Nigeria : le président Buhari nomme enfin son gouvernement

Muhammadu Buhari a le mérite de la constance. En dépit des urgences sécuritaires, du ralentissement économique, de la chute des cours du pétrole qui assèche les finances de son pays et des attentes que sa victoire a suscitées, le président du Nigeria a pris son temps. Comme il l’avait annoncé.



Il aura donc fallu attendre plus de sept mois après son élection et plus de cinq après son investiture pour que, mercredi 11 novembre, le nouveau chef d’Etat de la première puissance économique et démographique d’Afrique nomme son gouvernement. Il s’agissait de « mettre la bonne personne au bon endroit » et de « ne pas répéter les erreurs du passé », a pris soin de justifier M. Buhari pour expliquer ce délai.

Rétablir la confiance
 
Depuis sa prise de fonctions, le 29 mai, ce général à la retraite, âgé de 72 ans, n’est pourtant pas resté inactif. Après avoir effectué un grand coup de balai dans l’armée, incapable jusque-là d’endiguer la progression des combattants de Boko Haram, il s’est efforcé de rétablir la confiance vis-à-vis du Nigeria. Tout d’abord, avec ses voisins – Niger, Tchad, Cameroun – qui se plaignaient du manque de volonté et de coopération de son prédécesseur Goodluck Jonathan dans la lutte contre le groupe djihadiste désormais affilié à l’Etat Islamique.


Puis il a voyagé aux Etats-Unis, le principal partenaire du Nigeria, et en France en vue de recevoir davantage d’appuis financiers et militaires dans cette guerre, mais également pour obtenir une aide afin de mettre la main sur les fonds colossaux – 150 milliards de dollars durant la dernière décennie, selon lui – détournés sous le régime précédent. « Quand il a rencontré Michel Sapin [le ministre français des finances] ou la ministre américaine de la justice [Loretta Lynch], les discussions n’ont porté que sur ce point », raconte un observateur averti du Nigeria.

Enfin, ces derniers mois lui ont permis d’établir en interne un diagnostic sur le niveau de prévarication au sein des différents ministères, laissant chacun des portefeuilles gérés par leurs « Permanent secrétaires », l’équivalent des secrétaires généraux. « M. Buhari n’a pas fait table rase de tous les agents qui ont servi sous Goodluck Jonathan. Il a su les utiliser pour s’informer de la situation des différents ministères avant de nommer ceux qu’il a choisis », fait valoir Benjamin Augé, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales.

Pétrole et sécurité
 
Finalement, comme cela était attendu et par souci de ménager les équilibres régionaux, le nouveau cabinet est composé de 36 ministres et secrétaires d’Etat, chacun des entrants étant issu d’un des 36 Etats qui forment la Fédération nigériane. Muhammadu Buhari conserve entre ses mains le portefeuille stratégique du pétrole. Il sera secondé dans la gestion de ce secteur gangrené par la corruption par Ibe Kachikwu, un ancien d’ExxonMobil Africa, qu’il avait nommé en août à la tête de la grande compagnie pétrolière publique NNPC.
La charge de relancer puis de diversifier l’économie plombée par l’effondrement des cours du brut – l’or noir représente 70 % des recettes de l’Etat et la quasi-totalité de ses rentrées de devises – incombera à Kemi Adeosun. Jusque-là chargée des finances dans l’Etat d’Ogun où elle est créditée d’un bilan flatteur, cette ex-banquière, formée à Londres, devra notamment rassurer les investisseurs étrangers, qui espèrent une libéralisation rapide du marché des changes, selon des sources citées par l’agence Bloomberg. Sur les questions économiques, au sujet desquelles Muhammadu Buhari n’a de l’avis général qu’une très maigre expertise, la nouvelle ministre des finances pourrait en revanche compter sur l’appui du vice-président Yemi Osinbajo, un ancien avocat d’affaires.
Pour les questions sécuritaires, le chef de l’Etat a décidé de s’appuyer sur deux officiers expérimentés, originaires comme lui du nord du pays, en confiant la défense à un général à la retraite, Muhammad Mansur Dan-Ali, et l’intérieur à un ancien chef d’état-major de l’armée, Abdulrahman Dambazau.

Enfin, si bon nombre d’entrants apparaissent comme des technocrates, Muhammadu Buhari a également remercié ses alliés politiques. L’ancien gouverneur de l’Etat de Rivers, Rotimi Amaechi, qui avait fait défection à la fin de 2013 du parti au pouvoir pour rejoindre l’opposition d’alors, a hérité du ministère des transports. Quant au très populaire Babatunde Fashola, l’ex-gouverneur de Lagos qui a su rendre son lustre à la plus grande ville d’Afrique subsaharienne, il récupère un super ministère où sont regroupés l’énergie, les travaux publics et le logement. Ses désirs affirmés de sortir de la vie politique attendront.

Plus de sept mois après son élection, Muhammadu Buhari a déjà démontré sa volonté de mener la lutte contre Boko Haram, il lui reste maintenant à engager avec la même détermination la relance de l’économie et le combat contre la corruption, ses deux autres promesses de campagne.


Source: LeMonde.fr
 
 

Aminata Diouf(stagiaire)

Mercredi 11 Mai 2016 - 12:32



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