« Ne tirez pas sur l’ambulance, la Côte d’Ivoire est blessée »



« Ne tirez pas sur l’ambulance, la Côte d’Ivoire est blessée »
« Ne tirez pas sur l’ambulance, la Côte d’Ivoire est blessée ». Ce cri du cœur du panafricaniste Alpha BLONDY, nous l’avons entendu hier vers 18h d’une radio qui passait sa musique. Ce cri nous attriste. Ce chanteur disait, il y a quelques années, que les ennemis de l’Afrique ce sont les africains. Ce message est toujours d’actualité. Mais l’avons-nous compris ? Aujourd’hui, sur cette question ivoirienne, nous sommes étonnés de constater que ce sont des chefs d’Etats africains et des prétendus intellectuels qui défendent l’idée d’aller bruler la Côte d’Ivoire pour déloger, disent-ils, « l’usurpateur Gbagbo ». Et pour cela, ils n’hésitent pas à aller jusqu’à la Maison blanche pour négocier une autorisation d’user de la force. C’est accablant!

Dans le passé, le colon réussissait souvent à pousser un roi nègre à combattre son homologue. Et une fois leurs populations affaiblies par ces guerres insolites, sans raison, il usait de sa force de frappe pour les avoir sous ses ordres et faire de leurs peuples ses sujets et de leur richesse son butin de guerre. Cette musique n’a pas changé ; ce sont les pas de danse qui sont devenus par moment saccadés et camouflés. La France de Sarkozy, comme un vampire, guettait la moindre faille dans cette élection pour précipiter la sentence à appliquer à son ennemi-juré Gbagbo en utilisant comme agent exécutant le syndicat des chefs d’Etat béni-oui-oui de ses anciennes colonies. Cette France de Sarkozy, différente à tout égard de la France des véritables défenseurs des droits humains, cherche à manipuler le monde entier pour arriver à ses fins en Côte d’Ivoire quitte à faire souffrir davantage les ivoiriens. Sarkozy, ne poussez pas vos disciples chefs d’Etats africains à tirer sur l’ambulance ! « La Côte d’Ivoire est blessée ».

La plupart de ces chefs d’Etats, à commencer par le notre, ont des problèmes sérieux avec la démocratie dans leur propre pays. Et personne n’a demandé à ce qu’on les déloge par le feu. WADE, éradiquez le conflit armé en Casamance qui dure depuis 28 ans plutôt que de participer à une opération militaire en Côte d’Ivoire ! Vos propres enfants ne seront pas sur le terrain des opérations militaires.

Quand nous écoutons certains médias français, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous demander pour qui et pourquoi mettent-ils autant de hargne à promouvoir un discours va-t-en guerre ; une solution armée pour résoudre l’équation ivoirienne ? Ils n’ont pas été ainsi avec les Eyadema au Togo, pour ne citer que cet exemple… et pourtant !

Pire, un député français s’est autorisé d’avancer l’idée d’une partition de la C’ôte d’Ivoire comme si le peuple ivoirien l’avait sonné. Pourquoi vouloir précipiter ce pays dans le précipice ? Puisque les conflits finissent généralement autour d’une table de négociation, pourquoi ne pas commencer par là dans cette crise postélectorale ? Si les deux hommes aiment la Côte d’Ivoire, ils accepteront de s’asseoir ensemble pour se parler les yeux dans les yeux dans l’intérêt de leur peuple.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas de disserter sur qui a raison. Tous ces belligérants ont tort de prendre en otage le peuple ivoirien depuis des années. Des membres de la CEI ont donné des résultats à partir de l’Hôtel du Golf, fief de l’un des candidats sans que ce dernier n’ait eu le réflexe de s’y opposer pour éviter que l’on puisse douter de la neutralité de la dite commission. De l’autre côté, le Conseil constitutionnel a déclaré son rival vainqueur en annulant le vote de plusieurs ivoiriens. Et chaque camp livre ses arguments. Chacun dit sa vérité et reçoit le soutien de ses partisans. Présentement, il s’agit de voir comment sauver la Côte d’Ivoire dans la paix, sans effusion de sang. L’Afrique en a assez de voir les armes fabriquées par les occidentaux tonner dans ses oreilles abasourdies, et surtout, si c’est sur « recommandation » d’un Président qui ne lui voue aucun respect comme Sarkozy le fameux auteur de « l’Afrique n’est pas encore rentrée dans l’histoire ».

Un homme normal qui sait combien les ivoiriens ont souffert de la guerre ces derniers années ne peut pas se permettre de demander à des forces étrangères d’aller les canarder. Il y a anguilles-sous -roche. Il y a des choses qui se cachent derrière cet empressement guerrier d’autant qu’il précise que les soldats de son pays ne prendront pas part à cette guerre. Dans cette affaire, Sarkozy ne lutte pas pour la Démocratie ; seule sa démocratie l’intéresse. Il faut qu’il cesse de nous prendre pour ses petits nègres.

« Massacrez-vous ! Après nous viendrons pensez les blessures, traduire certains survivants devant les hautes cours de justice et faire tranquillement nos business. »

Chers chefs d’Etats africains, ayez un sursaut d’orgueil pour refuser un tel schéma. N’écoutez pas de tels non-dits, de telles bêtises ! Montrez au monde que vous êtes capables de régler les problèmes de votre continent seuls, sans vous étriper. C’est là où nous vous attendons. Les ivoiriens sont nos frères. Vos peuples ne vous ont pas mandaté pour que vous fassiez la guerre à leurs frères et sœurs. La guerre, y’en a marre ! Ça suffit ! Non de Dieu ! Nous voulons un règlement pacifique de ce conflit. Et ce n’est pas impossible. A la place, la France et ses amis occidentaux sont en train de rendre la vie des ivoiriens difficile avec des sanctions et d’autres dérives verbales inutiles.

En lisant l’éclairage pertinent de Jean Paul DIAS sur la lancinante question de la BCEAO qui s’est invitée dans cette crise, nous éprouvons un certain dégout. La France garante du CFA a reconnu son Président en Côte d’Ivoire, il veut que ce dernier soit le seul autorisé à manipuler les comptes de la Côte d’Ivoire logés à la BCEAO. Et, hop ! Ses disciples, chefs d’Etats africains très disciplinés, au lieu de se battre pour avoir une monnaie commune africaine après cinquante ans d’indépendance afin de se libérer de sa tutelle sur ce plan précis, s’empressent de se réunir pour semer la pagaille au sein de cette institution bancaire, la BCEAO ; histoire de lui faire plaisir. Nous disons que s’ils mettaient autant d’énergie et de diligence au règlement pacifique de cette crise en oubliant les ordres de Sarkozy, avec comme unique souci l’intérêt de leurs frères africains de la Côte d’Ivoire, sans hypocrisie, ils réussiraient à tuer ce différent dans l’œuf.

Et nous disons que cela doit servir de leçon à tous nos dirigeants. Il est temps que nous apprenions à anticiper sur les crises en Afrique. Par exemple, au Sénégal, malgré ce que les constitutionnalistes disent sur la non recevabilité de la candidature de WADE, ce dernier s’entête à vouloir se présenter à l’élection présidentielle de 2012. C’est ce genre d’entêtement qui peut déboucher demain sur des situations difficiles qui aggravent la souffrance des populations. Que Dieu nous en garde ! Vive la paix en Côte d’Ivoire !


Tafsir Ndické DIEYE. Ecrivain

Samedi 29 Janvier 2011 - 12:44




1.Posté par ablaye soumah le 29/01/2011 18:51
de grace laissez ces francais en paix nous vous connaissons tous ces sois dosants intellectuels .vraiment des elections ne meritent tant de debats soyons consequents disons tous ensemble a gbagbo de partir parce que franchement il a ete battu c'est clair .Tant que vous essayez avec vos discours incoherents de maitenir de candidats battus au election l'afrique ne sera jamais en paix .

2.Posté par Cheikhou le 29/01/2011 21:00
Je te renvoie à ce commentaire concernant l'article dans un autre site fait par un certain Mister!
"ne tirez pas sur l'ambulance". Je suis d'acord avec votre article M Tafsir N D. Il ne suffit pas de dire 54% des votes "provisoires" avant réclamations sont garants de la démocratie et de la paix. Le problème est que ces votes sont validés pas par la "République Hôtel du Golf", mais pas par le Conseil constitutionnel de la Côte d'Ivoire. Autrement, à quoi sert-il?. Ceux qui refusent de recompter les votes devant le Conseil constitutionnel depuis 2 mois, sont responsables de la crise et des morts. Ce n'est pas Gbagbo qui fait tuer les gendarmes; ce n'est pas lui qui menace la Côte d'Ivoire de grèves, d'embargos, de commandos ou des interventions militaires étrangères, ce n'est pas lui qui dit "dégage" j'ai gagné par 52%. Le camp du refu est responsable de tout, car les Forces de l'ONU n'ont pas désarmés comme prévu dans les accords de 2003 de Marcoussis, 2 mois avant les élections. Les votes 100% dans des localités du Nord sont plus que suspectes, mais validées sur les PV par l'ONU, qui a beau publier la validité de ses résultats, on sait bien qu'elle "valide" ce que le Conseil constitutionnel ivoirien "invalide" pour des raisons qui lui semblent justes. Le temps finira pour délier les langues et démasquer tous les magouilleurs internes ou externes à la Côte d'Ivoire. Attendez dans la paix, car ce n'est pas l'heure de crier victoire pour aucun des camps. La légalité démocratique dans les monde est souvent bafouée ou manipulée par les pays dits "démocratiques". Que valent aujourd'hui les élection gagnées haut la main par Ben Ali en Tunisie? mais aussi dans beaucoup d'autres états dans le monde et on sollicite l'UEA d'intervenir quand 3/4 de ces pays connaissent ou ont connu des conflits armés graves. Il ne faut pas que l'Afrique devienne la "Caverne d'Ali Baba et les 40 voleurs" qui ont ses banque à l'étranger! Je ne suis pas ivoirien, mais homme de paix et de justice. J'aime la France et les USA, mais parfois vont déraper sur une peau de banane! Trouvez le coupable? Mister le 29/01/11
Ecrit par: Mister | 29/01 07:59AM

3.Posté par Dioufa68 le 29/01/2011 21:36

En tout cas ce papier du journal Pape Samba KANE envoyé spécial d'un quotidien sénégalais en Côte d'Ivoire renforce la position de DIEYE sur question: "COTE D’IVOIRE : Il faut éviter l’affrontement Samedi 29 Janvier 2011 La Côte d’Ivoire est à la croisée des chemins. Si ce pays sort de la crise dans laquelle l’ont plongé les dernières élections présidentielles, il ne sera plus le même pays. Les changements qui vont s’y opérer dans les mentalités comme dans les comportements seront d’un impact certain sur son avenir. La nature de cet impact dépendra cependant de la solution qui sera trouvée pour démêler le nœud emberlificoté constitué par les différents problèmes qui se sont agrégés autour de ce pays, principalement durant les dix dernières années, et que les dernières élections n’ont fait qu’exacerber - sinon réveiller, pour certains d’entre eux qui s’étaient endormis sous l’effet de la routine. L’effet Gbagbo ? … Ces problèmes ne sont pas principalement politiques, ni d’ailleurs économiques, pour sûr. Leurs natures sont telles qu’un climat politique des plus apaisés et une prospérité économique sans nuages ne suffiraient pas à en faire oublier les pesanteurs sur les relations entre les gens, les groupes, les régions, les religions, les ethnies. Cela dit, nul ne saurait les hiérarchiser, entre les questions ethniques, religieuses, ethno-religieuses en certaines circonstances, culturelles, sociales. Ils ont toujours constitué, rien qu’en eux-mêmes, un cocktail explosif, une poudrière au-dessus de laquelle ne devrait scintiller une étincelle. Il aura fallu des circonstances historiques particulières et surtout un homme particulier, Houphouët-Boigny, pour mettre avec maestria sous éteignoir toute velléité particulariste débordante parmi les 62 ethnies recensées, tenir sous contrôle les frustrations des uns, les envies dominatrices des autres afin de construire le pays. Au prix d’une autocratie politique plutôt débonnaire dont on n’a découvert que plus tard les excès en matière de répression violente… L’effet Gbagbo avait le mérite, à défaut d’avoir fait décoller un pays aux potentiels économiques énormes, d’avoir mis entre parenthèses cinq ans d’exacerbation meurtrière des antagonismes sociaux et politiques réveillés par les différentes crises des débuts des années 2000 : -La crise institutionnelle intervenue suite à la mort d’Houphouët-Boigny, quand Alassane Ouattara, Premier ministre, avait tenté de s’opposer à l’arrivée au pouvoir du président de l’Assemblée nationale Henry Konan Bédié comme le prévoyait sans équivoque la Constitution ivoirienne (cela conduira au «bannissement», par ce dernier, du leader du futur Rdr) ; - le coup d’Etat de Robert Gueï, peu après pour enlever le pouvoir à Bédié qui avait, il faut le dire, brandi une torche au-dessus de la poudrière avec sa malicieuse trouvaille, l’«Ivoirité» ; - l’élection présidentielle de 2002 «à l’organisation calamiteuse» - selon le mot même de son vainqueur- qui a porté Gbagbo au pouvoir ; suivie peu après de l’assassinat dans son village de Robert Gueï que les différents clans en Côte d’Ivoire imputent chacun à l’autre, aux autres. - last but not least, la rébellion conduite par les Forces nouvelles (Fn), sous la férule de Guillaume Soro, en 2002, et qui aura toutes les conséquences que l’on sait aujourd’hui, dont la plus dramatique est la partition, depuis huit ans, du pays des lagunes en deux, le Nord, avec comme centre névralgique Bouaké, sous contrôle de la rébellion, et le Sud resté loyaliste administré par le pouvoir central, aux mains de Laurent Gbagbo, l’unique président élu de Côte d’Ivoire depuis son accession à l’indépendance, il y a cinquante ans. Comment ne pas inventorier dans les éléments de cristallisation des antagonismes et rancoeurs susmentionnés les interventions sanglantes d’armées et de mercenaires étrangers qui, à côté des propres exactions des groupes armées locaux, ont écrit quelques pages parmi les plus noires de la saga macabre que vit la Côte d’Ivoire depuis dix ans – notamment, quand l’armée française a tiré devant l’hôtel Ivoire sur une foule de jeunes gens, certes, en colère mais désarmés, en tuant 64, selon la plus modeste des comptabilités insupportables faites sur cette affaire depuis. Saga qui ne devrait en aucune façon, et sous aucun prétexte, reprendre son train infernal. Or, et l’on n’a pas besoin de se rendre en Côte d’Ivoire (ce que nous avons tenu à faire afin de nous forger une opinion propre…) pour se rendre compte que l’on n’est pas loin d’une explosion de violence qui convoquera à nouveau tous les ingrédients ayant servi à concocter le banquet sanglant des dix dernières années que nous n’avons voulu que survoler pour des raisons évidentes de décence et de parti-pris volontaire pour l’apaisement d’une tension que ses propres protagonistes appellent de tous leurs vœux, malgré les rodomontades de part et d’autre. Ce qui a rapproché la Côte d’Ivoire d’une explosion semblable ou pire à ce que nous venons de rappeler, c’est la dernière élection présidentielle, calamiteuse, encore plus que celle de 2000, organisée dans un pays coupé en deux – c’est tout dire. Mais c’est surtout la gestion catastrophique qui est faite du contentieux qui en a découlé, par ses arbitres naturels : ce que l’on nomme «La communauté internationale », les organisations interétatiques africaines (Union africaine, Cedeao, Uemoa), les pays voisins de la Côte d’Ivoire, la France, ancienne puissance coloniale (mais ne faut-il pas la compter dans la Communauté internationale ?), l’Onuci (même interrogation que précédemment) etc. Faut-il revenir sur les péripéties ayant marqué l’élection avant d’en faire un imbroglio juridique inextricable ? Ratiociner sur la proclamation hors délai des résultats provisoires par le président de la Cei au Qg du candidat Ouattara ? S’interroger sur la précipitation du représentant de l’Onu, M. Choy, à valider les mêmes résultats ? Ausculter la constitution ivoirienne, le code électoral ivoirien pour statuer sur la décision de Paul Yao Ndré en procureur ou en avocat du président du Conseil constitutionnel ? Et les bourrages d’urnes au Nord, les morts qui ont voté de l’autre côté ? Sauf à l’intention de spécialistes en quête d’éléments jurisprudentiels, de chercheurs et d’historiens, ce serait noircir inutilement des pages. Il n’y a pas les anges d’un côté, les démons de l’autre Le problème auquel la Côte d’Ivoire fait face aujourd’hui, avec «deux» présidents de la République, convaincus tous deux d’avoir été élus par une majorité d’Ivoiriens est bien connu de tout le monde, il s’appelle un contentieux électoral. Un ami, ancien officier supérieur de l’armée sénégalaise parle, lui, de «processus électoral inachevé», et sur sa jolie formule, il pose une évidence : «la solution de l’intervention militaire préconisée par la Cedeao est disproportionnée pour ce genre de problème». Apparemment, l’Ua a pensé la même chose qui a envoyé le premier médiateur sur place, l’Ancien président sud-africain, Thabo Mbeki. Ce dernier, après avoir fait le tour des protagonistes du processus électoral, a fait ce qu’on attendait de lui. Il a produit un rapport détaillé de ses discussions avec ces derniers, y a joint ses observations personnelles, avant de conclure par des recommandations devant, de son point de vue, permettre de trouver une solution négocié. Ce rapport, livré à son commanditaire, l’Union africaine, n’a jamais été publié par l’organisation et donc est très peu connu par la presse africaine qui en parle peu, et à notre connaissance, seulement au Cameroun et au Ghana d’où l’ex-président Jerry Rawlings réclame sa publication par l’Ua qui hésite on ne sait pourquoi - le Populaire en dispose d’une copie obtenue auprès d’un diplomate sénégalais et vous en propose les conclusions ci-contre ; il gagnerait certes à être publiée in-extenso, nous en étudions la possibilité, malgré sa longueur. Une phrase forte en ressort qui mérite d’être méditée par nous tous : «Il faut prendre soin de ne pas présenter la crise ivoirienne comme étant un conflit entre les bonnes gens et les mauvaises gens». Et Mbeki de conclure ce chapitre en affirmant que « cela rendrait l’idée d’un accord négocié beaucoup plus difficile». Mais qui veut d’un accord négocié ? Avant même la fin de la mission de Mbeki, les dés étaient apparemment jetés pour une communauté internationale qui, selon toute vraisemblance, avait voté Ouattara, et les pressions idoines ont dû peser sur l’Ua. Les empressements de la presse internationale à tenir pour acquis l’élection de ce dernier avant même la fin du processus électoral, ne démentent pas les accusations de complot des partisans de Gbagbo, qui font remonter celui-ci à «dès après son élection», avec les tentatives de coup d’Etat, «le soutien de la France et du Burkina Faso à la rébellion». Ce qui a remis ce réquisitoire contre la France au-devant des discours du camp Gbagbo, c’est le rôle pris par la France dans l’amplification des demandes un peu hâtivement formulées de départ du pouvoir de Laurent Gbagbo. La France, un défouloir qui l’a bien cherché Dès la proclamation des résultats provisoires par la Cei dans les conditions que l’on sait, ces demandes avaient commencé. Quand le Conseil constitutionnel s’est emparé du dossier pour invalider ces derniers – il est vrai contre les attentes d’une opinion publique internationale unilatéralement informée-, la demande est devenue impérative avant de passer injonctive, puis menaçante. En Côte d’Ivoire, aujourd’hui, une bonne partie de la population vit mal l’ultimatum donné à Gbagbo de «quitter le pouvoir sous quarante-huit heures», Blaise Compaoré sur le perron de l’Elysée, après une réunion avec M. Sarkozy, disant «Le Burkina Faso prendra ses responsabilités en Côte d’Ivoire» ; les menaces d’intervention militaires formulées par la Cedeao étaient déjà encouragées par la France En plein dans un contentieux électoral de type classique, et bien connu en Afrique, surtout, le régime en place en Côte d’Ivoire, qui fait face à des menaces d’intervention militaire, est soumise à des sanctions économiques -qui font déjà leurs effets sur des populations inquiètes et bien malmenées économiquement par la routine des dix dernières années où le chômage a augmenté, la construction d’infrastructures stoppée, l’industrialisation ralentie, les exportations diminuées pour cause principalement de rébellion au Nord – ses dirigeants sont invités à rendre le pouvoir ou à passer devant le Tribunal pénal international. Gbagbo, lui, tenant bien en main ce qu’on appelle les attributs du pouvoir, ses instruments, se sentant assiégé, développe des réflexes compréhensibles de défense. Ses partisans utiliseraient plus volontiers le terme autodéfense, car la rhétorique révolutionnaire qui gravitait autour du discours depuis ce qui est considéré comme une hostilité déclarée de la France de Sarkozy avec le massacre perpétré par Licorne, la force d’intervention française à l’hôtel Ivoire, est en plein dedans maintenant. Nous l’avons vécu pendant une semaine durant laquelle nous ne pouvions pas négliger de nous balader sans pygmalion, ni guide trop bien intentionné, de jour comme de nuit dans un pays qui vit une crise réelle et visible, mais donnant une image de pays qui fonctionne. Elle peut être trompeuse, mais elle est réelle. Avec le taximan sénégalais que je connais bien, pour l’avoir pris avec moi lors de mes derniers séjours en Côte d’Ivoire – en particulier en août 2010 lors de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance-, nous sommes allés manger un ceep à Treichville, voir une amie ni sénégalaise ni ivoirienne mariée à un Ivoirien dans son quartier résidentiel, je suis allé seul, la nuit, avec un taxi inconnu, manger une glace à «Planet BMW», ni au centre-ville, ni près de la résidence où je logeais. Là où mon contact en Côte d’Ivoire chez qui j’ai été introduit par un ami depuis Dakar m’a fait loger, «pour des raisons de sécurité», affirmera-t-il, alors que je souhaitais aller à l’hôtel où j’avais mes habitudes, je croiserai essentiellement les partisans de Laurent Gbagbo, c’était le calcul de Sita, une petite femme vive de 26 ans, membre du Congrès de la jeunesse panafricaine pour la paix (Cojep) de Charles Blé Goudé. Un personnage ! Ancien leader, truculent et charismatique du mouvement étudiant et qui a laissé des souvenirs au Campus de l’université d’Abidjan, dans la suite des Guillaume Soro, populaire et controversé –il fait, lui, depuis 2006, l’objet de sanctions internationales qui l’empêchent de voyager-, son mouvement, apolitique et massif lui a fait franchir les portes du gouvernement de Laurent Gbagbo. Ministre de la Jeunesse et de l’Emploi, il fait office de ministre de la Propagande dans la posture de résistance où s’est placé le gouvernement Fpi –dont il aime à rappeler qu’il n’est pas un membre-. Dans la suite du dossier que nous ouvrons sur la Côte d’Ivoire, nous publierons une grande interview exclusive du «Général» comme le surnomment ses troupes exaltées aux ordres. Il s’y livre un peu, et défend bec et ongles son camp ; mais avec plus de mesure que lors d’un meeting monstre, coloré et guerrier - où prendra la parole le général Mangou, Chef d’état-major de l’Armée ivoirienne-, véritable démonstration de force sur laquelle nous reviendrons. Quand arrive la voiture qui vient nous chercher à l’aéroport d’Abidjan, une petite femme en descend. Elle est habillée d’une ample robe aux couleurs des rastafaris, Black, Red, Gold and Green et s’est ceint la tête aux mêmes couleurs. Elle s’excuse du retard pris à arriver, engueule une de ces faunes propres aux aéroports africains qui s’était agglutinée autour de nous et fait embarquer nos valises. Dans sa voiture, nous sommes accueillis par une musique de Bob Marley que nous avons de la peine à écouter. Sita parle, parle. De Gbagbo, des Français, des dirigeants africains, de la révolution. Elle conduit d’une seule main, l’autre servant à nous interpeller quand nous semblons distraits, inattentifs. Elle conduit parfaitement bien comme ça. «J’avais 15 ans quand Gbagbo est arrivé au pouvoir, j’ai 26 ans aujourd’hui, depuis onze ans il nous a parlé des Français, il a façonné nos mentalités». Elle met son doigt sur sa tempe en disant cette dernière phrase : «ça peut pas sortir de nos têtes, ça. Nous sommes les enfants de Gbagbo». Ça ne faisait que commencer, nous étions partis pour cinq jours d’un voyage à Gbagboland sur Abidjan d’où nous reviendrons avec les idées bien changées sur une Côte d’Ivoire où se joue une partie qui déborde ses frontières, et où paradoxalement, dans le camp de Gbagbo, on compte encore sur le Sénégal «pour aider un voisin dont la maison brûle». À partir de lundi, un grand reportage sur un pays où, c’est ma conviction personnelle, mais il en faut plus pour en convaincre les Ivoiriens, la Cedeao ne peut intervenir. Nous en verrons ensemble les raisons dans nos prochaines éditions." Pape Samba KANE ( Envoyé Spécial à Abidjan)
Ecrit par: Dioufa68 | 29/01 03:31PM

4.Posté par cacao le 30/01/2011 01:53
Mister Cheikou et Doufa68

J'espère que Gbagbo et ses sbires vous payent bien pour écrire ce tissus de mensonges, car si vous en croyez un seul mot, c'est trop triste. Cette Propagande désuette de révolutionnaires de salon, cette visite pitoresque d'Abidjan conduit par une suffragette en transe devant ce bouffon pathétique de Blé Goudé, c'est réellement à Vomir.

Ne vous en déplaise Blé Goudé n'est pas Trotsky,, Gbagbo n'est ni Mandela, ni N'Krumah, ni Gandhi.
L'ambulance dont on parle c'est Gbagbo le tricheur qui est dedans et non la Côte d'Ivoire.
Il faut arrêter de dire que la terre entière veut faire la guerre à la Côte d'Ivoire. La terre entière veut que Gbagbo s'en aille car il a perdu. Mettre en avant d'autres noms de présidents qui auraient fait la même chose n'est pas un argument. Que veut le clan Gbagbo? qu'on le laisse tricher comme certains autres l'ont fait? Ca sonne comme un aveu!

Parler de nêgres et même de rois nêgres en disant que c'est comme cela que Sarkozy traite les chefs d'état qui sont tous des boys de la France, si j'ai bien compris l'esprit, relève de la manipulation. Ainsi, les chefs d'état, les organisations internationnales africaines ne sont contre Gbagbo que parceque la France et les états unis leur demandent de le faire? Donc tous ces Présidents, tous ces organismes sont télécommandés par les racistes occidentaux? C'est tout simplement ridicule. Ridicule et insultant.

Il ne faut pas perdre de vue que Même en acceptant les chiffres de Gbagbo, ce n'est pas 100% des ivoiriens qui suivent Gbagbo,loin de là.
Quand aux troupe rebelles bien malin celui qui peut dire aujourd'hui si ce sont les forces nouvelles ou l'armée Privée de Gbabo.

Pour ce qui est des chiffres, je contate que les morts sont comptabilisés quand ils sont dans le clan Gbagbo, mais pas dans le clan Ouattara. Ainsi, 64 morts innocents tués par la licorne( en réalité chair à canon sacrifiée par le sympathique Blé Goudé pour contenter le roi du FPI Gbagbo 1er), mais un silence total sur les charniers, les 300 morts minimums depuis 2 mois, rien sur les appels à la haine sur la RTI, rien sur les interdictions de journaux, de radios, de TV, rien sur les enlèvemens de civils la nuit.
Et cerise sur le gateau, le cadavre du général Guei qui marche depuis la Cathédrale d'Abijan jusque dans son village de Kabakouma pour s'y faire assassiner. Même Bakar Diagne, grand Marabout de Thiès, n'a des visions aussi exactes.
Tout le monde aura compris que vous ne savez pas de quoi vous parlez.









5.Posté par Kodjio le 31/01/2011 22:01
Vous, vous emmerdez les gens. Nom de Dieu! L'auteur de cet article veut qu'on ne supprime pas des vies au nom d'une action visant à déloger Gbagbo. Il prône un dialogue, et il l'a fait à la veille de la rencontre des présidents à Addis-Abeba. Dieu merci, ces derniers, de façon lucide, on décidé de privilégier la négociation d'ici un mois entre les deux parties qui ont chacune ses arguments à faire valoir. Vos haines et folies meurtrières, vos mensonges ni feront rien. Laissez ceux qui doivent élucider cette imbroglio le faire! Priez pour que d'ici un mois la vérité éclate de façon incontestable et donne lieu à une solution pacifique de cette crise! Et taisez-vous! Notre Côte d'Ivoire en a assez des tueries!

6.Posté par moise le 03/02/2011 08:17
Tafsir Ndické DIEYE. Ecrivain

Mais monsieur Tafsir Ndické, en tant que grand écrivain, au lieu de passer toute une heure à dire de ne pas tirer sur la L'ambulance de la cote d'ivoire blessée et accusé la France de son rôle de diviseurs, de colonisateur, d'impéraliste, montre nous un chemin pour convaicre Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir, après sa defaite sans ambage des élections que lui même et son administration a organisé dans le but de sortir la côte à 10 ans de crise dont lui même a eu le privilège de diriger sans élections propres aux yeux de l'opinion d'abord africaine ensuite internationale. Monsieur DIEYE, ne soyons demagogue jusqu'à compromettre l'avenir politique, économique et même social de tout un continent. N'emettons pas des idées, du fait que, seulement nous sommes intellectuels, nous maitrisons bien notre histoire, sans que nos idées ne répondent aux faits constatés et aux circonstances du moment. Ne defendons pas des situations sans tenir des effets qu'elles sont susceptibles de produire.
d'Abord d'entrée de jeux, j'ai compris que vous êtes très éloignés de la côte, que vous sous informés et que vous ne maitrisez parfaitement ce qui s'est réellement passé dans cette partie du continent enfin j'ai comme l'impression que la haine s'est déjà installée en toi contre votre propre président auquel vous faites déjà un procès d'intention.

Moi, je ne suis pas intellectuel

7.Posté par Kodjio le 03/02/2011 12:37
Moise , DIEYE maîtrise son histoire. C'est toi qui n'a rien compris. DIEYE n'est pas le seul écrivain à se soulever contre cette mise en scène dégelasse de la France.L'écrivain Gaston KELMAN qu'on ne présente plus a écrit ce qui suit: lis ça: "La crise ivoirienne vue par Gaston Kelman : ''pouvais-je rester sourd à tant de souffrances bafouées ?''Ecrivain et chroniqueur, Gaston Kelman livre son point de vue au sujet de la crise ivoirienne. Il revient notamment sur les enjeux de cette crise et le rôle de la communauté internationale.Vous me connaissez. Je n’ai jamais été ni le céroféraire ni le thuriféraire d’un afrocentrisme militant, parce que tous les centrismes sont naïfs, et nocifs, et stériles. Je n’ai jamais supporté une Afrique tournée vers un passé qui ne se concevrait que dans l’âge d’or des pyramides ou l’âge de cendres de la colonisation et de l’esclavage. J’ai pu – ou su - crier à Douala que la France ne devait rien au Cameroun quand on se placerait sous cet éclairage des relations passées. Avec Frantz Fanon, j’ai dit que je n’étais pas prisonnier de l’histoire, que je n’y cherchais pas un sens à ma destinée.

J’ai toujours brandi le Hic et Nunc comme la règle, l’équerre et le compas qui traçaient les lignes de ma conduite et de ma relation à autrui. C’est ce Hic et Nunc qui m’autorise aujourd’hui à dire avec Aimé Césaire «fin à ce scandale » mais aussi «this scandal must be put to an end», pour me faire comprendre du maître de l’Outre-Atlantique ; à ne pas rester sourd à tant de souffrance et de dignité bafouées ; à me demander – pure question de rhétorique – quelle position aurait prise le défenseur de la liberté, de la justice et de l’Algérie meurtrie, Frantz Fanon. Depuis les indépendances africaines, loin des positionnements stratégiques des politiques et des organismes internationaux – Union Africaine, CEDEAO - bien peu d’événements auront autant ébranlé le nationalisme populaire dans ce continent, que la situation ivoirienne. On peut penser à la mort de Patrice Lumumba, à celle de Thomas Sankara, à la chute de l’apartheid… L’une des constantes de ces événements, c’est que dans aucun, l’Afrique n’a pu se féliciter de l’action de la «communauté internationale». Quand elle a été actrice, elle l’a fait en dépit de toute considération pour les états et les peuples, ou alors s’est enfermée dans un silence d’une complicité active. Les populations africaines, jeunesse en tête, crient leur colère envers cette «communauté internationale» informe, insipide, qui se fait haineuse et haïssable et envers toutes les communautés adjacentes – ONU, UE, UA, CEDEAO. Que ces communautés persistent à maintenir en Côte d’Ivoire, le cap du bruit des bottes et des menaces d’asphyxie financières, est interprété par les manifestants de Paris, Bruxelles, Douala ou Abidjan et par les rédacteurs de pétitions africaines qui circulent sur la Toile, comme un mépris inacceptable. La France plus que tout autre nation – mais ses élites s’en rendent-elles seulement compte – devient l’objet d’une rupture profonde avec les populations africaines. Un jour, un pays dirigé par un président élu, dont la légitimité n’est contestée par personne, ni la communauté domestique, ni les nations étrangères, ni les opposants politiques – Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara en tête -, est fragilisé par une tentative de coup d’Etat dont le moins que l’on puisse dire, est qu’il est ethnoporté, puisque revendiqué explicitement et exclusivement par la rébellion venue des populations du Nord du pays.

Alors, ni la communauté internationale, ni les opposants politiques, ni celle qu’on appelle l’ancienne puissance coloniale – comme si c’était un grade ou une qualité -, ne condamnent cette attaque barbare contre la démocratie. Ni la communauté internationale, ni les communautés adjacentes, ni les opposants politiques, ne proposent une intervention militaire pour ramener le pays à l’ordre démocratique. Certains iront même plus loin dans l’absurde. La France qui est liée à l’état ivoirien par des accords militaires, fortifie la légitimité des rebelles en les invitant à la table des négociations marcoussiennes, au même titre que l’état ivoirien, avec son gouvernement, son Parlement et son président élu. On imagine mal la France et la rébellion corse convoquées à l’ONU. On se demande pourquoi personne ne vole au secours d’une Belgique sans gouvernement depuis des mois. Mais rien n’est trop bas quand il s’agit de l’Afrique. La France installe une ligne de démarcation entre le Nord et le Sud, actant la partition de la Côte d’Ivoire en deux entités, l’une laissée à la gestion barbare d’une bande rebelle. Le cynisme n’ayant pas de limite dans cette affaire, le Nord devient plus souverain que le Sud. La rébellion peut continuer à s’armer tranquillement, mais elle ira aussi siéger au gouvernement du Sud. Guillaume Soro devient Premier ministre. Supposé préparer les élections, il peut se permettre de ne pas respecter les résolutions des divers accords, notamment le désarmement de la rébellion, préalable indispensable à la tenue d’élections fiables. La communauté internationale n’en a cure et pilonne systématiquement le président ivoirien élu, le pressant d’organiser les élections dans des conditions dont on sait qu’elles conduiront inévitablement vers une impasse.

Les élections ont lieu. Au Nord, la rébellion est toujours armée. Le lendemain du deuxième tour – le 29 novembre 2010 – la presse, qu’on la dise favorable à un bord ou à un autre, est unanime pour souligner la baisse de la participation par rapport au premier tour. On parle de 70%. Le même jour, un communiqué de l’ONUCI – la représentation armée des Nations Unies en Côte d’Ivoire - fait état d’un taux de participation «avoisinant les 70%». Le jour après, miracle, le taux de participation fait un bond de sauteur à la perche et franchit la barre des 80%. La «communauté internationale» et l’ONUCI valident, adoubent leur champion, le portent sur les fonts baptismaux de l’innommable et le couronnent nuitamment dans son quartier général de campagne, sous l’œil attendri des ambassadeurs de France et des USA. Guillaume Soro change de camp avec armes – c’est le cas de le dire – et bagages, sans tirer le moindre cri d’indignation, allant ainsi récupérer une rançon dont vous devinerez aisément la contrepartie.

Le plus naïf des observateurs aura compris le rôle qu’il jouait dans l’équipe de Laurent Gbagbo : veiller justement au non-désarmement de la rébellion, car elle pourrait resservir. Le camp de Laurent Gbagbo conteste l’action de la «communauté internationale», proteste, affirme que comme dans bien des pays démocratiques dont la France et les USA – Barack Obama n’a-t-il pas demandé aux Africains de respecter leurs institutions -, la légitimité de la proclamation des résultats en Côte d’Ivoire revient au Conseil Constitutionnel. Il est difficile à quiconque de comprendre, contre tous les textes qui régissent son action, l’entêtement de la «communauté internationale» et des communautés adjacentes à imposer leurs décisions à la Côte d’Ivoire. Qui pourra aujourd’hui nous dire ce que c’est que cette «communauté internationale» qui se définit à l’exclusion de l’Union Africaine. Qui peut imaginer que, si elle réussissait à la fin à convaincre la CEDEAO d’envoyer un corps expéditionnaire déloger le « méchant », comme le lui demande « le bon » par une guerre civile ou une opération ciblée sur le palais présidentiel, opération dont les puissances occidentales assureraient l’armement et la logistique, qui peut s’imaginer que les soldats de la CEDEAO dont des parents résident dans cette Côte d’Ivoire qui a toujours été une terre d’accueil des migrants africains, se grandiraient à aller verser leur sang et le sang d’autres Africains, civils et militaires, pour une cause dont la justesse reste à démontrer et pour obéir à des diktats étrangers. Et toi, «communauté internationale» mon amie, où étais-tu donc quand en Afrique l’on assassinait la liberté et l’espérance qui avaient pour noms Ruben Oum Nyobè le nationaliste camerounais dans le maquis des années 50 et sa guerre d’indépendance, Patrice Lumumba, Premier ministre congolais dans les années 60, et même, hier encore, sous nos yeux parisiens, Dulcie September, la représentante de l’ANC dans les années 80 !

Où étais-tu donc quand Nelson Mandela croupissait dans les geôles de la honte et du racisme ; son peuple du sud chanté par Senghor, dans les ports les chantiers les mines et les manufactures, le soir, ségrégué dans les kraals de la misère, alors qu’il entassait des montagnes d’or noir, d’or rouge et crevait de faim ; sous le regard goguenard de l’ONU ! Qui s’imaginerait que par une métempsychose fortuite, « communauté internationale », tu te mettes à défendre les intérêts de ce continent, toi qui n’as jamais su lui trouver une place au sein du Conseil de Sécurité de ton bras actif, l’Organisation des Nations Unies. Grand prêtre Laocoon réveille-toi, on leur fait des cadeaux ! Serait-ce un cheval de Troie ! Que cacherait le cheval d’Abidjan ?

Et toi, peuple de France, je te connais et suis désormais tien. Je sais qu’en tes veines, coule l’esprit de Champagney. Je pense à toi, Champagney, modeste commune de Haute-saône, un beau jour, rebaptisée Champagney-la-grande par Camille Darsière, député de la Martinique. Tu fus terre chantre de la Liberté, terre recréatrice de l’Egalité, terre symbole de la Fraternité universelle. Tu chantas ton humanisme flamboyant en ce jour béni du 19 mars 1789 quand dans l’article 29 de ton cahier des doléances, tu gravas ta grandeur et l’âme de la France éternelle sur le marbre républicain. «Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le coeur pénétré de la plus vive douleur en se représentant leurs semblables unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que le sont les bêtes de somme. Ils ne peuvent se persuader qu'on puisse faire usage des productions desdites colonies, si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang de leurs semblables, ils craignent avec raison que les générations futures plus éclairées et plus philosophes n'accusent les Français de ce siècle d'avoir été anthropophages ce qui contraste avec le nom de Français et plus encore celui de chrétien.

C'est pourquoi leur religion leur dicte de supplier très humblement Sa Majesté de concerter les moyens pour de ces esclaves faire des sujets utiles au Roy et à la patrie ». C’était le temps béni où à Champaney, les nègres étaient des semblables, des frères. Générations futures, réveillez-vous donc ! C’est un ordre venu du fond des âges ! Que vos mânes, à vous les 444 Champagnésiens de l’Histoire, reposent en paix. Votre humanisme est intact dans l’âme de vos descendants et de tous les Français, ce peuple dont j’ai tant chanté l’humanisme et l’antiracisme ; peuple de fraternité champion du monde des mariages mixtes – tabou suprême du racisme - parce que le voisin devient bien vite frère et beau-fils et beau-frère ; mais peuple malade de ses élites – toutes ses élites, intellectuelles et journalistiques, politiques - qui perpétuent l’arrogance civilisatrice et dominatrice.

Aujourd’hui, le peuple de France se demande pourquoi il est honni par monts et par vaux lointains. J’entends les trémolos de ce bon peuple de petites gens mes amis, qui me demande pourquoi on n’aime plus la France en Afrique ou ailleurs. Il ne comprend pas malgré les explications de Stephen Smith qui nous apprit naguère Comment la France a perdu l’Afrique, comme on perd une possession et non un ami ou ce parent que Senghor voulu inventer avec la création de la Francophonie, après la double bestialisation portée par la colonisation – celle du maître par ses actes et celle du colonisé par le maître. Et l’on pense à nos enfants français massacrés à Niamey, dont l’un venu tisser par le mariage avec une Africaine, les plus forts et les plus nobles et les humains et les plus beaux liens de fraternité ; massacrés par des fous, mais qui – à tort, à grandissime et bestial tort – peuvent prétendre se venger de l’arrogance de la France politique.

Et l’on pense à ce ministre qui, non contente de signer des autorisations de vente des outils de la répression à un régime dictatorial aux abois, proposait de former les assassins à l’art et à la manière inodores d’en faire bon usage pour mâter une révolution portée par la jeunesse. Alors avec les errements du discours politique français sur la révolution tunisienne, mes amis ne se demandent plus comment ils seront désormais accueillis sur les plages d’Hammamet et de Port El Kantaoui, dans les souks de Sousse et de Nabeul, les destinations privilégiées de leurs vacances.

Mânes de Champagnesiens, je vous sais vivantes dans l’âme française. Et je l’entendrai toujours, malgré les justes questionnements du poète malgache Jacques Rabemananjara, «claire innocence, ton chant trop pur, ta voix trop douce dans le croassement des ténèbres » de la barbarie humaine. Certes, Rabemananjara, « la force aveugle de l’abîme tire de son fouet le son aigre de l’agonie». Certes, cher défunt maître, «les étoiles meurent sans un soupir» à Niamey, Abidjan et ailleurs. Mais vaine est la barbarie et la justice triomphe toujours. Pour revenir à la Côte d’Ivoire et aux positionnements des élites françaises, la journaliste et l’intellectuelle, ne sont pas en reste. La presse tout entière, de la plus révolutionnaire à la plus révoltante, à l’exception notable du Gri-Gri international – si j’en oublie, mea culpa - , relaie à l’envie, le discours nauséeux des politiques aveugles et les pétitions impies – le Monde des idées - d’une intelligentsia borgne en cette occasion – elle ne l’a pas toujours été, Dieu merci – que signent, assourdis par le tintamarre ambiant, quelques Africains dont l’un d’eux m’avouera implicitement son erreur et rectifiera le tir avec une tribune intermédiaire.

Communauté internationale et consorts, me direz-vous un jour de quel charme improbable, de quelle virginité soudaine, vous habillez Alasane Ouattara l’ancien Premier Ministre dont on peut dire sans méchanceté aucune qu’il incarne un passé bien peu démocratique dont furent d’ailleurs victimes des ivoiriens coupables d’opposition, et son âme damnée le rebelle Guillaume Soro, improbable faiseur de rois, qui promet des châtiments à tire-larigot ! Me direz-vous un jour ce que vous récompensez en eux - pour Salomé, fille d’Hérodiade, ce furent ses talents de danseuse - pour leur offrir sur un plateau comme jadis celle de Jean-Baptiste, la tête de la Côte d’Ivoire qui ne vous appartient pas !

Quels intérêts – permettez-moi une naïveté passagère, ponctuelle – vous poussent à la diabolisation subite d’un homme, Laurent Gbagbo, qui fut le seul leader ivoirien à mener une opposition impossible mais pacifique à Félix Houphouët-Boigny, à accepter la prison et l’exil, à briguer la magistrature suprême, à la gagner en venant de l’opposition, sans jamais avoir compromis son combat par l’acceptation d’un maroquin corrupteur ; qui peut dire avec Rabemananjara «mes doigts son clairs comme le printemps, mon cœur est neuf comme une hostie». Dans une chronique récente, j’interpellais l’intellectuel africain, afin qu’il prenne position, qu’il embarque dans ce train de la renaissance qui passe devant sa porte. Parodiant Aimé Césaire, je lui intimais de parler, afin d’attaquer à leurs bases, oppression et servitude pour rendre possible la fraternité. Quelques-uns l’avaient déjà fait. D’autres m’ont écouté.

Mais lequel, de la fantasque Calixthe Bayala – Laurent Gbagbo n’est pas seul - au vieil Olympe Bhêly-Quenum – Je fustige les rebelles de Ouattara -, en passant par le flegmatique prix Renaudot, le peul Tierno Monenembo – l’ONU ne doit pas recoloniser l’Afrique – ou l’indomptable Achille Mbembe – La démocratie au bazooka - ; lequel a tissé le moindre laurier même en papier recyclé à la «communauté internationale» ? Lequel a salué Barack Obama ou encensé Nicolas Sarkozy ?

Combien ont reconnu la légitimité de Ouattara ? Lequel n’a pas apporté son soutien explicite ou implicite à Laurent Gbagbo, les plus minimalistes demandant comme lui, que l’on respecte les textes d’un état souverain ; que l’on arrête les bruits de bottes et les rodomontades grotesques – incontournable pléonasme –, que cette affaire soit laissée à la discrétion des Ivoiriens. Quel homme politique africain a envoyé le plus petit courriel de félicitation à Ouattara ! Qui pourrait comprendre qu’au lendemain de la célébration du cinquantenaire des indépendances des anciennes colonies françaises d’Afrique, ce continent soit encore regardé avec les yeux du documentaire récemment diffusé par France télévision sur la Françafrique, documentaire inattendument prophétique, qui annonçait la victoire de Ouattara –, les explications alambiquées du réalisateur n’y pourront rien – alors qu’il avait été produit des mois avant les élections ivoiriennes ?

Qui peut accepter qu’un certain Monsieur Choi se comporte encore comme un commandant de cercle ? Nos enfants ne nous mépriseraient-il pas à juste titre s’ils savaient que nous étions restés muets devant le spectacle grotesque d’une furtive proclamation de la victoire d’un candidat par les ambassadeurs étrangers dans son Quartier Général. Je voudrais comme le Chaka de Senghor, voir « l’Afrique comme une fourmilière de silence au travail ».

Mais ce ne sera plus sous le fouet des Boers, ce ne sera plus ce peuple du Sud «soumis à la règle, à l’équerre et au compas», ce ne sera plus derrière « les forêts fauchées et les collines anéanties » pour l’enrichissement des autres. Ce sera par l’Afrique, pour l’Afrique son peuple et sa jeunesse qui commencent à monter au front de la dignité. Et lentement, sûrement, progressivement – merci Césaire -, la vieille négritude se cadavérise. Vous serez obligés de laisser la Côte d’Ivoire écrire les premières lettres de son épitaphe. Le destin l’a choisie car elle le vaut bien, cette Hirondelle du printemps africain.

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