Où va le Brésil ?

Après des mois de scandales, de procédures et de rebondissements, la présidente brésilienne a finalement dû céder sa place à son vice-président, Michel Temer, le nouveau chef de l’Etat brésilien par intérim. Michel Temer, 75 ans, membre du PMDB, ancien allié de Dilma Rousseff, va gouverner le pays pendant 180 jours maximum, période pendant laquelle la présidente affrontera un procès en destitution. La demande de destitution a permis le retour au pouvoir de la droite conservatrice, incarnée par Michel Temer. Une droite opportuniste, entachée de corruption, accusée d’avoir provoqué un « coup d’Etat institutionnel » contre la présidente brésilienne. La crise en 5 questions.




■ Que reproche-t-on à Dilma Rousseff ?

L'opposition accuse la présidente d'avoir commis un « crime de responsabilité » en « maquillant » sciemment les comptes publics pour dissimuler l'ampleur des déficits en 2014, année de sa réélection, et en 2015. Dilma Rousseff se voit reprocher d’avoir utilisé ce que les Brésiliens appellent des « pédalages budgétaires » ; une technique qui oblige les banques publiques à prendre en charge provisoirement une partie des dépenses du gouvernement avant d'être remboursées.

En vain, la présidente s’est défendue en expliquant que ses prédécesseurs à la présidence du Brésil avaient tous utilisé la méthode des « pédalages » pour cacher les déficits publics, sans qu’ils ne soient jamais inquiétés. Alors qu’elle a été élue il y a an et demi à peine, Dilma Rousseff doit également faire face à une popularité très basse, et qui stagne autour des 10% depuis des mois. L’opposition en a fait un bouc émissaire : pour une majorité de Brésiliens, elle est responsable de la récession économique, du chômage et de l’inflation bondissante. Sans avoir été jamais directement mise en cause, elle paie aussi le prix du scandale de corruption Petrobras, le plus important de l’histoire du Brésil, qui a entaché toute la classe politique.

■ L’opposition est-elle « propre » ?


Une bonne partie ceux qui sont à l’origine du processus de destitution sont soupçonnés de corruption – notamment d’avoir bénéficié du scandale de corruption Petrobras, sur lequel enquête la police fédérale depuis plusieurs années, et dont le Parti des travailleurs a bénéficié. Plus de 2 milliards d’euros ont été détournés des caisses du géant pétrolier brésilien.

Le président du Sénat Renan Calheiros est impliqué dans le scandale. Tout comme le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha. Aujourd’hui suspendu de ses fonctions, il est à l’origine de la demande de destitution à l’encontre de Dilma Rousseff, et il est soupçonné d’avoir perçu en pots-de-vin plusieurs millions d’euros. Le sénateur, Aécio Neves, candidat malheureux contre Dilma Rousseff lors de la dernière élection présidentielle de 2014, est lui aussi visé par une enquête, soupçonné de corruption.

Quant à l’actuel chef de l’Etat par intérim, Michel Temer, il a réussi à échapper au scandale Petrobras, faute de preuve suffisante. Mais un tribunal de São Paulo l'a condamné tout récemment à une amende pour avoir enfreint la loi sur le financement des campagnes électorales. Il risque une inéligibilité de huit ans. S’il était condamné, il pourrait ne pas pouvoir se présenter à l'élection présidentielle, prévue en 2018. Et trois des ministres de son nouveau gouvernement font l’objet d’une enquête.

■ Dilma Rousseff écartée, qui gagne ?

Son ancien allié, le grand parti du centre, le PMDB, est le grand vainqueur de cette bataille politico-judiciaire. Michel Temer, le vice-président du Brésil a réussi à remplacer Dilma Rousseff à la présidence. Appuyé par l’ancien président de la Chambre de députés, Eduardo Cunha, PMDB. Et du président du Sénat, membre du PMDB, lui aussi.

Le grand parti centriste est sorti de la coalition gouvernementale rassemblée autour du Parti des travailleurs, de Dilma Rousseff, en mars dernier. Depuis, la crise n’a pas cessé de s’aggraver. Jusqu’au vote final des sénateurs en faveur de la mise en accusation de la présidente brésilienne, jeudi 12 mai très tôt. Autre vainqueur de cette bataille politique, le grand parti de droite, le PSDB, qui s’est allié au PMDB, pour constituer le nouveau gouvernement Temer. José Serra, l’un des barons du PSDB, a obtenu le poste de ministre des Affaires étrangères.

■ Quel programme pour la droite, maintenant au pouvoir ?

Au Parlement, le rejet de la présidente a été massif. Le bloc des « BBB » y est pour beaucoup. Au Brésil, le lobby surnommé « Bible-Boeuf-Balle » est le plus puissant. Il rassemble les députés et sénateurs évangéliques conservateurs, les propriétaires terriens partisans de l’agro-business, et ceux de l’extrême-droite réactionnaire. Eduardo Cunha, l’ancien président de la Chambre des députés, évangélique très conservateur, a pu compter sur le soutien de ses pairs, dans sa bataille contre Dilma Rousseff.

Cette crise politique a également révélé une bataille de valeurs. La droite brésilienne, incarnée par le nouveau président par intérim Michel Temer, s’est distinguée pour son opposition à l’avortement, au mariage homosexuel, pour son soutien inconditionnel aux grands producteurs de soja et de céréales que le Brésil exporte vers le monde entier. Le nouveau ministre de l’Agriculture du gouvernement Temer est un milliardaire qui a fait fortune dans ce secteur.

■ Et maintenant, une sortie de crise ?

Dilma Rousseff est maintenant suspendue de ses fonctions pour 180 jours au maximum. Durant cette période, le Sénat va étudier les faits qui lui sont reprochés, et d’ici septembre prochain procédera à un second vote. Si la destitution est approuvée à une majorité des deux tiers, Dilma Rousseff sera alors officiellement démise de ses fonctions.

Mais la crise ne va pas disparaître pour autant. Elle est également le résultat d’une profonde récession économique, avec un chômage et une inflation des prix de presque 10%. Michel Temer s’est engagé à redresser la situation. Un défi de taille. Alors que les plus principales entreprises de BTP du pays sont au coeur du scandale Petrobras, loin d’être terminé. La saga judiciaire risque certainement de continuer, et de finir par menacer le nouveau gouvernement Temer, et ses alliés. Sans compter les promesses du Parti des Travailleurs de rester mobilisé pour empêcher la destitution de Dilma Rousseff dans les six prochains mois.
Avec RFi.fr


Vendredi 13 Mai 2016 - 16:38



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