Non monsieur le premier ministre Abdoul MBAYE… vos arguments nous laissent sur notre faim



Non monsieur le premier ministre Abdoul MBAYE…  vos arguments nous laissent sur notre faim
Edifiante parole de Don Marquis : « A celui qui vous dira qu'il s'est enrichi par le travail, demandez : "De qui ?" » Plus une personne prend de responsabilités publiques, plus le public a de chance de mieux la connaître en étudiant son présent avec patience ou en convoquant son passé avec intelligence. Dans le cas du premier ministre actuel, sur qui beaucoup de laudateurs experts ont délié la langue pour chanter ses louanges d’homme intègre et travailleur qui a toujours réussi à redresser la barque tanguant de plusieurs institutions bancaires, le public n’a finalement pas besoin de faire un quelque effort pour connaître son véritable visage. Il n’a qu’une seule chose à faire : ouvrir les yeux et lui tendre l’oreille. Il est en train de se démasquer lui-même à force de communications chaotiques et regrettables.

Cité par la presse dans le lot des membres de l’exécutif très aisés et bosseurs, il avait, au lendemain de sa nomination, reçu des attaques qui le présentaient comme quelqu’un qui s’est « enrichi », en tant que patron de banque, sur la base de transactions douteuses au détriment de certains de ces gros clients de l’époque. Nous avions suivi alors ses explications mi figue – mi raisin pour se blanchir.

Aujourd’hui encore, selon la lettre du Continent cité par Libération quotidien, «un audit commandité auprès du cabinet Ernest&Young avant le rachat de la banque (CBAO) par les Marocains avait établi que l’actuel chef du gouvernement avait usé de «comptes fictifs» et de «comptes de clients décédés» pour «blanchir» l’argent de Habré». Malgré les dénégations « confuses » du cabinet Ernest&Young, l’accusation, portée sur le premier ministre d’un gouvernement qui se veut de rupture et qui communique constamment sur la nécessité de transparence dans la conduite des affaires du pays au point de nommer un ministre chargé de la promotion de la bonne gouvernance porte-parole du gouvernement, est très grave .

Ce premier ministre disait que «Toutes les personnes qui, de manière anormale, se sont enrichies le rendront par A ou B ». Un vœu pieux qui est en contradiction effarante avec sa ligne de défense dans cette accusation de blanchiment de l’argent d’Habré. Dans un article intitulé ‘’Les mauvais contes d’Abdoul Mbaye’’, un quotidien de la place écrit au sujet des accusations de blanchiment d’argent portées contre le chef du gouvernement sénégalais, du temps où il était directeur de banque : ‘’Le Premier ministre avoue avoir recueilli de l’argent appartenant à Habré, ancien président du Tchad en exil au Sénégal. S’expliquant sur cette question hier, lors d’une conférence de presse, Abdoul Mbaye dit l’avoir encaissé avec l’assentiment des autorités sénégalaises d’alors et qu’en ce temps, le délit de blanchiment n’existait pas’’.

Cette sortie du premier ministre sur l’argent de Habré est déroutante. Elle ternit l’image du Sénégal et son propre image. Il apparaît ici que nos autorités d’alors, en accueillant l’ex président tchadien, n’étaient pas simplement guidées par une volonté humanitaire d’aider ce dernier à trouver refuge au Sénégal ; qu’il y avait d’autres intérêts ignoblement inquiétants.

Monsieur le premier ministre, l’adage dit qu’« On ne peut pas avoir le lard et le cochon». Même si le délit de blanchiment n’existait pas, la question est ailleurs : aviez-vous pris toutes les mesures nécessaires pour être quitte avec votre conscience sur le fait que l’argent de cette transaction était d’origine licite ? Car, au cas où cette manne d’argent était illicite, même si le délit dont vous parlez n’existait pas encore, il est certain que celui de recèle était bien présent dans nos textes juridiques.

Cette affaire nous pousse à être sceptiques sur la réelle volonté de ce régime d’être transparent. Il ne suffit pas d’avoir des institutions bien pensées ; elles ne produisent aucun résultat probant sans la qualité morale et managériale des personnes qui les dirigent. Et sur ce plan, le doute persiste à cause des mêmes pratiques qui durent depuis les régimes précédents dans le cadre des nominations aux postes de responsabilité qui semblent ne répondre qu’à un triptyque : Famille Amitié Parti. Rien que du recyclage éhonté d’anciens paradeurs et prostitués politiques sans aucune envergure d’ordre morale. Une enquête de moralité bien approfondie aurait permis au Président de nous éviter aujourd’hui le doute que la sortie du PM vient d’installer sur le dos de la crédibilité de notre pays qui peut apparaître aux yeux de certains, dans cette affaire « des biens de Habré », comme un Etat « receleur de biens aux origines douteuses ».

En nommant quelqu’un qui avait pris part à cette opération suspecte de versement de cet « argent douteux » dans les comptes d’une banque au Sénégal, même avec l’assentiment des autorités de l’époque, l’actuel gouvernement risque de perdre un pan important de sa crédibilité au niveau national et international. Et si demain, Habré est jugé sur ces supposés crimes économiques, sa défense ne pourrait-elle pas convoquer, dans sa liste de témoins, l’actuel PM ? Nous pensons que ce dernier doit tirer toutes les conséquences de sa déclaration qui cache trop de zones d’ombre pour mettre à l’aise le président de la République. Il doit fournir des arguments convaincants et cesser ses errements problématiques. Parlant des autorités de l’époque, puisse que nous avons encore dans ce régime des membres du Parti socialiste, n’est-il pas nécessaire qu’ils s’expliquent sur cette affaire afin de mieux édifier le peuple ?

Nous nous souvenons de la déclaration de patrimoine du président nouvellement élu qui avait surpris plus d’un tellement le temps de sa vie active en tant que commis de l’Etat et les différentes responsabilités qu’il a eues à gérer comme salarié semblaient ne pas être en adéquation avec le niveau trop élevé de sa richesse. Nous avions, en son temps, dit qu’il gagnerait à ne pas se limiter à faire une déclaration de patrimoine et qu’il devrait aller jusqu’au bout en édifiant le peuple sur l’origine licite de sa richesse colossale qui paraissait trop subite aux yeux de certains dont ces détracteurs. Cela aurait pu rassurer le peuple ; mais rien de concluant n’a été entrepris dans ce domaine sauf des sorties musclées et hasardeuses de seconds couteaux qui cherchaient beaucoup plus à taper dans l’œil du chef pour leur propre compte qu’à véritablement convaincre l’opinion. « Aimer un être, c'est le rendre transparent. » disait Jean Racine. Si en plus de ça, il nomme des individus au parcours « douteux » qui n’arrivent pas eux-mêmes à s’expliquer clairement sur certains sujets très sensibles les concernant, comme sur cette affaire des sous de Habré et des dessous qui s’en découlent, il est indéniable qu’il court le risque d’offrir à ces adversaires actuels et futurs les moyens présents et futurs de leur combat contre lui.

Nous ne voulons plus d’un gouvernement d’affairistes et de prédateurs. D’ailleurs c’est pourquoi nous déplorons même ce foisonnement d’hommes d’affaires qu’on dit être les bailleurs de fonds du candidat Macky SALL. Que nous veulent-ils encore ? La décence recommande d’arrêter ce genre de publicité dégradante pour notre président. C’est comme si des lobbies de bailleurs de fonds (ou autres) l’avaient soutenu et financé pour se délecter après de retombés occultes du rôle qu’ils ont joué dans son élection alors qu’en réalité, c’est le peuple sénégalais qui voulait de ce changement. « Ces bailleurs » n’avaient pas, tous réunis, la force financière du régime sortant ; le combat n’était pas celui de l’argent mais bien celui de la détermination du peuple à changer de régime.

Et Macky a été aidé en cela par beaucoup de concours de circonstance, une effervescence de l’engagement de la jeunesse de notre pays à lutter contre l’arbitraire au prix de sa vie, surtout par les capacités de sensibilisation et de mobilisation de Y’en a marre et du M23, et par des mouvements citoyens et des partis organisés regroupés au sein de coalitions au premier et au second tour, notamment les coalitions Macky2012 et Benno Bok Yakaar. C’est ça la vérité historique.

Donc sa victoire n’est pas celle de ces supposés bailleurs de fonds qui commencent à nous agacer, ni sa mérite crypto-personnelle ; elle est, par la grâce de Dieu, celle de l’écrasante majorité du peuple sénégalais qui en avait marre du régime sortant. Elle n’est pas celle d’une ethnie, d’une région, d’une famille, d’un groupe d’amis ou d’un parti. Elle est celle de l’écrasante majorité des sénégalais de toutes les ethnies, de toutes les régions, de toutes les familles, et de plusieurs partis politiques et mouvements citoyens… de plusieurs coalitions. Mais c’est sa responsabilité qui est engagée en tant que président élu.

Le président Macky SALL ne doit jamais l’oublier. Et cette écrasante majorité de sénégalais ne le lui pardonnerait jamais s’il venait à trahir son espoir. Le temps presse et les atermoiements continuent. Robert Heinlein disait que « La responsabilité ne peut pas être partagée. »En 2017, en cas d’échec du régime, celle du président ne sera pas partagée. Ces alliés et nommés le laisseront seul face au peuple.

Dans son sermon de cet après-midi de vendredi 9 novembre 2012, l’imam de la mosquée du quartier point E à Dakar nous rappelait que les faux révolutionnaires sont ceux qui veulent tout changer sauf eux-mêmes. Ce régime de Macky doit méditer cette pensée afin d’éviter les pièges qui ont écrasé et humilié celui de son prédécesseur. Nous tous idem ! Et la seule façon de le faire passe par l’introspection permanente.

Tafsir Ndické DIEYE
Auteur de polars et de poésie
Directeur administratif du Cabinet Thorinius Consulting
Membre du pôle programme de Macky 2012
Mail : ndickedieye@yahoo.fr


Tafsir Ndické DIEYE

Vendredi 9 Novembre 2012 - 18:05


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