Niger: Boko Haram se moque de la force régionale et attaque Diffa

Les députés du Niger sont appelés à se prononcer, ce lundi 9 février, sur la riposte contre Boko Haram. Niamey veut envoyer ses soldats rejoindre les armées du Tchad, du Cameroun et du Nigeria déjà engagées contre le groupe islamiste. Sauf surprise, les parlementaires nigériens devraient autoriser l'opération, d'autant que le Niger a de nouveau été la cible d’une attaque de Boko Haram la nuit dernière.



Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram (capture d'écran). YouTube
Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram (capture d'écran). YouTube

Le groupe armé a attaqué, dans la nuit de dimanche à lundi, la prison de Diffa, proche de la frontière nigériane. Selon nos informations, deux combattants islamistes ont été tués. Un militaire nigérien est blessé. Diffa avait déjà été visée deux fois ces derniers jours. Dimanche, l'explosion dans le centre-ville a fait au moins un mort et ce lundi, une nouvelle explosion a été signalée vers le bâtiment des douanes. Les combattants islamistes ont également essayé de s'emparer d'un pont stratégique de la ville (voir notre article).

Avant le vote de l’Assemblée nationale autorisant l’envoi de troupes nigériennes au Nigeria, la pression de Boko Haram sur la frontière de Diffa a donc atteint son paroxysme. Diffa est sous le feu de l’ennemi, qui tire au loin des obus et des roquettes. Le véritable enjeu de cette bataille est la prise de ce fameux pont, qui ouvre l’accès à la ville à partir du Nigeria.

A moins de 100 mètres de l’ennemi, le commandant Ali Ahmed Issa et ses hommes tiennent bien le pont : « C’est de là que les insurgés ont essayé de passer pour attaquer en force. Grâce à la vaillance de nos éléments, on les a repoussés. Désormais, on tient la position. »

En alerte maximale depuis trois mois, les soldats dans leurs emplacements individuels scrutent la rive droite avec leurs jumelles. Le sergent-chef est prêt à en découdre avec l’ennemi : « On les a déjà combattus et on les a déjà repoussés. Et on est capables de le refaire, même s’ils reviennent, on le refera encore. On ne peut accepter qu’ils passent le pont. »

En pleine inspection sur le pont, la délégation du ministre de la Défense a essuyé des tirs de Boko Haram dimanche. Un déluge de feu envoyé sur l’ennemi a alors permis de dégager les officiels. Mais cet incident montre bien l’enjeu stratégique que représente cet endroit.

« Vous êtes les bienvenus »

Alors que la lutte contre Boko Haram s'organise au niveau régional, avec ce vote à l’Assemblée nationale nigérienne, le chef de la secte s'est exprimé dans une vidéo diffusée ce lundi. Dans ce film de 28 minutes, Abubakar Shekau évoque directement ce déploiement militaire : « Votre alliance ne mènera à rien, lance-t-il. Rassemblez toutes vos armes et affrontez-nous : vous êtes les bienvenus. »

Dans ce discours au ton très provocateur, en arabe puis en haoussa, le chef de Boko Haram se moque : « Vous envoyez 7 000 soldats ? Seulement 7 000, par Allah c'est peu ! Nous allons les capturer un à un. »

Outre cette première vidéo, deux autres films signés Boko Haram ont également été postés, indique l'Agence France-Presse. Dans l'un d'eux, on voit le chef de l'organisation Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, ainsi que des images d'archive avec des références au puissant califat de Sokoto, établi au XIXe siècle au nord du Nigeria.

A noter que Shekau a déjà mentionné par le passé al-Baghdadi, mais il semble vouloir pour la première fois s'inscrire dans un jihad plus global. « Nous allons combattre le monde entier en appliquant le principe selon lequel quiconque désobéit à Allah et au prophète doit se soumettre, mourir ou être réduit en esclavage. »


« Boko Haram : quel rôle dans le report des élections au Nigeria ? », c’est le thème de l’émission Décryptage  de ce lundi 9 février, avec comme invité Antoine Pérouse de Montclos, chercheur à l'Institut français de géopolitique. A retrouver à 18h10 TU sur l'antenne monde et à 19h10 TU sur l'antenne Afrique.


Rfi.fr

Lundi 9 Février 2015 - 17:52



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