Nigeria: la torture devenue "routine" chez les forces de sécurité, dénonce Amnesty



Nigeria: la torture devenue "routine" chez les forces de sécurité, dénonce Amnesty
"L'éventail des techniques utilisées est effrayant et comprend notamment l'arrachage d'ongles ou de dents, la suffocation, les décharges électriques et les violences sexuelles", souligne l'organisation.

Une femme rapporte notamment qu'un officier de police a actionné une bombe de gaz lacrymogène dans son vagin alors qu'elle refusait de connaître sa responsabilité dans un vol à main armé.

"J'ai avoué tout ce qu'ils voulaient. J'étais en sang mais je n'ai pas été transportée à l'hôpital ... Je ressens toujours aujourd'hui la douleur dans mon utérus", déclare-t-elle, citée dans le rapport.
"Dans tout le pays, l'ampleur et la gravité des tortures infligées aux hommes, femmes et enfants nigérians par les autorités censées les protéger sont insoutenables même pour les observateurs des droits humains les plus endurcis", a déclaré Netsanet Belay, directeur de la recherche à Amnesty International, dans un communiqué accompagnant la sortie du rapport.

- Loi anti-torture bloquée -
Lors d'une conférence de presse à Abuja, un ingénieur en mécanique, Onyekachi Mbazuigwe, a raconté le cauchemar de son arrestation devant sa maison à Lagos en mars 2013.
Soupçonné de vol de voiture et emprisonné pendant deux mois, il a été battu et torturé par deux officiers de police.

"Ils m'ont lié mains et jambes dans le dos, puis j'ai été pendu entre une fenêtre et une échelle pendant une heure", a confié cet homme de 33 ans. "J'ai décidé de faire ce qu'on me disait de faire. Ils (la police) m'ont demandé d'écrire que j'avais volé la voiture et je l'ai écrit. Maintenant cette déclaration est au tribunal".

"La torture fait tellement partie du système de maintien de l'ordre au Nigeria que de nombreux postes de police disposent d'un agent officieusement désigné comme +chargé de torture +", explique Amnesty.

"La plupart des personnes arrêtées sont détenues au secret - sans contact avec l'extérieur, que ce soit avec leurs avocats, leurs familles ou les instances judiciaires".

"La torture n'est pas considérée comme un crime aux termes du droit nigérian. Le Parlement de ce pays doit immédiatement adopter une loi érigeant la torture en infraction. Cette mesure est attendue de longue date et rien ne saurait justifier un nouveau retard", ajoute M. Belay.

Une loi interdisant la torture est bloquée au Parlement nigérian depuis deux ans. 
Le Nigeria est considéré par Amnesty comme le cinquième pays au monde où la pratique de la torture est la plus répandue. 
Le porte-parole de la police nigériane, Emmanuel Ojukwu, a assuré que ce rapport d'Amnesty serait étudié et que les abus dénoncés feraient l'objet d'une enquête.

"Tout cas identifié et établi de malfaisance ou d'inconduite sera poursuivi conformément aux règles et à la législation", a-t-il affirmé.
Niant le caractère systématique ou endémique de la torture dénoncé par Amnesty, ce porte-parole a jugé que la situation s'était améliorée, y compris en matière de respect des droits de l'Homme, depuis la restauration d'un pouvoir civil au Nigeria en 1999.

"La torture et les mauvais traitements ne sont pas, je répète PAS, une politique officielle de la police du Nigeria", a-t-il martelé.
Début 2012, Mohammed Abubakar, alors chef de la police, avait admis lui-même avoir observé des exécutions sommaires et des détentions arbitraires au sein de la police.

"La justice a été pervertie, les droits des gens bafoués, des innocents retenus en prison, des actes de torture et des exécutions sommaires perpétrés", avait-il déclaré dans un discours adressé à des hauts gradés de la police.

Cela fait sept ans que les Nations unies ont conclu que la torture était "intrinsèquement liée au mode de fonctionnement de la police au Nigeria" et ont recommandé qu'elle soit érigée en infraction, selon Amnesty.
"Le message que nous adressons aujourd'hui aux autorités nigérianes est clair: criminalisez la torture, mettez fin aux détentions au secret et enquêtez pleinement sur les allégations de violences", a déclaré M. Belay.

RFI

Vendredi 19 Septembre 2014 - 14:08



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