Opinion Le Sénégal : un Etat corrupteur



Opinion Le Sénégal : un Etat corrupteur
« C’est vraiment la déchéance, mais c’est en revanche bien triste de constater que tous les sénégalais épris d’éthique ressentent dans leur for intérieur qu’aucune honte n’est plus capable d’émouvoir les tenants du pouvoir, tellement habitués aux pratiques les plus sophistiquées en matière de corruption que ce qui vient de se passer apparaît à leurs yeux comme un fait divers ». Dans la déclaration de Bennoo Siggil Sénégal sur l’Affaire Segura, c’est cette phrase qui m’a le plus fait peur ; elle compare l’Affaire Segura à un fait divers aux yeux des sénégalais épris d’éthique parce que l’Etat les a « tellement habitués aux pratiques les plus sophistiquées en matière de corruption ». C’est grave qu’un Etat en arrive là avec ses citoyens. Mais c’est plus grave lorsque les citoyens en arrivent au constat « qu’aucune honte n’est plus capable d’émouvoir les tenants du pouvoir » face à leurs propres pratiques corruptrices. Affaire Segura, un simple fait divers ; voilà l’image que Wade offre à notre nation après neuf ans de règne antidémocratique marqué par la corruption, la concussion, le trafic d’influence, l’impunité et l’arbitraire.

La Banque Mondiale et le FMI, considérant que la « corruption, fruit d’une mauvaise gouvernance publique, est un frein au développement économique », font figurer la lutte contre la corruption et plus généralement contre la délinquance financière, parmi leurs priorités en s’inspirant de la Convention de l’OCDE de 1997. C’est pourquoi, nous osons croire que dans cette Affaire Segura, le délit de corruption passive et celui de corruption active seront sévèrement punis. Mais au-delà de ces sanctions que nous attendons, il serait judicieux de demander au président de la République et à son équipe de tirer les conséquences de leur acte de manière responsable. Aujourd’hui, on s’émeut du développement fulgurant de pays comme le Japon. Avons-nous pris le temps de nous interroger sur les facteurs liés à l’éthique de responsabilité et à la morale qui ont boosté un tel développement ? Lorsqu’on aime son pays, on doit avoir la culture de la démission de ses fonctions lorsqu’on est plus à la hauteur ou lorsqu’on commet des fautes graves comme la corruption scandaleuse de fonctionnaire internationale. Voyez-vous, en raison de scandales de corruption et de trafic d’influence, le premier ministre japonais Takeshita avait démissionné de ses fonctions en 1989. Son successeur, impliqué également dans un scandale, en avait fait pareillement ; il s’agit d’Uno Sosuke remplacé en son temps par Kaifu Toshiki. Parce que chez eux, ceux qui dirigent savent qu’ils ne sont au sommet que pour servir la base, leur peuple en tenant compte dans leurs stratégies de bonne gouvernance des valeurs culturelles et morales de leurs populations. Ici, on s’en fout d’éthique, de morale… Le pouvoir est un gâteau à partager et tant pis si cela doit gâter les comportements jusqu’à la moelle épinière.

Nous nous souvenons du courage avec lequel ce Segura avait tapé sur la table pour exiger la clarté sur des dépassements budgétaires non autorisés de plusieurs dizaines de milliards ; une surprise générale s’était emportée du peuple du fait que notre Etat soit indexé par un fonctionnaire international. Nous avions demandé à l’époque la démission du gouvernement dans un papier et non pas seulement le départ du ministre du budget. Segura devait, depuis ce temps, faire attention à nos délinquants financiers. Il devait savoir qu’à force de se frotter aux épines, on finit toujours par saigner. Il devait s’éloigner du dragon et de ses griffes. La méthode Wade est simple… Très simple : « La ruse du renard » et « La force du lion ». A bon entendeur salut ! Il sait détruire beaucoup plus qu’il ne construise. C’est son plaisir de voir un empêcheur de tourner en rond se débattre dans les piques de ses pièges. Alors attention à tous ceux qui crachent du feu sur son banquet royal. Nous condamnons autant le corrupteur que le corrompu. Notre pays n’est pas une sucette pour qui que ce soit. Segura devait le savoir. Encore une fois, nous demandons que des sanctions internationales s’appliquent aux fautifs et au plus vite.

Nous demandons aussi aux bailleurs de fonds d’être plus rigoureux et moins complices vis-à-vis du duo bordélique qui gangrène notre économie : la Corruption et l’impunité. L’argent que vous prêtez, chers bailleurs, à notre pays et qui va de façon mafieuse dans des comptes bancaires logés dans vos propres pays ne nous sert pas… Et les générations futures vont toujours souffrir de leur payement. Soyez conséquents avec vous-mêmes, ayez un minimum de contrôle sur l’utilisation de ces fonds. Depuis que Wade est au pouvoir ici au Sénégal, vous n’êtes pas sans savoir la gabegie qui règne chez nous. En plus de ses voyages couteux dont le plus rocambolesque est celui effectué récemment aux Etats-Unis pour y prendre les milliards du MCC (deux avions remplis de laudateurs professionnels, applaudisseurs publiques du prince pour un pays pauvre), les scandales financières peuplent tous les jours l’actualité de nos médias. Les scandales qui nous ont le plus offusqués sont ceux de l’Anoci et de cette Statue de la Reconnaissance. Tous leurs scandales sont sordides mais ces deux là sont énervant parce qu’ils consacrent le règne sans partage de la tyrannie. Le livre « Contes et Mécomptes de l’Anoci » que le régime essaie, par toute sorte de diversion, d’étouffer de même que cette horreur érigée sur les mamelles de Dakar montrent que Wade se fiche de nous. Nous demandons à Bennoo Siggil d’exécuter à la lettre son Plan d’Actions dégagé lors de sa réunion du 12 Octobre 2009 et surtout de mobiliser son énergie et celle des populations pour montrer au monde entier le 12 décembre 2009, lors de l’inauguration de cette monstruosité que Wade Concepteur nomme « Statue de la renaissance », que nous disons Non !

Non à la dévaluation de nos traditions – non à la dilapidation de nos provisions – non à la dépersonnalisation de nos religions – non à la dépravation de notre nation !

Que les religieux de tout bord s’abstiennent d’aller répondre à une quelconque invitation à participer à l’inauguration de cette statue. Ce n’est pas conforme à l’aspiration de votre foi et c’est indécent ce gaspillage de milliards dans un pays où le peuple à terriblement faim, c’est malpropre cette image de nudité à montrer à vos enfants, à vos fidèles, cette « Afrique ou A Fric» d’Abdoulaye Wade n’est pas notre Afrique : un père déshabillé, une mère presque à poile, portant leur petit bout de chou ; ce n’est pas notre Afrique. L’idée que véhicule cette structure familiale n’est pas la notre. La famille africaine ne se résume pas ainsi : Père- mère - enfant. C’est plus large, plus fraternelle, plus pudique et plus solidaire que ça. Et le slogan qui accompagne cette campagne de dénigrement des valeurs de notre continent longtemps chantées par Césaire, Senghor, Damas… par le biais de la négritude… longtemps défendues avec des arguments valables et scientifiques par Cheikh Anta Diop… longtemps protégées par un combat de titan et des séries de privations de liberté par Nelson Mandéla… Wade et ses haut-parleurs ont choisi de les saborder en nous parlant d’une Afrique qui sortirait des ténèbres pour aller vers la lumières. Non maître ! L’Afrique des Omar Foutihou Tall, Cheikh Ahmadou Bamba Backé, Mame Limamou Laye, El Hadji Malick SY, Mame Ibrahima NIASS, Maba Diakhou BA … n’est pas dans les ténèbres. Non maître ! L’Afrique de Lumumba, Nkrumah, Sankara … n’est pas dans les ténèbres. Ce propos qui prolonge l’insulte de Sarkozy qui stipulait que notre Afrique n’est pas encore rentrée dans l’histoire nous fait honte. Nous nous demandons comment des intellectuels africains soucieux de l’image de leur continent peuvent-ils cautionner cette horreur de Statue de la renaissance et ce slogan insultant d’une Afrique qui sort des ténèbres vers la lumière ? Nous ironisions il y a quelques mois en ces termes dans un article de presse : Hassan II construit sa mosquée monumentale de la divinité dans l’océan, Houphouët sa basilique à Yamoussoukro, Wade fabrique sa statue à Dakar. Mais c’est assez révélateur. Nous en avons assez des slogans et fantaisies maçonniques. Elles nous pompent l’air !

Nous réitérons ici notre appel au boycotte de l’inauguration de cette insulte monumentale à l’Afrique le 12 décembre 2009 ; refusons tous d’être le dindon de la farce de Wade et de sa famille le 12 décembre 2009!

Tafsir Ndické DIEYE
Auteur de polars et de poésie dont :
Odeur de sang (polar), Silence ! On s’aime (poésie)
Editions Le Manuscrit, paris mars 2008
E-mail :ndickedieye@yahoo.fr








Jeudi 29 Octobre 2009 - 14:26



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