Obama à l'État islamique : «Vous n'aurez aucun refuge»

Le président américain s'est dit prêt mercredi à frapper les djihadistes en Syrie et à étendre les raids menés en Irak depuis un mois.



«Si vous menacez l'Amérique, vous n'aurez aucun refuge sûr», a lancé ce mercredi soir Barack Obama aux terroristes de l'Etat islamique (EI), précisant qu'il «n'hésiterait pas à passer à l'action en Syrie », une déclaration sans précédent. Dans une adresse télévisée à la nation qui aura duré 15 minutes, à la veille du 13e anniversaire du 11 septembre, le président des Etats-Unis a déclaré la guerre à l'EI -que les Etats-Unis désignent sous son ancien nom d'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL)-, affirmant que l'organisation terroriste «n'avait rien d'islamique car «aucune religion n'encourage le massacre d'innocents». «Si on le laisse faire, l'Etat islamique posera un danger croissant au delà de la région, y compris sur le sol américain», a-t-il expliqué, évoquant des terroristes «d'une brutalité unique». Le message était clair. Ne pas réagir avec toute la force nécessaire reviendrait à mettre la sécurité des Etats-Unis en péril. «Des mots et arguments qui rappelaient de manière troublante le discours du président au moment de l'envoi de troupes américaines en Afghanistan au début de son premier mandat.

L'opinion soutient une action armée contre l'EI

Pourtant, Barack Obama s'est empressé de préciser pourquoi cette opération militaire, sur un terrain où l'Amérique a été embourbée pendant près d'une décennie, serait «différente». «Nous n'impliquerons pas de troupes au sol, cette action contre- terroriste sera menée en utilisant notre force aérienne et en soutenant nos partenaires présents sur les lignes de front», a-t-il dit, évoquant l'exemple de la Somalie et du Yémen, où l'Amérique a mené des actions de contre-terrorisme, notamment à l'aide de frappes de drônes. Ces comparaisons, qui ont été jugées bizarres par certains experts vu le caractère limité des opérations au Yémen et en Somalie, visaient clairement à rassurer une opinion fatiguée des interventions extérieures, même si la nation s'est mobilisée depuis la décapitation de deux journalistes américains et soutient maintenant à 71% une action armée contre l'EI. Obama a expliqué que sa stratégie contre-terroriste s'appuierait sur «une large coalition d'alliés» à la fois arabes et occidentaux, dont le but sera d'«affaiblir et de détruire» l'EI, notamment en coupant ses financements et en tentant d'arrêter le flot de djihadistes étrangers qui rejoignent la rébellion de l'Etat islamique.

Des conseillers américains pour l'armée irakienne

Les Kurdes et l'armée irakienne seront évidemment les partenaires privilégiés de cette guerre. Obama a annoncé qu'ils recevraient sous peu l'appui de 475 nouveaux conseillers américains qui vont être dépêchés en soutien des quelque 700 déjà présents. Ils participeront à l'encadrement et l'entraînement des forces locales, ainsi qu'à des opérations de renseignement. Le chef de l'Etat a également précisé qu'il solliciterait le soutien du Congrès pour voter une aide à l'opposition syrienne modérée qui lutte contre le régime de Bachar el-Assad mais n'a pas rejoint les rangs des djihadistes radicaux.
Le président a d'ailleurs appelé de manière pressante le Congrès à lui apporter un soutien politique plus général, dans son combat contre l'EI, même s'il a dit disposer des pouvoirs nécessaires pour son opération contre-terroriste. «Dans un monde incertain, le leadership américain est la seule constante», a martelé Obama, appelant son pays à ne pas rejeter sa mission de stabilisateur et de défenseur des valeurs de liberté.
Saluant la fermeté apparente du président, maints experts soulignaient toutefois à quel point cette stratégie de contre-terrorisme serait dépendante des bonnes volontés de partenaires irakiens, saoudiens ou turcs, souvent inconstants voire schizophréniques. La question de l'aide aux rebelles syriens modérés devrait aussi faire couler beaucoup d'encre, nul n'étant capable d'affirmer avec certitude si cette troisième voie, entre loyalistes pro-Assad et djihadistes de l'Etat islamique, peut représenter une alternative réaliste. Cette incertitude «est la faiblesse centrale du plan d'Obama», a reconnu le politologue David Gergen.

le figaro

Jeudi 11 Septembre 2014 - 12:44



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