Ouverture du 30e Festival des Francophonies: «L’Afrique est dans une grande phase d’expansion artistique»

Ce jeudi 26 septembre au soir est le coup d'envoi du 30e Festival des Francophonies en Limousin. Un anniversaire auquel RFI participe en devenant de nouveau partenaire du Festival. À cette occasion des lectures d'auteurs francophones sont programmées ce week-end à Limoges et seront retransmises sur nos ondes plus tard. Le Festival qui a contribué au fil des ans à faire connaitre de grands talents du monde francophone fête ses 30 ans sous le signe de l'écriture. Entretien avec Marie-Agnès Sevestre, depuis huit ans à la tête du festival.



La pièce "Seuls" de Wajdi Mouawad sera présentée en ouverture des Francophonies en Limousin les 26 et 27 septembre à l'Opéra Théâtre de Limoges. THIBAUT BARON
La pièce "Seuls" de Wajdi Mouawad sera présentée en ouverture des Francophonies en Limousin les 26 et 27 septembre à l'Opéra Théâtre de Limoges. THIBAUT BARON
En 30 ans de festival, le concept de francophonie a pas mal évolué. Qu’est-ce que le Festival des Francophonies rassemble aujourd’hui ?

Il y a des cultures francophones. C’est certain que le rapport à la langue à Haïti n’a rien à avoir avec celui qui peut avoir lieu en Algérie ou au Sénégal. Les appropriations sont différentes, le rapport à la France et aussi aux intellectuels français. C’est-à-dire que là où il y a possibilité de voyages, là où il y a possibilité de réseaux, là où il y a possibilité d’échanges, les questions sont extrêmement ouvertes. Lorsque les gens sont condamnés à rester chez eux parce qu’on leur fait comprendre qu’ils ne sont pas complètement désirés, c’est sûr qu’il y a une sorte de barrière et il y a aussi un repli sur sa culture d’origine qui, il faut bien le dire, est toujours non francophone, non française. À part la France, dans aucun pays la langue française est parlée partout en tant que langue maternelle. Il est toujours parlé en même temps qu’une autre langue.

Il y a quand même la Belgique, le Québec ?

Oui, mais ce sont des pays quand même bilingues, il ne faut pas l’oublier. Même en Suisse, il y a trois ou quatre langues officielles. En fait, la France est le seul pays où la langue française a cette espèce d’impérialisme. Dans tous les autres pays, on cohabite entre des langues maternelles, la langue de l’éducation, la langue française, la langue du père et de la mère qui souvent ne sont pas la même aussi. On ne se rend pas compte que les Africains sont polyglottes. La plupart parlent quatre ou cinq langues et le français est l’une d’elles. C’est peut-être la langue pour s’exprimer d’une manière plus universelle pour essayer de passer au-delà de ces frontières. Cela reste une langue de référence. Mais les cultures elles-mêmes sont multiples.

De quelle manière marquez-vous le trentième anniversaire des Francophonies en Limousin ?

On a décidé de revenir aux sources du festival, à ce qui en a été finalement la pierre angulaire dès le départ, c’est-à-dire l’écriture. C’est un peu l’initiative qu’avait prise Pierre Debauche dans les années 1980 : donner aux écrivains hors frontières, s’exprimant dans la langue française, la possibilité d’arriver chez nous et d’apporter cette espèce d’éclairage incroyable. Donc on est revenus à cela en invitant énormément d’écrivains et d’auteurs, en passant des commandes à des auteurs et aussi en rassemblant des collectifs d’auteurs du Québec, de Suisse, du Congo, du Burkina Faso, des Comores, etc. Cela va être un grand brassage de jeunes écritures.

Historiquement, le festival a été aussi un tremplin pour beaucoup d’artistes devenus par la suite des créateurs de notoriété internationale. Par exemple Wajdi Mouawad, homme de théâtre libano-franco-québécois, qui revient cette année à Limoges avec Seuls. Est-ce que cela reste l’un de vos soucis de trouver les talents à travers le monde francophone ?

C’est absolument la mission du festival. Par exemple, au festival d’Avignon, il y avait cette année cinq ou six auteurs, chorégraphes, qui avaient pour beaucoup d’entre eux connu leur première mise en scène en France à Limoges. Et c’est un parcours que je souhaite à tous ceux que j’accueille. Bien entendu tout le monde ne connaît pas le même résultat, le même succès. Il y a des rencontres, il y a des moments où l’on fait des sauts qualitatifs, on le sait. Lorsque je me déplace – à Haïti ou aux Comores il y a deux ans-, c’est un grand plaisir d’aller au plus près de gens qui écrivent tout seul chez eux. Souvent ils ne savent pas que faire de leur texte ou des gens qui sont déjà un peu avancés et qui en même temps n’ont pas le regard critique sur place qui leur permet de faire une sorte d’analyse de leur propre démarche. Donc aider à ces moments de prise de conscience, à ces moments de maturation du travail, c’est quelque chose d’invisible, peu mis en valeur pendant le festival, mais qui est presque la majeure partie de mon temps.

Quels sont les artistes ou l’artiste dont vous êtes fière, que vous avez découvert et que vous avez réussi à faire connaître ?

D’abord, il faut être modeste. On n’est jamais seul à découvrir quelqu’un. Il y a toujours quelqu’un d’autre et heureusement d’ailleurs. C’est dans cette énergie partagée que se construit un parcours. On peut dire que Dieudonné Niangouna a été porté par le Festival des Francophonies pendant sept, huit ans. Depuis que je suis là, il a été invité chaque année que ce soit pour des textes en préparation, que ce soit pour des mises en scène, soit des résidences d’écriture.

Dieudonné Niangouna, l’artiste congolais qui a été cette année le premier artiste africain associé du Festival d’Avignon.

Voilà. Mais d’une manière plus secrète, il y a aussi l’écrivain et comédien burkinabè Aristide Tarnagda, également programmé cette année au Festival d’Avignon. Ou alors le chorégraphe congolais DeLaVallet Bidiefono qui a fait sa dernière création à Avignon et dont les premières créations européennes ont eu lieu au festival des Francophonies.

Vous citez uniquement des Africains. L’Afrique reste la région privilégiée du festival ?

Les choses fonctionnent par cycle. Il y a des périodes d’émergence, de maturation. Il y a eu des gens absolument exceptionnels qui sont sortis du Québec dans les années 1990-2000, comme Robert Lepage ou Wajdi Mouawad. L’Afrique est en ce moment dans une grande phase d’expansion artistique. Ça ne tient pas forcément à mon regard, mais au fait que mon regard se tourne là où il se passe des choses. Du coup, on a l’impression que je favorise, ou en tout cas que je suis très concentrée sur cette région du monde. Mais j’ai envie de dire : c’est là que ça se passe en ce moment.

Source : Rfi.fr

 

Dépéche

Jeudi 26 Septembre 2013 - 12:36



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