Obama-Castro: face-à-face historique au Panama

Pour la première fois, Cuba est au côté des États-Unis au 7e Sommet des Amériques. Cette réunion doit confirmer la normalisation des relations entre les deux pays.



Le 7e Sommet des Amériques qui se tient en ce moment à Panama sera marqué par le spectaculaire rapprochement entre Cuba et les États-Unis. Peu importe que la tant attendue poignée de main entre Barack Obama et Raul Castro ait lieu ou non lors du dîner de vendredi soir. La rencontre entre Bruno Rodriguez, le ministre cubain des Affaires étrangères et son homologue américain, John Kerry, qui a duré deux heures jeudi soir dans un hôtel de Panama, est une première depuis la révolution cubaine de 1959. Bien sûr, les mines restent crispées sur la photographie de la poignée de main entre les deux hommes, mais le symbole est fort. Un diplomate américain a déclaré que les discussions «très constructives» ont permis de faire des «progrès» dans le rapprochement entre les deux pays.

 
Obama et Castro se sont parlé
Pour confirmer la volonté des deux parties d'aplanir leurs divergences, les autorités cubaines ont révélé que Barack Obama et Raul Castro avaient conversé longuement par téléphone jeudi en préparation du sommet. L'une des revendications principales de Cuba semble également être en passe d'aboutir: selon Reuters, citant des sources proches de la commission sénatoriale des affaires étrangères, le département d'État américain a recommandé à Barack Obama de retirer Cuba de la liste des pays accusés de soutenir le terrorisme. Les liens logistiques et financiers entre l'organisation terroriste basque ETA et le gouvernement cubain avaient encore été dénoncés en 2013. La Havane a également été soupçonnée d'entretenir des relations privilégiées avec les Farc. Mais aujourd'hui, Cuba accueille les négociations de paix entre la guérilla et le gouvernement colombien.


Son aide à la résolution du conflit colombien plaide ainsi pour que La Havane soit effacée de la liste noire du département d'État où figurent le Soudan, la Syrie ou l'Iran. Cela permettra à Cuba d'accéder à des financements par des organismes internationaux auxquels l'île caraïbe n'avait pas accès jusque-là.
Cette réconciliation entre La Havane et Washington pourrait permettre aux États-Unis de reprendre pied dans la région. La plupart des gouvernements sud-américains, qu'ils soient considérés comme de droite ou de gauche, rejettent le blocus que Washington impose depuis 1962 à l'île castriste.


Le rapprochement avec Cuba «crée une ambiance plus ouverte, avec moins de méfiance de l'Amérique latine, analyse pour El Pais Michael Shifter, président de Dialogue. Mais cela ne veut pas dire que les ressentiments qui ont des racines historiques ont disparu». Quels que soient les gestes de bonne volonté qui seront effectués à Panama, la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis prendra du temps. Certains thèmes sont très sensibles, comme l'occupation de la base de Guantanamo ou la question des expropriations. Les Cubains qui ont fui la révolution castriste réclament en effet des réparations pour l'expropriation de leurs biens. Une revendication que le régime cubain rejette absolument mais que la diaspora cubaine vivant aux États-Unis refuse de voir oubliée.

 
Enfin, la levée du blocus se heurtera à la résistance du Congrès américain, dont de nombreux parlementaires estiment que le président Obama n'a rien obtenu en matière de droits de l'homme de la part de La Havane. La prudence de l'Administration Obama est très critiquée. Ces derniers jours, les officiels américains ont choisi de privilégier des contacts avec l'Église cubaine, plutôt qu'avec les dissidents, auxquels le régime cubain refuse toute légitimité. Un dernier point peut freiner le rapprochement: les relations avec le Venezuela. Même si les dernières déclarations de Barack Obama et de Nicolas Maduro semblent montrer la volonté des parties de revenir à des relations apaisées.
 

lefigaro.fr

Samedi 11 Avril 2015 - 01:21



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