Moustapha Diakhaté "Il n'y a pas de rapprochement entre le PDS et l'APR"

Moustapha Diakhaté bat en brèche l’idée de rapprochement entre le PDS et l’APR. Pour lui, il n’y a pas d’initiatives ou de pas dans ce sens même s’il y est favorable. Dans une interview accordée à l’équipe de PressAfrik, le jour où la journée mondiale de la liberté de presse est célébrée à travers le monde, le président du Groupe Parlement Bennoo Bokk Yaakar s’est prend encore à la dépénalisation des délits de presse mais surtout à ceux qui avancent l’idée d’une liberté actuellement pour Karim Wade. Vêtu de boubou traditionnel blanc, il défend farouchement : «Le Maroc et le Qatar ne peuvent pas manquer de respect à notre pays, au point de demander la libération d’un détenu jugé et condamné par des juridictions de notre pays». Moustapha Diakhaté s’est, par ailleurs, prononcé sur l’affaire Aliou Sow, le cas d’Aida Mbodj mais aussi des relations entre le Sénégal et la Gambie. Le ténor de l’APR n’a pas encore une fois de plus fait dans la dentelle. Interview….



Moustapha Diakhaté  "Il n'y a pas de rapprochement entre le PDS et l'APR"
Pensez-vous que la presse sénégalaise est libre ?
Je crois que l’un des paramètres d’une démocratie, l’une des mesures les plus fiables d’une démocratie, c’est l’existence d’une presse libre. Et je crois que le Sénégal peut effectivement revendiquer sa place parmi les démocraties majeures du monde en raison de la liberté dont jouissent les acteurs de la presse pour collecter et pour diffuser l’information. Je crois que personne ne peut dire qu’à ce niveau, qu'il y a du recul. Evidemment en matière de démocratie, il faut aller toujours plus loin parce qu’il n’y a jamais trop de libertés, et il n’y aura jamais trop surtout pour la presse dans une démocratie qui veut être considérée comme parmi les meilleures au monde.

Mais on a vu que beaucoup de journalistes ont été convoqués par la Dic. Est-ce que cela rime avec une démocratie ?

Pourquoi vous pensez que convoquer un journaliste à la Dic (Division d’investigation criminelle), c’est remettre en cause la liberté de la presse ? Je crois que ce n’est pas du tout conforme à la réalité. Je ne crois pas aussi que les journalistes soient au-dessus des lois. Vous savez qu’après la liberté de la presse, l’un des paramètres fondateurs d’une République, c’est l’égalité des citoyens devant la loi. Autant on peut me convoquer à la Dic, autant je peux l'exiger pour un journaliste et je crois que cela est aussi valable. Un journaliste n’est pas un citoyen à part, ni un citoyen particulier. Il joue certes un rôle dans la société, mais il n’en demeure pas moins qu’il reste un citoyen. Par conséquent, il peut effectivement être convoqué par la Justice. Sinon nous serions tombés dans ce qu’aucune démocratie ne saurait accepter : un pays où il y a des citoyens qui bénéficient de statuts spéciaux, du point de vue juridique.  Je crois que c’est à éviter. Tout le monde doit pouvoir répondre de ses faits et gestes devant la Justice.

Cela nous amène à parler du code de la presse. Puisque les journalistes veulent qu’un code de la presse soit voté mais on a constaté qu’il y a un blocage
D’abord, je tiens à faire un rappel. Le code dont on parle, nous, nous l’avons trouvé à l’Assemblée nationale. Elle a été amenée à l’Assemblée nationale par l’ancien régime lors de la 11ème législature. Quand j’ai été désigné comme président du Groupe Benno bokk yaakaar, j’ai ouvert le sentier de l’adoption du Code de la presse. Dans cette perspective, j’avais rendu visite à l’ensemble des acteurs : le CNRA, SYNPICS, APPEL, CJRS. J’ai aussi rendu visite à des personnalités du monde des médias pour échanger avec eux sur ce qu’il convient de faire par rapport à ce Code de la presse que nous avions trouvé sur place. Ensuite j’ai réuni l’ensemble des acteurs de la presse publique et privée à l’Assemblée nationale avec mon groupe parlementaire. Nous avons discuté longuement et largement de fond en comble en bloc et en détail sur le Code de la presse. Dans l’ensemble, c’est un excellent Code. Par contre il y a un élément sur lequel la majorité parlementaire actuelle comme sa devancière n’est pas d’accord, c’est la dépénalisation des délits de presse. Parce que dire qu’un journaliste qui diffame, un journaliste qui insulte, un journaliste qui appelle à la guerre civile, on ne eut pas le juger, c’est créer une situation d’inégalité des citoyens devant la loi. C’est pour cela que les députés de la 11ème législature, tout comme ceux de l'actuelle législature, ont estimé que voter cette loi, c’est une licence à l’insulte, à la diffamation par voie de presse, surtout par les journalistes. Et cela, les députés ont considéré que c’est inacceptable.

 

Mais en un moment vous avez plaidé, défendu l'idée de la dépénalisation des délits de presse...

(Il coupe) Je n’ai jamais demandé la dépénalisation des délits de presse. Cela, je ne le pense même pas. Par contre ce que je propose, c’est que si moi, vous m’interviewez, et que dans l’interview je diffame quelqu’un, je dois être convoqué par la justice comme étant l’auteur principal de la diffamation. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Si je diffame quelqu’un, et que vous le relayez, c’est vous (le journaliste) qui êtes convoqué par la police et qui êtes jugé. Cela de mon point de vue est inacceptable. Il faut qu’on arrive à situer les responsabilités. C’est celui qui diffame qui est fautif, plus que celui qui le relaie. Evidemment, relayer une diffamation aussi, ce n’est pas une bonne chose. Mais le remède dont dispose le journaliste pour ne pas tomber dans ce piège-là, c’est le recoupement. Si quelqu’un dit du mal de quelqu’un, après l’avoir interviewé, appelez la personne concernée, il vous donne son point de vue et vous le relayer dans l’article et comme cela, vous êtes couvert. Je crois que c’est une question de professionnalisme et de prudence, mais moi, je n’ai jamais pensé qu’il faut créer dans ce pays deux statuts pour des super Sénégalais et des sous Sénégalais.

A ce que je sache, le journaliste n’est pas un super Sénégalais face à un autre sous sénégalais qui, s’il insulte, on le convoque et on le juge et on le condamne et que si un journaliste le fait, rien ne lui arrive. Je crois que ce n‘est pas une bonne chose. 

 

 
C’est pourquoi à un moment donné j’ai demandé à Monsieur le président de la République de retirer ce code du circuit parlementaire. 

Aujourd’hui à l’Assemblée nationale, il n’y a plus de Code de la presse. Le Code est retiré par le gouvernement qui l’avait déposé. Je dis le gouvernement parce qu’il y a la continuité du pouvoir exécutif. C’est l’ancien gouvernement qui l’avait déposé et c’est l’actuel gouvernement qui l’a retiré  pour une relecture du Code par les acteurs de la presse et la société civile et les politiques.

C’est pourquoi j’en appelle à ce que cela aille vite, pour permettre d’abord qu’on organise des ateliers et qu’on expurge de ce Code des éléments qui ne trouvent pas consensus au niveau national. C’est-à-dire la dépénalisation des délits de presse.  Il y a des éléments qui ne figurent pas dans le Code et qui, de mon point de vue, qu’il faut qu'on les y intègre. C’est particulièrement la presse en ligne qui est devenue une réalité. Aujourd’hui, il y a plus de sites d’informations en ligne, que de radios, télés et presses, écrites réunies. Donc c’est devenu une donnée. Et d’ailleurs dans les années à venir, ça risque d’être le principal véhicule de l’information, parce qu’avec son téléphone portable connecté on peut accéder à tout type d’information, où que vous soyez. Or on ne peut pas avoir partout la télé ou la radio. Donc c’est une nouvelle donne  qui, de mon point de vue doit être intégrée dans le nouveau code de la presse en termes aussi de régulations parce que malheureusement, aujourd’hui, la presse en ligne donne l’impression d’une jungle où tout est permis.

Donc là aussi, il faut qu’on mette en place des garde-fous. Aujourd’hui, avec le TNT, vous allez voir une démultiplication des chaines de télévision. Or les chaines de télévision, les entreprises de presse n’ont pas les moyens pour produire des émissions de qualité. Ce qui fait que ces entreprises de télévision vont externaliser la production télévisuelle, ce qui va générer la création de sociétés de production. Or, ces sociétés de télévision ne sont pas reconnues dans l’actuel Code. C’est pourquoi je pense que le retrait de ce Code par le gouvernement, offre l’opportunité d’une relecture, mais surtout d’une amélioration qualitative du contenu  de la presse pour permettre à notre pays, d’avoir un puissant Code qui puisse garantir les sociétés de la presse, la viabilité des entreprises de presse mais aussi qui vont aussi garantir la protection des citoyens en termes de diffamation et de calomnie.

Moustapha Diakhaté  "Il n'y a pas de rapprochement entre le PDS et l'APR"
Rapprochement entre le Pds et l’Apr
Je ne peux pas parler aujourd’hui de rapprochement entre l’Apr et le Pds. L’Apr est un parti politique qui a des instances et c'est aussi valable le PDS. Et à ce que je sache, je n’ai pas un élément qui me permet de considérer qu’il y a entre ces deux parties, des efforts de rapprochement. Vous savez que ce qui est à l'origine de cette question dans l’actualité, c’est la visite de condoléances que le président de la République avait rendue à madame Oumou Salamata Tall et lors de cette rencontre, on lui a prêté des propos relatifs au Parti démocratique sénégalais.

A-t-il tenu ces propos ?

Je le crois parce que  jusqu’à présent il n’y a aucun démenti et cela lui ressemble parce que ce sont des propos d’apaisement, des propos nostalgiques en rapport avec son passage au PDS. Parce que quand il dit que «quand je suis passé devant la maison de Me Abdoulaye Wade, Sama yaram dafa daw (j'ai eu des frissons), cela veut beaucoup dire parce que c’est dans cette maison qu’il a obtenu son diplôme d’ingénieur, c’est dans cette maison qu’il s’est rendu pour dire à Abdoulaye Wade que je vais militer au Pds. Il pouvait aller au Parti socialiste à l’époque. C’était la période des vaches maigres. C’est dans cette maison qu’Abdoulaye Wade lui  suggéré d’aller militer dans la structure des cadres et c’est dans cette maison qu’il s’est à la limite même formaté politiquement.
Donc, il est normal que quand il passe devant cette maison que cela lui rappelle des souvenirs. Mais n’oublions pas que c’est le propriétaire de cette maison qui l’a chassé de sa famille libérale. C’est certainement qu’il voulait faire le vide pour pouvoir transmettre la famille libérale à son fils.


Mais comme je l’ai dit, la famille libérale est trop grande pour le seul Karim Wade. Alors, Macky a été chassé, il a concouru au suffrage universel et les Sénégalais l’ont élu. Et quand il passe là-bas en se rappelant que le 19 mars c’est là-bas qu’il s’est rendu pour fêter la victoire d’Abdoulaye Wade et que par la suite c’est lui-même qui a pris sa place, ça peut lui donner quand-même des frissons. C’est tout à fait normal. C’est humain. Nous qui sommes venus du Pds, nous nous considérons comme des actionnaires  du Pds au même titre que tout le monde. Nous avons payé le prix des sacrifices pour que Abdoulaye Wade arrive au pouvoir. C’est pourquoi ce qui nous est arrivé, qu’il nous chasse comme des malpropres, alors qu’on ne lui a rien fait, évidemment si quelqu’un se retrouve dans cette situation et qu’il passe devant la maison de Me Abdoulaye Wade, cela lui donne des frissons.

Macky qui revendique son appartenance à la famille libérale, n'est-il pas un appel du pied?

(Il coupe). Mais bien sûr, même s’il ne le dit pas, tout le monde sait que Macky Sall appartient à la famille libérale. Il revendique toujours son appartenance à la famille libérale. C’est-à-dire qu’avec le Pds, le Rewmi et le parti de Pape Diop, nous avons en partage la démocratie libérale et sociale. Donc malheureusement, pour des facteurs historiques, pour des facteurs politiques, on a quitté cette maison et d’autres aussi. Et chacun a construit son hameau. Notre intérêt à nous tous, c’est de regrouper ces hameaux pour en faire véritablement, une planète libérale au Sénégal.
   
 

Avez-vous rencontré le président Me Abdoulaye Wade et dans quel but?

Effectivement, je l’ai rencontré à deux reprises et c’est dans le cadre d’une initiative personnelle. Et pour le moment, je ne peux pas voir s’il y a des résultats. Nous nous sommes rencontré, nous avons discuté de beaucoup de choses.
 
Ce que je sais et ça je peux le dire, c’est Abdoulaye Wade qui est favorable à des retrouvailles de la famille libérale. 

Vous savez qu'Abdoulaye Wade est le père de cette famille. Donc, il est normal qu’il soit désolé que sa famille soit disloquée. Et ça, je comprends que tout père de famille le soit. Qu'il soit gêné par la tournure les évènements, quand bien-même c’est lui l’auteur de cette dislocation. Et je crois que cet évènement est un remord de plus et de regrets pour avoir disloqué sa famille car c’est cette dislocation qui a amené sa perte.

Abdoulaye Wade étant le père de Karim, son fils biologique actuellement en prison à cause de son fils putatif. Pensez-vous qu'il puisse souhaiter un rapprochement avec Macky Sall ?

Je crois qu’Abdoulaye Wade doit aller au-delà de ces considérations. Abdoulaye Wade ne doit pas préféré son fils biologique à son fils spirituel. Et son fils spirituel c’est le Pds. Ce sont des centaines de milliers de Sénégalais, des cadres de haut niveau qui ont été formés à la bonne école et qui peuvent effectivement conduire les destinés de ce pays. Ce qui n’est pas le cas pour son fis. Donc je crois qu’Abdoulaye Wade ne peut pas mettre sur la même balance ses fils spirituels et son fils biologique. Le faisant, il nous poignarderait, parce que nous aussi, nous sommes fils biologiques de Sénégalais. Et nous avons payé le prix avec des années d’études perdues, des emplois perdus, des vies perdues, des couples cassés pour qu’il arrive au pouvoir. 
 
Je crois que la morale lui interdit de préférer son fils biologique à ses fils spirituels. Maintenant je souhaite qu’il s’engage, lui, et le plus vite sera le mieux à travailler à regrouper la famille libérale. Je crois qu’il en a la légitimité et l’intelligence. Il doit aller dans le même sens que Senghor et Lamine Guèye au début de l’indépendance quand ces deux figures  de la politique sénégalaise qui se sont séparées violemment, ont fini par se retrouver et gouverner ensemble. 

Il doit s’inspirer de ce qu’est en train de faire ses cadets, le Président Bédié et le Président Ouatara en Côte d’ivoire avec leur initiative de retrouvailles des Oufouétistes. C’est l’occasion unique pour Abdoulaye Wade de travailler pour ses retrouvailles d’autant plus que de mon point de vue est que la question de leadership dans la famille libérale ne se pose plus. Les Sénégalais l’ont réglée depuis le 25 mars 2012 ».

Des retrouvailles de la grande famille libérale ne saborderaient-il pas la coalition "Benno Bokk Yaakaar"?

 Non, non, non... pas du tout. La coalition  Benno book Yaakaar, a été forgée entre le premier et le deuxième tour. Elle a continué à cheminer avec le Président Macky Sall  tout en lui servant de socle politique solide pour pouvoir gouverner le pays. Mais autant aujourd’hui l’Afp se bat pour s’élargir, pour se massifier, le Parti socialiste de même, rien dans la coalition n’interdit à Macky Sall d’élargir sa base idéologique et politique ».

Le Maroc et le Qatar ne peuvent pas manquer de respect à notre pays au point de demander la libération d’un détenu jugé et condamné

La libération de Karim Wade dans les prochains jours est de plus en plus agitée…
 
Peut-être que ce sont des divins (il pouffe de rires) !!!! Cette question relève des compétences de la justice. A l’évidence il peut être libéré par une grâce présidentielle mais nous n’en  sommes pas encore là ».

Le Qatar et le Maroc seraient impliqués pour l’élargissement de Karim ?

Cela participe franchement d’une campagne de communication. Le Maroc et le Qatar ne peuvent pas manquer de respect à notre pays, au point de demander la libération d’un détenu jugé et condamné par des juridictions de notre pays.  Si tel était le cas, la presse de notre pays, de même que les Sénégalais soucieux de notre République doivent se mobiliser pour qu’il n’en soit pas ainsi. Il n’appartient pas au Qatar, au Maroc ou à n’importe quel pays de chercher à libérer un détenu sénégalais fut-il le fils du Président Abdoulaye Wade. La libération de Karim Wade n’est pas à l’ordre du jour à ce que je sache.

Le délai donné à Bibo Bourgi d’aller se soigner en France expire cette semaine


Il semble que Bibo est souffrant et en tant qu’être humain, je ne peux qu’être sensible à ce qui lui arrive. Et je lui souhaite un prompt rétablissement. Mais aucune juridiction au monde autre que celle de notre pays ne peut obtenir la liberté provisoire et l’autorisation de sortie provisoire de Monsieur Bourgi. Il faut que nous apprenions à nous faire respecter mais surtout à nous respecter. Ces gens qui vont au niveau international pour vilipender notre pays s’insultent eux-mêmes. Le Sénégal a un parcours démocratique. La République du Sénégal a un profil qui nous autorise à revendiquer notre place parmi les démocraties majeures. Donc tout problème  d’ordre politique ou  juridique peut être réglé dans les instances habilitées à cet effet. Par conséquent je ne vois pas la nécessité pour que les gens aillent à l’Onu ou je ne sais où, pour vociférer et vilipender leur pays. C’est une honte, c’est indigne, c’est inacceptable.

« Il n’appartient pas au ministre de la justice de retenir un détenu. C’est une affaire du pouvoir judiciaire. Le ministre de la Justice ne fait pas partie du pouvoir judiciaire en tant que ministre. C’est une affaire de la justice.  C’est à la justice d’apprécier par rapport aux informations qu’elle a sur la maladie de Bibo Bourgi pour l’autoriser à quitter le territoire. Mais déjà il avait bénéficié de l’autorisation de sortie du territoire pour aller se soigner en France. Donc faisons confiance à notre justice car, c’est la seule façon de l’aider  à remplir correctement sa mission.
Et ces agitations me posent problème puisqu’actuellement il y a plus de 2500 détenus à Reubeuss. Certainement, il y en a qui sont très malades et qui sont peut-être au stade final de leur maladie et pourtant personne ne les défend. C’est pourquoi j’invite nos amis des Droits de l’homme  à s’intéresser aussi aux Sénégalais d’en bas. Ils ont des problèmes et ils méritent d’être défendus et soutenus».

Le Cas Aliou Sow et le PDS: C'est au président de la République ou le Conseil constitutionnel de trancher

«Nous avons une procédure dans notre règlement intérieur pour remplacer un député démissionnaire ou mort. Quand un député homme démissionne, c’est son suivant homme qui doit le remplacer, c’est en raison de la parité. Un député homme ne peut être remplacé que par un député homme. Pour ce qui concerne Ousmane Ngom, le premier qui devait le remplacé c’est Mamour Cissé. Mais, il a décliné l’offre estimant qu’il ne peut pas siéger à l’Assemblée nationale. Son suivant homme c’est M. Aliou Sow qui, semble-t-il, va répondre positivement à l’appel. Si le Pds estime que le règlement intérieur de l’Assemblée nationale est violé, dans ce cas-là, le Pds connaît les voies de droits pour contester la présence de M. Aliou Sow. Et si le Pds ne peut pas le faire,  pour éviter qu’on entretienne des débats inutiles pour le pays sur X ou Y, j’invite le Président de la République à saisir le Conseil constitutionnel pour demander son avis sur la question. Et l’avis que le Conseil constitutionnel donnera, de mon point de vue, va servir de feuille de route, de boussole pour l’Assemblée nationale dans le présent et dans l’avenir. Je crois que cela est une bonne chose pour notre pays. Par contre, ce que je peux dire, il n’appartient pas au PDS d’interpréter la Constitution, il ne m’appartient pas non plus d’interpréter la Constitution. Ici, au Sénégal, la bouche de la Constitution, c’est le Conseil constitutionnel, nous devons lui faire confiance. 

Une proposition de loi pour interdire les cumuls de mandats et de fonctions

Cumul du mandat
Depuis le début, je n’ai jamais été d’accord avec le cumul des mandats. Je crois que c’est un déni de justice. Des efforts ont été faits par Abdou Diouf, l’ancien président de la République avec la loi 96 du 22 mars 1996, interdisant le cumul de plus de deux (2) mandats. C’était un pas courageux et important. Mais aujourd’hui, nous devons aller plus loin en interdisant tout cumul de mandats. On ne devrait plus avoir deux (2) mandats. Si vous êtes conseiller municipal, vous restez conseiller municipal, vous ne pouvez plus  être conseiller départemental et député. Les partis politiques regorgent suffisamment d’élites pour pourvoir aux différents postes. Ainsi en interdisant définitivement le cumul des mandats et des fonctions. Cela va permettre de positionner la démocratie, de renouveler la classe politique par conséquent, la pratique et les acteurs politiques. Je crois que la démocratie sénégalaise a besoin de ce lifting de jeunesse.

Abdoulaye Diouf Sarr aurait interprété les textes en sa faveur?

Vous savez que les libéraux disent même que les Sénégalais ont eu tort d’élire Macky Sall mais c’est leur problème. La loi 96-11 du 22 mars 1996 est très claire. Elle dit que «nul ne peut avoir plus de deux (2) mandats ; Si vous avez trois (3) mandats, on vous donne trente (30) jours pour choisir les deux (2) mandats que vous voulez détenir. Au-delà de trente (30) jours, c’est le dernier mandat qui est nul et de nul effet ». C’est un mandat annulé de droit. Donc, ce n’est pas Abdoulaye Diouf Sarr qui a annulé le mandat d’Aïda Mbodj, qui lui a retiré la présidence du Conseil départemental de Bambey, mais c’est la loi.
 
Et pourquoi les autorités ont attendu tout ce temps avant de faire appliquer la loi ?
Je crois qu’il y a des insuffisances de ce côté, aussi bien du Pds, son parti, que de l’administration. Je crois que même la préfecture devait savoir qu’Aïda Mbodj détient trois (3) mandats. Ce sont des défaillances de notre  administration.
 
Ces questions sont du seul ressort de la Justice. Et, il y a des instances habilitées à les trancher. On a qu’à les saisir. Et elle n’est pas la seule victime. Il y a aussi des membres de l’Alliance pour la République qui ont été destitués par la loi et qui l’ont accepté. Eux, ils n’occupent pas les médias pour vociférer. C’est seulement le Pds qui fait dans la fanfaronnade. Mais ce qui est clair, c’est que l’opinion publique sénégalaise est hostile au cumul des mandats et des fonctions.  Et je crois que c’est un contexte favorable pour modifier la loi 96-11 du 22 mars 1996 en le renforçant par l’interdiction définitive du cumul des mandats.
Et c’est dans cette perspective que je vais déposer une proposition de loi.
Evidemment je vais organiser un débat autour de la question du cumul des mandats et des fonctions sous formes de conférences publiques, de tables rondes, de foras pour tâter l’opinion sur la question et surtout avoir son soutien massif et clair.

Le Sénégal et la Gambie ont un problème qui se nomme Yaya Jammeh.

Moustapha Diakhaté  "Il n'y a pas de rapprochement entre le PDS et l'APR"
Situation entre la Gambie et le Sénégal ?
Il n’y a pas de problèmes entre la Gambie et le Sénégal. Il faut contextualiser ce qui est en train de se passer. Ce sont les chauffeurs sénégalais, qui devant les gamineries du Président Yaya Jammeh, ont décidé de ne plus passer par la Gambie pour aller en Casamance. Il s’y est greffé autre chose. Pendant ce temps-là, des forces démocratiques de Gambie sont en train de s’organiser pour revendiquer la démocratie et la liberté. Et ils ont été sauvagement réprimés par le Président Yaya Jammeh. Il y a eu même mort d’homme. Et des franges de la société civile sénégalaise, notamment les défenseurs des droits de l’homme ont organisé un sit-in à la Place de l’Obélisque avec des citoyens gambiens, non seulement pour dénoncer les forfaitures du Président Yaya Jammeh et sa dictature de 22 ans, mais aussi pour soutenir le peuple gambien dans sa lutte pour la démocratie.
C’est pour dire que le Sénégal n’a pas de problème avec la Gambie, la Gambie n’a pas de problème avec le Sénégal, par contre le Sénégal et la Gambie ont un problème qui se nomme Yaya Jammeh.


Sur l’augmentation des taxes par Yaya Jammeh
Ce sont des gamineries et c’est même à la limite une violation des traités institués par la CEDEAO et qui prône la libre circulation des personnes et des biens vivant dans la communauté. C’est par rapport à ces enfantillages que les transporteurs sénégalais ont décrété qu’ils ne vont plus passer par la Gambie et ont décidé du contournement. Et non seulement, je les soutiens parce que Yaya Jammeh est un tyran dont il faut nécessairement se débarrasser, mais je les soutiens parce que ce qu’il fait est une violation flagrante du traité de la CEDEAO.

Je peux comprendre que leur pays demande de payer le Bac et c’est normal parce que c’est un moyen de transport. Mais on ne peut pas demander aux Sénégalais de payer pour entrer et se déplacer en Gambie. C’est une violation du traité de la Cedeao. C’est pourquoi j’en appelle à la Cedeao pour qu’elle parle à Yaya Jammeh. Il est devenu un problème et pour le Sénégal et pour la Gambie, mais surtout pour l’intégration africaine.

A travers cette interview, je voudrais m’indigner de la façon la ferme, de ces supposés Sénégalais qui le soutiennent. C’est mauvais. Yaya Jammeh mérite d’être dénoncé, il mérite d’être combattu. Nous devons préférer le peuple gambien à son tyran Yaya Jammeh. Et tant qu’il y aura la dictature en Gambie, il y aura toujours des problèmes entre Sénégalais et Gambiens, mais il y aura toujours la tension en Casamance. C’est une Gambie démocratique qui est la condition principale de la paix en Casamance. Donc c’est de notre intérêt nous Sénégalais, à travailler pour que la Gambie se démocratise.


Je félicite les journalistes pour cette journée et demander pour qu’on puisse rapidement reprendre le Code de la presse pour le renforcer le nettoyer et ensuite  le faire adopter par  l’Assemblée nationale dans les plus brefs délais. Je crois qu’aujourd’hui tout plaide pour que le Sénégal soit doté d’une puissante loi qui puisse garantir les libertés de presse, de travail des journalistes, mais surtout la viabilité des entreprises de presse, qui, de mon point de vue est une condition essentielle d’une démocratie pluraliste comme celle du Sénégal.

Entretien réalisé par Ousmane Demba Kane et Aminata Diouf (Stagiaire)

Aminata Diouf

Jeudi 5 Mai 2016 - 11:52



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