Pascal Affi N’Guessan : « La justice ivoirienne ne sert qu’à harceler l’opposition »

Sécurité, réconciliation, corruption, filière cacao, justice, diplomatie... Les candidats à la présidentielle qui affronteront Alassane Dramane Ouattara (ADO) le 25 octobre répondent aux questions de Jeune Afrique. Aujourd'hui, Pascal Affi N'Guessan détaille son programme pour la Côte d'Ivoire.



Pascal Affi N’Guessan : « La justice ivoirienne ne sert qu’à harceler l’opposition »

Jeune Afrique : La Côte d’Ivoire est-elle plus sûre aujourd’hui qu’il y a cinq ans ?

Pascal Affi N’Guessan  : On peut dire que la situation sécuritaire s’est améliorée puisque l’État s’est redéployé sur l’ensemble du territoire. Mais beaucoup reste à faire. Nous devons encore consolider le processus de désarmement et de réinsertion des ex-combattants qui est un échec. Il y a encore beaucoup de jeunes abandonnés à eux-mêmes qui constituent une source d’insécurité aussi bien à l’intérieur du pays qu’à Abidjan à travers les coupeurs de route ou le phénomène des microbes. C’est pourquoi nous proposons un grand service civique national qui pourrait prendre en charge tout cela. Il faut également renforcer les moyens de la police et de la gendarmerie, déployer d’avantage de brigades de gendarmerie.

Faut-il abroger la clause d’ivoirité, toujours inscrite dans la Constitution, comme le souhaite Alassane Ouattara ?

Je ne sais pas ce qu’on appelle clause d’ivoirité, il faudrait qu’il le précise. Dans tous les cas, la Constitution a besoin de réforme, il faut qu’elle soit consensuelle. C’est le premier pilier du contrat social. Je suis d’accord pour qu’on organise un grand débat sur ce thème et qu’on apporte les changements nécessaires pour que la loi fondamentale reflète la volonté générale. Il faut débattre de ça, comme de l’article 35.

Que signifierait un fort taux d’abstention lors du scrutin présidentiel ?

Nous n’aurions pas réussi à intéresser nos compatriotes au vote et cela serait un échec pour l’ensemble de la classe politique. Pour nous, l’opposition, comme pour le gouvernement, dont le bilan serait jugé si minable que même ses partisans le sanctionneraient en s’abstenant de voter. Certains ont fondé tellement d’espoir sur l’arrivée au pouvoir de Ouattara que, pour eux, la désillusion est grande. L’autre source de non participation pourrait aussi provenir du fait que les Ivoiriens craignent encore les violences de 2010-2011.

Quelles modifications apporteriez-vous au système d’indemnisation des victimes de la crise postélectorale ?

Il ne faut pas situer la question de la réconciliation nationale et des victimes uniquement au niveau pécuniaire. C’est une erreur de croire que recevoir de l’argent permet d’oublier. Il y a d’abord une dimension psychologique et morale importante. C’est pour cela que nous proposons des états généraux de la République. Les victimes ont besoin d’être reconnues et réhabilitées moralement par la nation.

La corruption est-elle toujours un problème en Côte d’Ivoire ?

Plus qu’un problème, c’est un drame. Ce régime se caractérise par la mauvaise gouvernance et le recours excessif aux marchés de gré à gré : 97 % des marchés publics sont passés de gré à gré, c’est le FMI qui le dit [En réalité, le dernier rapport du Fonds monétaire international datant de juin 2015 affirme que ledit taux est passé de 

La filière cacao vous paraît-elle plus saine aujourd’hui qu’il y a cinq ans ?

Je ne crois pas. Il y a d’avantage d’opacité. On reconstituant l’ancienne Caistab, on est revenu à la case départ. Il faut réexaminer la réforme de la filière pour y apporter plus de transparence et impliquer d’avantage les producteurs qui ont été dessaisis de la gestion depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara.

L’endettement du pays est-il trop important ? Peut-il constituer un frein au développement ?

À terme, oui. Si nous nous contentons de vivre à crédit nous allons atteindre un point de blocage. Il faut réformer totalement la gouvernance en mettant l’accent sur la relance économique qui passe par l’assainissement du cadre macroéconomique, par la modernisation et la diversification des sources de richesse, aux niveaux primaire, secondaire et tertiaire.

Si vous êtes élu, allez-vous augmenter les budgets accordés aux secteurs de la santé et de l’éducation ?

Évidemment, puisque nous avons de gros problèmes de santé publique et d’éducation. Les besoins seront importants. Notre objectif est de doubler le budget de l’éducation nationale dans les cinq années à venir, de 5 000 à au moins 10 000 milliard de F CFA par an. Mais nous ne comptons pas le faire en coupant dans les postes budgétaires existants mais en améliorant les ressources de l’État. Par exemple en réduisant le train de vie de l’État. Nous sommes un pays sous-développé, personne ne peut comprendre qu’autant d’argent puisse être dépensé aux institutions, à des voyages, à organiser des réceptions grandioses.
source:jeune Afrique


Dior Niang

Jeudi 22 Octobre 2015 - 14:21



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