Palestinien tué: 6 juifs extrémistes arrêtés, les heurts se propagent

C'est dans la région israélienne de Galilée que se sont propagées depuis samedi les émeutes. Ces troubles sont consécutifs à la découverte mercredi du corps brûlé d'un adolescent de Jérusalem-Est, enlevé la veille au soir.

Les violences ont gagné des localités arabes du nord d'Israël où des manifestants ont jeté des pierres contre la police et incendié des véhicules. Des juifs extrémistes sont suspectés de l'assassinat de l’adolescent palestinien : six personnes ont été interpelées et le porte-parole de la police évoque un crime nationaliste.

Avec notre correspondante à Jérusalem, Murielle Paradon

Au fur et à mesure que les circonstances du meurtre du jeune Palestinien sont connues, la colère des Palestiniens se propage dans les Territoires occupés, mais aussi en Israël même : à Beersheva dans le Sud, dans le Nord à Nazareth et à Oum al-Fahm.

Selon les rapports préliminaires d'autopsie palestiniens, il y avait de la fumée dans les poumons de Mohamed Abou Khdeir, ce qui signifie qu'il était encore en vie quand son corps a été brûlé. Le garçon de 16 ans, kidnappé mardi soir dans le quartier de Shuafat à Jérusalem-Est, et retrouvé mort près d'une forêt, a également été blessé à la tête.

« Les brûlures qui couvraient 90 % du corps et leurs complications sont la cause directe de son décès », a déclaré le procureur général Mohammad Al-Ouweiwi. « C'est la première fois, a déclaré un ministre palestinien, que j'entends parler d'une telle manière de tuer, le garçon ayant été brûlé de l'intérieur et de l'extérieur, car il a probablement été forcé à boire du carburant. »

La police israélienne a arrêté et interrogé six suspects, des extrémistes juifs. Elle laisse entendre, pour la première fois, que cet assassinat pourrait avoir eu des motifs politiques. Sous l'appellation du « prix à payer », des colons extrémistes israéliens ainsi que des activistes d'extrême droite se livrent depuis des années à une campagne d'agressions et de vandalisme contre des Palestiniens, des Arabes israéliens, des lieux de culte musulmans et chrétiens, ou même encore contre l'armée israélienne.

Netanyahu favorable à l'apaisement

Dimanche matin, lors du Conseil des ministres - avant l'annonce des arrestations - Benyamin Netanyahu avait appelé les membres de son gouvernement à « garder la tête froide et à s'abstenir de propos durs et impétueux », alors que quelques heures plus tôt, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman avait appelé le gouvernement à « réoccuper la bande de Gaza » en représailles à la poursuite des tirs de roquette vers le sol israélien.

Devant les journalistes de la presse étrangère, réunis à Sderot pour une conférence de presse en guise d'adieu - puisqu'il va prochainement céder sa place -, le président israélien a eu des mots forts pour commenter la mort de Mohamed Abou Khdeir : « Chaque personne qui sera accusée d'avoir commis un acte criminel sera traduite en justice, et nous ne devons rien couvrir, a assuré Shimon Peres. Nous devons trouver tous ceux qui ont commis des crimes, meurtres, enlèvements ou tortures. Nous ne devons faire aucun compromis. »

Avant d'ajouter : « Nous sommes à un instant où nous sommes en paix et où nous essayons de manière réaliste de rester un Etat démocratique et humain. Parce que peu importe l'identité des personnes tuées. Pour nous, il s'agit d'une victime. Nous ne faisons aucune distinction. Le sang a la même couleur. »

Des marges de manœuvres réduites

Pour Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l'université libre de Jérusalem, les marges de manœuvres de Benyamin Netanyahu se sont réduites ces derniers jours avec le meurtre du jeune Palestinien. « Le fait que la responsabilité de plusieurs juifs soit impliquée dans le meurtre du jeune Palestinien oblige les responsables israéliens à adopter une autre politique pour ne pas rendre la situation plus intolérable qu’elle ne l’est déjà », explique-t-il.

Mais en même temps, il est obligé de mécontenter sa droite. « L’argument majeur de Benyamin Netanyahu, c’est qu’on ne peut pas le soupçonner de ne pas être sensible aux arguments de la droite. C’est là où, d’une certaine manière, il peut, compte tenu de son autorité - publique et au sein de sa coalition-, il ne peut pas être soupçonné de ne pas vouloir les mêmes choses même si elles peuvent différer sur des questions tactiques, poursuit le professeur. Alors il faudra effectivement qu’il impose sa voix, qu’il impose son autorité, il en a. Dans ces conditions, il vaut mieux réduire la tension, s’en préoccuper, car elle est très forte au sein de la rue israélienne, comme elle l’est surtout aujourd’hui au sein de la rue palestinienne ».

■ ZOOM : Les parents du Palestinien tué s'expriment sur RFI

Pour eux, peu de doutes : le crime nationaliste, c’est la thèse défendue par la famille de la victime depuis le départ. Notre correspondante à Jérusalem, Murielle Paradon, a recueilli la réaction des parents de Mohamed Abou Khdeir après l'arrestation de six extrémistes juifs.

Sous une grande bâche dressée près de leur maison, les Abou Khdeir continuent de recevoir les condoléances de centaines de personnes. L’arrestation de six juifs extrémistes, suspectés d’avoir assassiné Mohamed, ne surprend pas son père. « On l’avait dit à la police dès le départ, on lui avait fourni les vidéos de surveillance sur lesquelles on voyait les assassins ! Même si elle a répandu d’autres rumeurs. Ces arrestations, ça nous soulage un peu, mais ça ne va pas nous rendre notre fils », explique-t-il.

A l’écart, avec les femmes, la mère de Mohamed, Souha, a encore le visage bouffi par les larmes. Elle demande une justice exemplaire : « Je veux que les responsables soient emprisonnés à vie, qu’on détruise les maisons de leurs familles, comme on fait avec les Palestiniens, et qu’on libère les jeunes qu’on a arrêtés cette semaine. Ils ont réagi normalement parce que Mohamed était leur copain. » Les jeunes dont elle parle ont jeté des pierres contre les forces de l’ordre israéliennes, dans une vague de violence rappelant les intifadas.



J’ai été attaqué par des soldats, à tel point que je me suis évanoui. Ils m’ont amené à l’hôpital et après en prison...
Tareq Abou KhdeirCousin de Mohamed Abou Khdeir.


Source : Rfi.fr
 



Lundi 7 Juillet 2014 - 09:57



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