Nigeria: incertitudes sur le contrôle de la ville de Bama

Les autorités nigérianes affirment toujours contrôler la ville de Bama, à 75 kilomètres de Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno. Mais des témoins ainsi que le sénateur Ahma Zannah qui est originaire de Bama et dont la circonscription couvre la ville, s'inscrivent en faux. Boko Haram occupe désormais Bama qui abritait 250 000 habitants, selon le dernier recensement effectué en 2006.



Des soldats nigérians dans le village de Baga, à la sortie de Maiduguri, dans la province de Borno, le 13 mai 2013.
Des soldats nigérians dans le village de Baga, à la sortie de Maiduguri, dans la province de Borno, le 13 mai 2013.

Mille soldats nigérians étaient positionnés à Bama au moment de l'attaque contre la caserne militaire de la ville qui s'est déroulée le lundi 1er septembre, à l'aube. C'est tout du moins ce qu'affirme le sénateur de Borno Centre, Ahmad Zannah. Il est catégorique, tous les soldats ont pris la fuite. Boko Haram contrôlerait donc désormais les villes de Gwoza et de Bama, et menace désormais Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno.

« Bama est juste à 75 kilomètres de Maiduguri, donc les insurgés sont à une heure trente de la ville. Et tous les habitants des villes et des villages entre Bama et Maiduguri ont fui pour gagner Maiduguri », affirme le sénateur Ahmad Zannah.

Les autorités nigérianes - même si elles minimisent les avancées de Boko Haram - prennent la menace au sérieux. Elles ont décrété un cessez-le-feu, mardi soir, à Maiduguri pour éviter les infiltrations d'insurgés. L’aide des pays voisins du Nigeria et de la communauté internationale n’a pas permis de contrer les ambitions de Boko Haram et le gouvernement nigérian en porte l’entière responsabilité, accuse le sénateur Zannah, membre d'une faction dissidente du PDP, parti au pouvoir.

« A moins que les membres de l'appareil sécuritaire nigérian fassent montre de sérieux, on n'aura pas de résultats. On n'arrivera à rien tant que règneront l'hypocrisie et des gens qui versent dans le complot. Le Nigeria doit être sérieux et prendre à bras le corps le problème. Mais moi, je ne comprends pas pourquoi on joue autant avec la vie des gens », s’indigne Ahmad Zannah. L'attaque contre Bama a gonflé le nombre de déplacés, la plupart auraient regagné Maiduguri à pied.

 

Boko Haram et l'exemple de l'Etat islamique

Pour l'heure Boko Haram n'a pas cherché à administrer les régions sous sa coupe. Mais cela pourrait changer. Selon Jacob Zenn, spécialiste du Nigeria à la Jamestown Foundation, un think tank basé à Washington, l'insurrection peut s'inspirer des échecs d'Aqmi au nord du Mali, mais aussi de l'approche actuelle de l'État islamique :

« Boko Haram a sûrement tiré des leçons des expériences d'Aqmi et d'Aqpa (al-Qaïda dans la Péninsule arabique). Ces deux organisations ont tenté de mettre sur pied des États islamiques ces deux ou trois dernières années, mais elles ont échoué quand elles ont essayé de gouverner trop vite et d'appliquer trop vite une version dure de la charia. Boko Haram jusqu'ici a surtout attaqué les forces de sécurité et a cherché à prendre le contrôle des villes, mais s'est peu soucié de l'administration des zones conquises.

Alors il se peut que des gens connectés à Boko Haram décident de s'inspirer de ce que fait l'État islamique pour opérer dans des zones frontalières isolées entre le Nigeria et le Cameroun, comme le fait l'État islamique en Syrie et en Iraq. Il s'agirait de mener des attaques éclair sur des villes, de chasser les gouvernements locaux, de tuer les officiels et de filmer et diffuser les exécutions pour diffuser un climat de terreur, pour ensuite progressivement introduire des membres de Boko Haram dans les villes et commencer à appliquer la charia, mais en veillant à coopter des tribus locales pour s'assurer d'un certain soutien en les payant comme le fait l'État islamique. »



Rfi.fr

Jeudi 4 Septembre 2014 - 11:46



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