Niger : «Boko Haram a déjà infiltré la population»

La première attaque sérieuse de Bosso, vendredi au crépuscule, s’est soldée par un bilan très lourd : 30 à 36 soldats, selon les témoins, ont été inhumés dimanche soir à Diffa. On parle de centaines de disparus, d’une trentaine de véhicules militaires, y compris blindés, volés ou détruits, avec de l’armement et du carburant. Le bilan des victimes civiles est encore inconnu. Le deuxième bilan officiel, publié lundi, fait état de 26 soldats tués dont 24 Nigériens et 112 blessés dont un civil.



Le drapeau noir de Boko Haram
 
Faute d’intervention aérienne venue les tirer d’affaire, les militaires, souvent de très jeunes soldats tout justes sortis de l’école, ont pris la fuite, laissant derrière eux une ville livrée au pillage. Les éléments de Boko Haram ont détruit, brûlé et volé, jusqu’aux légumes en terre dans les potagers. Le matin, ils étaient repartis quand l’armée nigérienne est à nouveau entrée en ville. Mais vers 11 heures, Boko Haram est revenu. On ne sait rien de ces combats-là, en termes de bilan, si ce n’est que la gendarmerie, la compagnie et la préfecture ont été détruites.

Dimanche, le drapeau noir de Boko Haram flottait donc sur Bosso, ville fantôme dont la population était réfugiée depuis la nuit du vendredi à Toumour, à quelques kilomètres de là. Mais Boko Haram a attaqué Toumour. Des tirs d’armes lourdes et légères étaient entendus ce lundi dans la ville. Et les déplacés sont repartis sur les routes, trouvant refuge à Diffa déjà gagnée par la panique.
 
 «C’est la débandade. L’armée nigérienne a laissé toutes ces populations. Elles fuient en désordre et ne savent pas où aller. Le jour de l’attaque, on a empêché les gens d’aller porter secours aux déplacés. Le gouvernement a peur que les éléments de Boko Haram ne s’infiltrent mais c’est trop tard. Ils sont déjà là», se désole Lamido Moumouni, député d’opposition de la région de Diffa à l’Assemblée nationale du Niger.
 
Pas de renfort aérien
 
« J’ai des amis militaires présents à Bosso qui sont venus me voir aujourd’hui. Ils vont quitter Diffa ce soir ou demain. Depuis samedi, ils ont dit à leurs familles de partir, raconte un animateur de la radio locale Anfani. Ils disent qu’ils ne retourneront pas à Bosso se battre contre Boko Haram. Ils sont découragés de ne pas avoir reçu de renfort aérien et craignent de se faire tirer dessus avec leur propre armement».

C’est la grande question que tout le monde se pose au Niger. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de renfort aérien samedi ? En ce qui concerne les assaillants, plusieurs témoignages parlent de peaux rouges (blancs), de personnes parlant anglais ou arabe. Mais un habitant de Bosso a raconté avoir entendu la discussion de deux membres de Boko Haram, devant sa porte, au sujet de sa vieille voiture Toyota qu’ils avaient l’intention de voler. Ils parlaient kanouri, la langue majoritaire dans l’ethnie majoritaire au sein de Boko Haram.



Source: LeMonde.fr
 

Aminata Diouf (Stagiaire)

Mardi 7 Juin 2016 - 09:08



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter