen-Orient. Il s’agit par ailleurs du berceau de l’islam et du premier pays producteur et exportateur de pétrole dans le monde.



Tous insistent sur son action, pendant ses 10 ans d’intérim puis ses 10 années de règne à la tête de l'Arabie Saoudite. Outre son rôle diplomatique central dans les affaires du Moyen-Orient, le roi Abdallah est parvenu à maintenir la stabilité de la première puissance pétrolière mondiale, font notamment valoir de nombreux dirigeants dans le concert des nations.

Signe que la mort d’Abdallah est un évènement, le roi de Jordanie a aussitôt décidé de quitter le Forum économique de Davos, où il devait pourtant prendre la parole ce vendredi. Quant au président turc, il a reporté une visite en Somalie prévue ce jour pour assister aux funérailles du roi (au lendemain, certes, d'un attentat ayant visé la délégation turque à Mogadiscio en pleine préparation de la visite).

Un homme « passionné »

Les réactions viennent du monde entier. A Tokyo, le secrétaire général et porte-parole du gouvernement Yoshihide Suga a vanté le rôle « significatif joué pour longtemps (par le roi) pour la paix et la stabilité de l'Arabie Saoudite, de la communauté islamique et du monde ». « Avec le roi Abdallah, nous avons perdu une voix importante qui a marqué son pays d'un impact durable », renchérit de son côté le Premier ministre indien Narendra Modi.

Le Premier ministre canadien Stephen Harper parle d'un homme « très passionné au sujet de son pays, du développement et de l'économie mondiale », « un ardent défenseur de la paix au Moyen-Orient ». Par communiqué, son homologue britannique David Cameron dire qu'il gardera le souvenir de « ses longues années au service de son royaume » et de « son engagement en faveur de la paix et du renforcement de la compréhension entre les religions ».

« Amitié véritable et chaleureuse »

La présidence française a rendu un hommage appuyé, saluant par communiqué la « mémoire d'un homme d'Etat dont l'action a profondément marqué l'histoire de son pays et dont la vision d'une paix juste et durable au Moyen-Orient reste plus que jamais d'actualité ». Depuis son accession à la tête de l’Etat, François Hollande s’est rendu à deux reprises à Riyad, la dernière fois fin décembre, dans un contexte général de rapprochement bilatéral.

La réaction des Etats-Unis était bien sûr particulièrement attendue et n’a pas tardé. « Il a toujours été un dirigeant sincère ayant le courage de ses convictions », a déclaré le président américain dans un communiqué. « Nos pays ont travaillé ensemble à relever de nombreux défis et j'ai toujours estimé les points de vue du roi Abdallah et apprécié notre amitié véritable et chaleureuse », ajoute Barack Obama, pour qui Abdallah a renforcé les liens entre les deux pays, alors que les relations entre Riyad et Washington n’ont en effet pas toujours été au beau fixe.

L'allié des Etats-Unis

Après les attentats du 11-Septembre, les Etats-Unis avaient découvert avec stupéfaction que 15 des 19 terroristes qui avaient mené les attaques étaient des Saoudiens. Or, en 2001, le prince Abdallah gérait déjà les affaires de l’Etat, tandis que son frère, le roi Fahd, était gravement malade. La période de flottement entre les deux pays durera pendant toute la présidence de George W. Bush, le prince condamnant l’entrée des troupes américaines en Irak en 2003, rappelle notre correspondante dans la capitale américaine Anne-Marie Capomaccio. Mais les relations s'amélioreront par la suite.

L’implication du roi Abdallah dans le processus de paix au Proche Orient a beaucoup joué, explique notre correspondante, tout particulièrement l’initiative saoudienne sur la reconnaissance de l’Etat d’Israël. Les liens n’ont ensuite fait que se resserrer. Sur le plan militaire, l’armée américaine entraine plusieurs corps de l’armée saoudienne. Sur l’économie, idem, même si les Etats-Unis ont cherché à se défaire de leur dépendance énergétique. Enfin, sur le plan politique, le roi sera resté jusqu’au bout aux côtés de son allié, soutenant par exemple les frappes contre le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.

Garant de l'Opep, gardien des lieux saints

La mort d’Abdallah ne devrait pas provoquer de changement « significatif » de la politique pétrolière saoudienne, selon le chef économiste de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) Fatih Birol. « J'espère qu'ils continueront à être un facteur de stabilité sur les marchés pétroliers, particulièrement en ces jours difficiles » d’effondrement des cours pétroliers, a-t-il expliqué en marge du Forum de Davos, alors qu’à l’annonce du décès du précédent roi d’Arabie Saoudite en 2005, le prix du Brent avait atteint des sommets et que les prix du brut se sont orientés à la hausse ce vendredi.

Les questions fusent déjà dans les travées du monde financier, tandis qu’en Arabie Saoudite, terre de contrastes totalement transfigurée par le XXe siècle, nombreux parmi les milliers de messages postés sur les réseaux sociaux préfèrent évoquer un hadith, l’une des paroles du prophète, selon lequel mourir un vendredi - jour de prière - signifie que l’on a bien fini sa vie. Abdallah, qui n'était pas seulement le garant de la puissance de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), mais aussi le gardien des deux mosquées saintes pour les musulmans du monde, s’en accommodera.


Rfi

Vendredi 23 Janvier 2015 - 11:48



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