Pape Thiam un rescapé Sénégalais : «J’ai été obligé de marcher sur des cadavres».

Son récit témoigne de la violence de la bousculade à Mouna et de l’horreur qu’ont dû surmonter les survivants pour quitter les lieux du drame et terminer leur Hajj. Pape Thiam, témoin des évènements raconte à l’observateur l’hécatombe à laquelle il a assisté.



Pape Thiam un rescapé Sénégalais : «J’ai été obligé de marcher sur des cadavres».
«La veille de la bousculade, nous avons passé la nuit à Mousdalifa. Au réveil, j’ai aperçu une immense foule qui se dirigeait vers les stèles de Jamarat. J’ai demandé aux autres pèlerins avec qui j’étais, de faire vite pour ne pas être pris en étau par la foule. Ils m’ont demandé de patienter, le temps de prier. Finalement, nous avons pris départ pour Mouna au milieu d’une grande foule, après avoir pris le petit-déjeuner. J’avais un parapluie sur lequel il y avait un tissu de couleur jaune pour identifier notre groupe. On marchait normalement quand, brusquement, on a senti un étrange mouvement de foule.
 
Sur le coup, un membre de notre groupe a eu un malaise et ne pouvait plus marcher. J’ai pris une bouteille pour lui chercher de l’eau. En cours de route, j’ai vu une Ghanéenne coincée au milieu d’une foule avec un bébé entre les bras. Elle criait de toutes ses forces pour s’en extirper. Là, j’ai jeté la bouteille, j’ai pris le bébé sur mes épaules et sa maman s’est agrippée à mes reins. Mais le mouvement de foule s’est intensifié et j’ai perdu de vue la dame. Aux dernières nouvelles, elle serait décédée. Mais j’avais déjà confié l’enfant à un Arabe, pensant pouvoir revenir le récupérer après. Mais les choses ont viré à l’horreur et je n’ai plus revu l’enfant (il pleure). J’étais choqué. Pendant trois jours, je n’ai pu dormir. Je me sens mal.
 
Pour me sauver de la mort, lors de cette bousculade, j’ai essayé d’abord de monter sur le toit d’une tente. Mais par deux fois, on m’a fait tomber. C’est la troisième tentative qui a été la bonne. Après, j’ai tenté de sauver d’autres personnes en leur tendant la main pour qu’elles montent me retrouver sur le toit. Mais quand j’ai vu la densité de la foule, je me suis dit que c’était très risqué. J’ai passé trente minutes agrippé à une grille. A un moment, j’ai cru que j’allais y rester, surtout quand la foule s’est déchaînée. J’ai frôlé la mort. Et aujourd’hui, je crois fermement que si je m’en suis sorti, c’est juste parce que mon heure n’avait pas sonné.
 
J’étais avec trois autres compatriotes avec qui je partageais la même chambre. Malheureusement, deux d’entre eux sont décédés au cours de cette bousculade. Il y avait un camion au milieu de la voie et des chaises sur lesquelles étaient assises des personnes âgés. La foule a buté sur ces chaises, beaucoup sont tombés et c’était le début du chaos.
 
Quand la bousculade s’est estompée, je n’ai même plus eu le courage de regarder le décor qui s’offrait à moi. C’était horrible. Des centaines de personnes ont été piétinées à mort et il y avait du sang partout. Et comme je devais poursuivre mon Hajj et aller aux stèles, j’étais obligé de marcher sur des cadavres. Il n’y avait plus de chemin et je n’avais pas, non plus le choix. C’est horrible, mais c’était l’unique solution pour sortir de là. Je n’ai jamais cru vivre une horreur pareille».

Ousmane Demba Kane

Mercredi 30 Septembre 2015 - 12:35



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter