PSE-Quel modèle pour la CMU ? Macky Sall doit aller vite par rapport à cet engagement majeur et innovant !



PSE-Quel modèle pour la CMU ? Macky Sall doit aller vite par rapport à cet engagement majeur et innovant !
« Une commune, une mutuelle de santé » n’est pas forcément la réponse adéquate à l’exigence de la prise en charge de la santé des populations à travers la CMU !  La Microfinance est partie intégrante de la finance solidaire. Il existe tout un mouvement mondial travaillant dans le sens de la promesse de la microfinance et de son maintien globale dans les mécanismes de l’économie solidaire. Il faut d’abord, dans un premier moment, relever la grande évolution de l’industrie de la microfinance dans le cadre du microcrédit ou plus globalement de l’économie solidaire. Il y a eu plusieurs théories et les premières ont toujours considéré que pour sortir de la pauvreté, il fallait juste injecter des crédits (microcrédit) et qu’avec ce levier, les personnes pauvres seraient en mesure de redémarrer leur vie. Les résultats escomptés n’ont pas été atteints de sorte qu’on aboutit à la Microfinance qui consacre un éventail de services plus étendu pour les pauvres et personnes vulnérables.


L’on se rend compte qu’il fallait adresser le panier de manque : santé, besoin d’épargne, les transferts, assurance, crédit, etc. On passa alors du microcrédit à la microfinance avec une large gamme de services.
 

Cette grande ambition est d’autant plus actuelle que les questions de prise en charge sanitaire grèvent les revenus de nos ménages pour les plonger dans une précarité sans précédent. Déjà dans le SNDES de 2010, il était établi que 7 sénégalais sur 10 sont dans la précarité et que la pauvreté aurait gagné 47% des ménages malgré les politiques publiques qui ont été appliqué. En cela le PSE a eu raison de son ambition !

 
La CMU, en général, cherche la couverture santé et protection sociale des populations. Cette protection est envisagée sous plusieurs axes : gratuité des soins, couverture et protection des travailleurs, couverture des vulnérables, etc. A l’instar des services financiers de base, la question de l’accès s’est très vite posée aux couches les plus vulnérables (jeunes, les femmes, le secteur informel, le secteur des PME, du primaire, etc.).
Tout système de protection repose de prime abord sur la solidarité, la mutualité et le partenariat. La microfinance s’est toujours proposée de réaliser ses vœux à travers l’inclusion financière pour les populations vulnérables, leur protection sociale et leur autonomisation. Elle s’est spécialisée dans la fourniture d’une gamme très large de services financiers (épargne, crédit, assurance, micro-assurance santé, transfert d’argent, etc.) et de services non financiers (formation et capacitation).


De nos jours, plus d’attention est accordée à la micro-assurance santé pour participer à l’effort de prise en charge des populations afin de garantir la préservation de la capacité de production et le bien être de nos ménages.
 
Deux approches pour les systèmes de couverture…
 
Le Sénégal a eu à abriter un intense débat autour de la Couverture Maladie Universelle des populations proposée par le Président Macky SALL dans son programme. Cette volonté a été également prise en compte dans le cadre du PSE suivant son axe 2, qui se propose de travailler à réduire les inégalités sociales.
Deux approches sont prônées en la matière :
 
  • La mise en place de structures dédiées comme les mutuelles de santé : lieu d’inclusion sociale des populations, de proximité et de partenariat avec les structures de santé pour offrir des services aux membres. L’impact de ce modèle est très faible et peu de résultats à grande échelle ont été enregistrés sur les expériences des mutuelles de santé en Afrique.
 
  • Le deuxième est un modèle intégré à la microfinance sur la base du partenariat articulé entre la Microfinance dans ses ambitions d’offrir une gamme de services plus large et les structures de santé. Dans beaucoup de pays (en Asie, dans les pays anglophones et en Amérique latine), ce modèle est le plus usité et le plus viable et permet d’arriver à plus de portée (atteinte des couches les plus vulnérables).
 
La Microfinance au Sénégal : une assise solidaire, mutualisée et stable pour la couverture maladie universelle (CMU)
 
La couverture maladie universelle, telle que prônée par le Président de la République dans ses ambitions de protection de nos populations les plus vulnérables est une bonne chose en soi. Si aujourd’hui, on éprouve assez de difficultés à le mettre en œuvre c’est dû à plusieurs facteurs :
  • L’approche mutuelle de santé qui est utilisée prend beaucoup de temps ;
  • La non mutualisation de l’écrasante majorité des sénégalais ;
 
  • La vulnérabilité sociale, financière et institutionnelle des mutuelles de santé ;
  • La faible volonté dans les politiques publiques passées quant à la mise en place d’un système de protection sociale assez large et avec une forte pénétration ;
  • Etc.
 
Dans les pays où le taux de couverture est le plus élevé, on note le fort couplage du secteur de la mutualité financière et de celui de la santé pour obtenir des résultats probants. A titre illustratif, le secteur de la microfinance, compte aujourd’hui plus de deux millions de personnes (comptes) qui naturellement constituent un réceptacle pour une articulation efficace avec les services de la couverture maladie ou micro assurance santé pour les populations. Le système actuel de la CMU pourrait être accélérer et viabiliser par une articulation avec le système de mutualisation de la microfinance qui révèlent que 70 à 80% des détenteurs de comptes sont des personnes vulnérables et qu’à partir de ce levier, il est possible d’adresser la demande existante.

 
De ce fait, la stratégie de mettre une mutuelle de sante dans chaque commune (plus de 600 mutuelles) est une bonne stratégie de diversification et d’équilibre géographique des services à travers le pays. Mais cette stratégie présente des risques de non viabilité assez élevés du fait de l’exigence de pérennité, d’une bonne gouvernance, de la taille critique, d’organisation des populations autour de la mutualité, de gestion et de ressources humaines de qualité (administrateurs comme techniciens).


Avec cette approche, on dépasserait difficilement le cap de 200 milles personnes couvertes à l’horizon 2017 considérant l’hypothèse d’une moyenne de 200 à 300 membres par mutuelle de santé.  Avec l’hypothèse d’une articulation avec la microfinance à hauteur de 60 à 70% des cibles (en deux ans) on serait à près de 1,4 millions personnes couvertes. Cette assiette pourra être étendue en comblant le gap à l’intérieur du pays pour assurer une couverture géographique conséquente. Ainsi, avec la situation sanitaire précaire de nos compatriotes, l’Etat gagnerait à promouvoir le modèle partenarial partant d’une bonne articulation entre Microfinance et Services de santé pour atteindre des résultats probants à l’horizon 2017.


Le choix d’une bonne approche doit nécessairement être couplé à une bonne stratégie de portée couvrant la stratégie produit, la stratégie de communication, la stratégie de diffusion des services et enfin une bonne optique de relation sur ce segment. En ce sens, l’apport et la collaboration des départements ministériels de la santé et de la microfinance, dans le cadre d’une grande synergie d’action avec les acteurs est la clé de la réussite pour cette promesse très compréhensible du Président Macky SALL dans le Programme pour l’émergence de notre pays. Un recadrage de la stratégie actuelle est nécessaire pour qu’à l’heure du Bilan, cet engagement compte tenu de sa portée ne soit pas un coup de poignard dans la quête d’un second mandat.

 
Au 30 juin 2014, La microfinance au Sénégal fait plus de 2 millions de comptes avec 647 points de services (dont 55% entre Dakar Thiès). Elle fait 232 milliards d'encours de crédit et 205 milliards de dépôt. Le taux de pénétration est de 27% rapportée à la population active et 15% rapportée à la population totale. A noter aussi que 43% des membres/clients sont des femmes ! 

Mansour NDIAYE, Président Dooley Yaakaar Directeur ASCODEV

Samedi 13 Décembre 2014 - 13:26



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