Mur de Berlin:«Encore trop de gens meurent aux frontières de l'Europe»

Des milliers de Berlinois et de touristes étrangers ont sillonné, samedi, les rues de la capitale allemande, où se déroulent les cérémonies du 25e anniversaire de la chute du Mur. Tous ne portent pas le même regard sur cet événement historique.



La porte de Brandebourg est l'un des symboles de la ville de Berlin. Les ballons qui symbolisent le Mur seront lâchés ce dimanche soir, symbole d'une nouvelle ouverture de la frontière. REUTERS/Fabrizio Bensch
La porte de Brandebourg est l'un des symboles de la ville de Berlin. Les ballons qui symbolisent le Mur seront lâchés ce dimanche soir, symbole d'une nouvelle ouverture de la frontière. REUTERS/Fabrizio Bensch

Dans une ambiance étrange, imprégnée à la fois de joie et de profonde réflexion sur l'avenir, des milliers de Berlinois et de touristes étrangers ont sillonné samedi soir les rues de la capitale allemande le long du chemin tracé par 8000 ballons lumineux, disposés là où s’élevait jadis le Mur qui a divisé Berlin en deux pendant 28 ans. L’installation offre une vue particulièrement impressionnante quand on la regarde des ponts et des rives de la Spree. La foule risque d’être encore plus nombreuse ce dimanche soir car les cheminots allemands ont décidé de faire un geste et d'arrêter samedi soir leur grève initialement prévue jusqu’à lundi.

Les regards portés sur le 25e anniversaire de la chute du Mur sont parfois très divergents, rapporte notre envoyé spécial à Berlin, Piotr Moszynski.

« Encore aujourd'hui, trop de gens meurent aux frontières de l'Europe »

Assis près de la poussette de son fils, Steven, Berlinois originaire de la Bavière, contemple la foule venue voir les ballons lumineux au bord de la Spree. Il semble ému, et en même temps un peu agacé. « Beaucoup de festivités sont plutôt destinées aux touristes, regrette-t-il.Elles ne sont pas vraiment nécessaires pour commémorer la chute du Mur ».

Pour ce Berlinois, l’Europe est rattrapée par ce passé douloureux : « Les frontières de l’Europe ressemblent aujourd’hui à celles entre les deux Allemagne en 1989, car beaucoup trop de gens meurent aux frontières européennes, comme ceux qui mouraient à la frontière allemande ».

Une autre génération, d’autres origines, un autre regard : Uwe Hanker est un enseignant danois. Il était venu à Berlin peu après la chute du Mur, et il est revenu maintenant pour fêter de nouveau l’événement. Son émotion semble intacte : « Cet événement fantastique a marqué nos vies. Nous étions en pleine guerre froide, et soudain, nous voilà dans un nouveau monde. À l’époque, passer la frontière, c’était complètement différent ! »

Il ne reste de l’ancienne frontière que des ballons lumineux qui s’envoleront ce dimanche soir, pour disparaître comme elle-même avait disparu, il y a 25 ans.

Nouvelle exposition au Mémorial

Berlin, Bernauer Strasse, 13 août 1961 : la ville est séparée en quelques heures. Dans la Bernauer Strasse, entre les secteurs français et soviétique, les maisons servent de frontière. Des fenêtres ont déjà été murées. Certains habitants sautent par celles restantes, et sont sauvés par les pompiers sur le trottoir, à l’Ouest.

Désormais le 1,4 kilomètre de l’ancien no man’s land est accessible. Sur 220 mètres, le « Mur de la honte », l’un des rares restes du Mur à Berlin, se dresse toujours. 850 000 personnes ont vu cette exposition en plein l’air l’an dernier. Près d’un demi-million avait vu l’exposition précédente en 2013, dans un bâtiment voisin.

Parmi eux, de nombreux jeunes qui visiteront sans doute à nouveau celle plus vaste et plus exhaustive, qui ouvre dimanche et qu’a pu visiter en avant-première le correspondant de RFI à Berlin, Pascal Thibaut. « Ce qui fonctionne très bien, c’est les histoires concrètes, explique Hannah Berger, la porte-parole du mémorial. Ça aide à comprendre et à passer notre message : expliquer que la démocratie et les droits de l’homme ne viennent pas d’eux-mêmes. Et le message heureux de l’année 1989, c’est qu’il est possible de les conquérir en paix, sans violence ».

Les célébrations de dimanche matin sont consacrées aux souvenirs les plus tragiques de cette histoire, avec l’inauguration par Angela Merkel de la nouvelle exposition du Mémorial. Elle déposera une gerbe à la mémoire des victimes du mur, et assistera à un office religieux dans une chapelle située sur le site de l’ancien no man’s land.


Programmation spéciale « 25 ans après la chute du mur de Berlin » sur l’antenne de RFI

Dimanche 9 novembre à 18h10 : « Carrefour de l’Europe  », par Daniel Desesquelle. Emission réalisée à Berlin.

À Berlin, il ne reste presque plus de traces du mur qui coupa l’Europe en deux. Mais à Berlin et plus encore entre les européens de l’Ouest et ceux de l’Est… Le mur est-il encore présent dans les esprits ?

Avec : Marko Martin, écrivain-journaliste passé d'Est en Ouest avant la chute du mur,Vincent von Wroblewsky, philosophe, président de la société Sartre, Walter Kreipe, ancien enseignant, Ulrike Guérot, politologue à Open Democracy, Maximilian von Grafenstein, créateur d'une application consacrée aux traces du mur, Torsten Menzel, attaché parlementaire, et Pascal Thibaut, correspondant de RFI.


Rfi.fr

Dimanche 9 Novembre 2014 - 08:52



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