Parité sur les listes électorales, la réalité à l’épreuve de la loi



La loi n° 2010-11 du 28 mai 2010 institue la parité absolue hommes-femmes sur les postes électifs au Sénégal. Initiée par l’ancien Président de la république Me Abdoulaye Wade, cette disposition contraint les partis ou coalitions de partis politiques qui veulent solliciter le suffrage des sénégalais pour se présenter aux assemblées ou chambres nationales, régionales ou locales, de présenter des listes électorales alternativement composées de personnes des deux sexes. Ce principe non respecté, elles seront rejetées par les services compétents chargés de recueillir le dépôt des candidatures. Les femmes constituent une frange très importante de la population sénégalaise, du point de vue de leur nombre, elles sont non négligeables car, représentant plus de 52% des populations. Leur importance ne se limite pas seulement à l’aspect numérique, mais elles sont impliquées avec le temps, dans toutes les activités de développement dont certaines étaient jadis l’exclusivité des hommes.


Sur le plan intellectuel, les femmes n’ont plus rien à envier aux hommes, dans les écoles élémentaires, le nombre de filles est souvent supérieur et parfois largement au nombre de garçons et elles arrivent souvent en tête lors des évaluations. Le problème qui se pose à ce niveau et sur lequel les acteurs de l’éducation doivent d’avantage travailler, c’est que les filles, ne parviennent pas à maintenir cette cadence jusqu’au niveau supérieur. Beaucoup d’entre elles abandonnent les études entre le cycle moyen et secondaire, ceci peut être dû à des facteurs tels que le mariage ente autres. Considérant tous ces éléments qui militent en faveur de la femme, ces dernières doivent donc pouvoir assurer leur insertion dans les instances de prise de décision les plus hautes, aussi bien au niveau de l’Etat qu’au niveau des entreprises privées. La réalité a d’ailleurs montré que sur le plan professionnel, les femmes mènent une gestion vertueuse et sont citées moins souvent, par rapport aux hommes, dans des affaires de détournement de deniers. Cependant, aller jusqu’à légiférer dans ce sens en mettant en place une loi qui impose la parité électorale, semble porter un sacré coup aux deux principes fondamentaux en politique, de compétition et de représentativité.


Le degré d’implication et d’engagement politique des hommes dans un pays, peut ne pas être égal à celui des femmes et le contraire est valable. Or, une investiture sur les listes électorales doit se faire sur la base de la représentativité politique des militants, si l’on sait que présenter la candidature de quelqu’un pour une élection est le fruit d’un travail et d’un mérite récompensé par son parti. Contrairement à la société primitive qui marginalisait la femme et lui réservait un traitement inhumain, toutes les religions célestes reconnaissent à la femme les droits et la considération dus à son rang. Les organisations féministes ont toujours tendance, peut être par méconnaissance, à reprocher à l’Islam d’être discriminatoire à l’égard de la femme, alors que la religion musulmane est venue dans un contexte où cette dernière subissait les atrocités de certaines sociétés, notamment les arabes qui voyaient en la naissance d’un bébé féminin un malheur qui guette la famille et le considéraient comme son opprobre. Les arabes allaient même jusqu’à enterrer vivant le bébé portant un sexe féminin avant que la nouvelle de sa naissance ne se répandait, pour esquiver les remontrances de son environnement immédiat.


Mais à l’arrivée de l’Islam, ces traditions papaïnes ont été bannies, la femme réhabilitée et ses droits respectés par tous ceux qui adoptent cette religion qui mit en place des dispositions claires en faveur de la femme. Dans les versets 8 et 9 de la sourate 81, le coran réprime fermement la tradition des arabes qui consistait à enterrer vivant le nouveau-né du genre féminin. Les détracteurs de la jurisprudence musulmane, pour justifier leur position mettent toujours en évidence une disposition islamique qui, en matière d’héritage accorde à la femme la moitié de ce qu’elle accorde à l’homme. Cela est logique dans la mesure où l’Islam exonère entièrement la femme des charges de la maison et fait porter à l’homme l’entière responsabilité financière de sa femme et de ses enfants. L’appartenance à un genre masculin ou féminin ne prédispose personne au mérite d’une fonction nominative ou élective car, personne n’a demandé de naitre homme ou femme. Donc la parité dans le domaine de la compétition électorale est un faux débat car une femme qui milite dans une localité, elle est investie de facto lors d’élections si elle est plus représentative. De ce fait, son investiture n’aurait suscité aucune frustration pour avoir été sanctionnée par un mérite.


Toute autre considération porterait préjudice au principe de l’égalité des chances que les organisations de défense des droits de la femme mettent toujours pourtant en exergue. Parmi les 150 députés qui composent la 12eme législature du Sénégal, la moitié est constituée de femme grâce à cette parité mécanique. Cela ne veut pas dire que de près de 7 millions de femme au Sénégal, on ne peut pas en trouver 75 capables intellectuellement de représenter les sénégalais à l’assemblée nationale. Mais il se trouve qu’il y a beaucoup de femmes dont le niveau intellectuel ne se discute pas mais qui ne sont pas intéressées par des postes politiques. Donc les postes électifs pour ne pas dire politiques, doivent revenir à celles ou ceux qui les méritent politiquement, de par leur engagement et leur degré d’implication politique. On a vu à l’assemblée nationale des femmes élues députés qui, n’eut été cette loi sur la parité ne seraient même investies suppléantes et cela au détriment d’hommes qui étaient politiquement plus engagés et plus représentatifs. La même chose se produira avec les élections locales et ici c’est plus compliqué puisqu’il y a des localités où les responsables chargés des investitures par leurs partis avaient du mal à combler leurs listes du nombre de femmes nécessaire.


Ce n’est pas pour dire qu’il n’y a pas assez de femmes dans ces zones, mais que celles-ci s’intéressent peu à la politique, et pourtant ces responsables ont tout fait pour présenter des listes respectant le nombre d’hommes et de femmes égal afin de ne pas voir leurs listes rejetées. Résultat ; des femmes sont investies sans qu’elles n’en montrent le désir, mais on les a supplié de figurer sur les listes pour que celles-ci soient remplies. Le cas de Touba n’est qu’une illustration de cette réalité, le Khalife Général des Mourides a pris ses responsabilités de concevoir sa liste de la manière qui lui convient et mis les autorités compétentes devant leurs responsabilités. Il n’était pas à 100% sûr que sa liste allait passer mais animé par la conviction que cette loi n’était pas opportune, même si sa liste devrait être rejetée. Beaucoup de localités allaient déposer des listes non paritaires n’eut été la crainte de les voir rejetées. Le Sénégal est allait trop vite en besogne en inscrivant cette loi dans son arsenal juridique, on aurait pu adopter des dispositions non contraignantes ou au meilleur des cas, se limiter au système de quotas comme cela se fait dans beaucoup de pays africains.


Nombreux sont ces Etats qui ont réussi à inscrire le quota dans leurs constitutions ou dans leurs codes électoraux, tandis que dans d’autres pays, les partis politiques ont pris l’initiative d’inscrire le système de quota dans leurs statuts. Il s’agit de l’Afrique du Sud, de l’Angola, du Burkina Fasso, du Cap vert, pour ne citer que ceux-là. Au Rwanda les femmes doivent représenter au moins 30% des postes dans les instances de prise de décision, y compris l’assemblée nationale et le sénat. En effet, même dans les pays européens, où de pareilles dispositions sont en vigueur, la parité n’est pas toujours effective. En France par exemple, En 2000, la loi sur la parité hommes-femmes en politique incite les partis politiques à présenter des femmes aux élections ; En 2011, L’Assemblée Nationale compte 19 % d’élues femmes et le Sénat 22 % ; Sur les 101 conseils généraux que compte la France, seulement 6 sont présidés par des femmes et les hommes forment toujours 87% des conseils généraux.


Les femmes notamment au Sénégal, dont l’histoire est fortement liée à leur détermination aux cotes hommes, doivent pouvoir occuper des postes de responsabilité, et se trouver dans les instances de prise de décision mais cela doit se faire sur la base de mérite non pas sur la base de contrainte d’une loi électoraliste et dont les soubassements politiques ne sont pas à chercher.

Serigne Saliou FALL, chef religieux à Touba, résident à Dakar Chef Religieux à Touba, résident à Dakar

Mardi 24 Juin 2014 - 13:17



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter