Port Autonome de Dakar : Chronique d’un pillage organisé

A la suite de la cour des comptes, l’inspection générale d’Etat (lGE) a formellement mis en cause le contrat octroyé à Dubaï Port World et qui se révèle être une grosse arnaque à milliards. Et ce contrat ordurier n’est que la face visible d’un pillage éhonté des ressources du Port autonome de Dakar (PAD) par des sociétés étrangères et operateurs économiques Sénégalais.
Libération avait déjà révélé en exclusivité pour ses lecteurs le rapport de la Cour des comptes portant sur la gestion de l’ancien Directeur Général, Bara Sady. Plus récemment, nous annoncions que le président de la République, Macky SALL, avait dépêché sur place l’inspecteur général d’Etat (lGD) à la suite du changement de régime intervenu le 25 mars 2012.
DPW : les preuves d’une arnaque à milliards



Port Autonome de Dakar : Chronique d’un pillage organisé



Il n’est pas exagéré de dire que le port de Dakar a fait l’objet d’un pillage systématique qui implique d’anciens dignitaires du régime, des hommes d’affaires, mais aussi et surtout des sociétés étrangères qui avaient des liens suspects avec l’ancien régime. Selon nos informations, le premier contrat à être épinglé est celui de la concession du Terminal à conteneurs du Port cédé à Dubaï Port World (DPW). Aujourd’hui, il est établi que cette affaire est une vaste arnaque exécutée sur le dos du contribuable Sénégalais. Déjà, la Cour des comptes avait qualifié le contrat d’irrégulier alors que les enquêtes de la Section Recherches avaient formellement établi que Bara Sady n’avait pas les prérogatives pour signer le contrat de concession. Mais il y a bien pire : Dubaï Port World (DPW) devait verser la somme de 54 milliards de F Cfa à la suite de la signature du contrat, en plus de moderniser le port et de construire le Port du futur.

Un marché de 20,13 milliards de F Cfa payé et réalisé à…10%
Il est aujourd’hui attesté que DPW est « assis » sur 40 milliards de FCFA de l’Etat-hors pénalité ; en plus de n’avoir respecté aucun de ces engagements. Aujourd’hui, on se retrouve dans une situation ubuesque : c’est DPW qui devait renflouer les caisses de l’Etat, qui doit à l’Etat de l’argent. Les plus hautes autorités vont-elles enfin prendre leurs responsabilités et dénoncer le contrat de concession ? DPW n’est pas la seule entreprise au cœur de ce scandale, SOMGEC, une société marocaine, est mise en cause pour des faits extrêmement graves. C’est à cette entreprise qu’a été  confié, pour 20,13 milliards de F Cfa, le marché du plan d’eau des zones  1 et 2 du Port. Le marché a été exécuté à…10% ! La même entreprise a été déclaré attributaire d’un autre marché de 16 ,514 milliards de F Cfa mais elle ne l’a exécuté qu’à moitié. Les sommes empochées étant énormes dans ces deux affaires, le Parquet a été automatiquement saisi pour diligence. Mais le plus grave dans ce pillage éhonté des ressources du pays, à travers des manœuvres frauduleuses et marchés fictifs, concerne les créances du Port estimé à la date du 31 décembre 2012 à…27 milliards de F Cfa, soit 28% de l’actif total et onze mois de chiffre d’affaires du Port.
Une bamboula sans fin entre les mains du Procureur

Quid de ces créances ? Quatre milliards de F Cfa ont été soustraits du Port pour le sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et Jafza, un projet de…DPW. 11,017 milliards de F Cfa ont été « filés » à l’Etat du Sénégal pour les phares et balises alors que 1,085 milliard de F Cfa allaient à LMDG. Last but not least, 11,545 milliards de F Cfa dorment entre les mains d’opérateurs économiques aujourd’hui sous le coup d’une procédure judiciaire. Dans ce lot, le « groupe des 9 » dort sur 6 milliards de F Cfa du Port. En tête de liste, Somicoa/Smith, deux entreprises appartenant au patron des patrons du Sénégal, Baïdy Agne  qui traîne une ardoise globale de 2,958 milliards de F Cfa. D’ailleurs c’est cette dette qui a été au centre de discussion houleuse avec le Directeur Général du PAD lors de la dernière rencontre du conseil d’administration. Mais aussi Thocomar (834,32 millions), Africamer (805,52 millions de F Cfa), Condak (484,37 millions de F Cfa), Snat (276,11 millions de F Cfa), Sim  ( 194,64  millions de F Cfa), Sncds ( 158,49 millions de F Cfa), Stia (116,26 millions de F Cfa) et Sahel Shipping 101,88 millions de F Cfa. Nous reviendrons dans notre prochaine livraison sur d’autres éléments mis en exergue par les missions d’observations de vérification, notamment des « cadeaux » à des dignitaires et proches de l’ancien régime. (A suivre).
 




source: Libération

Jeudi 28 Février 2013 - 20:32



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