Pour la postérité, il faut sauver Moustapha Niasse



De grâce, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale
Le président de la République, Macky Sall, en vous témoignant de sa confiance pour la présidence de l’Assemblée nationale, ne savait pas si bien faire et ne s’attendait sans doute pas à une telle fidélité de votre part. A l’époque, beaucoup de nos concitoyens ont été médusé certes, face à votre engagement et votre enthousiasme renouvelés pour la cause de notre pays et pour davantage approfondir notre démocratie. Surpris oui, parce qu’ils s’attendaient à votre retrait définitif de la vie politique et publique de notre pays.


N’empêche, on pouvait bien s’attendre au « Niasse Patriote » qui a servi son pays toute sa vie et qui continue encore de le faire. Nul doute, en effet, que votre parcours politique et professionnel vous a prédestiné à une stature internationale, une notoriété sans commune mesure, et une crédibilité, de par votre expérience d’homme d’Etat assermenté, connu et reconnu, ici et ailleurs, par tous. Il y a unanimisme de ce point de vue. C’est la raison pour laquelle nous avons mesuré à sa juste valeur la confiance placée en vous par son Excellence, Macky Sall, président de la République du Sénégal, qui a fait de vous le Chef du Législatif et la deuxième personnalité de notre pays.


Je ne vous apprends pas les charges qui pèsent sur vos épaules. Vous êtes la crème de l’Assemblée nationale et aussi bien les députés de la majorité présidentielle que ceux de l’opposition y compris les non-inscrits, sont unanimes à reconnaitre votre mérite, votre expérience et votre patriotisme. C’est dire que vous avez contribué à stabiliser l’Assemblée nationale et à la rendre crédible. C’est pourquoi, compte tenu de toutes vos qualités, vous devez toujours agir de façon exemplaire, pour la postérité.
 

De grâce, Monsieur le Secrétaire Général,
Vous êtes venu en force à l’élection présidentielle de 2000 où vous étiez un des principaux challengers jouissant d’une grande notoriété aux yeux des populations. Bien malheureusement pour vous, c’est Me Abdoulaye Wade qui est passé au second tour pour devenir le troisième président de la République du Sénégal avec votre soutien. En 2007, à l’élection présidentielle, ce fut l’hécatombe pour vous, une profonde désillusion, une pilule très amère à digérer par votre formation politique. Mais par extraordinaire, en 2012, vous avez rebondi, mais cela n’a pas suffi pour vous faire passer au second tour.


Evidemment, vous auriez bien pu passer au second tour si vous aviez un peu plus mûri votre stratégie de campagne. Vous êtes allé trop tardivement en campagne. Résultat des courses: Macky Sall passe au second tour et remporte l’élection présidentielle, encore une fois, avec votre soutien et celui d’autres chefs de parti. A deux reprises donc, on peut dire dans une moindre mesure que vous avez été faiseur de Roi. Pourtant, vous aviez presque toutes les cartes en main en 2012 et vous aviez l’un des meilleurs programmes de gouvernance, crédible et raisonnable, résumé en un slogan simple: « Un président, Une équipe, Un mandat ».


Bien sûr, vous auriez eu beaucoup plus de chance de battre le président Abdoulaye Wade si vous vous étiez mis d’accord autour de la candidature unique de l’opposition avec vos anciens camarades socialistes. Le temps nous a montré que ce fut une belle utopie. Vous n’oubliez certainement pas que beaucoup de citoyens sénégalais vous ont fait confiance en votant pour vous et ils étaient animés d’une bonne volonté en le faisant, sans pression aucune. Vous n’oubliez certainement pas aussi que les jeunes et cadres de votre propre formation politique vous ont témoigné fidélité en travaillant à la réalisation de vos ambitions présidentielles.


Ces jeunes et cadres se sont délibérément sacrifié nuit et jour parce qu’ils ont cru en vous, parce qu’ils ont eu confiance en vous, parce qu’ils ont eu beaucoup de sympathie et de considération pour vous, parce qu’ils vous voient comme une référence, un guide dans une certaine façon, et surtout parce qu’ils aiment leur pays comme vous, ils ont le sens du patriotisme et c’est tout à votre mérite. C’est pourquoi, on ne peut pas ne pas s’émouvoir d’un tel choc des mots déplacés que vous proférez à leur égard. C’est tout simplement choquant et révoltant. Pourtant, vous êtes un homme responsable, un leader respecté et une personnalité respectable. Vous êtes donc tombé dans le piège d’une certaine fougue de jeunesse qu’il fallait gérer avec beaucoup plus de dépassement, sans pour autant remettre en cause votre compagnonnage avec le président Macky Sall.
 

De grâce, Honorable Dignitaire
Même si vous êtes le principal fondateur de l’Alliance des Forces de Progrès (AFP), même si c’est votre propriété personnelle et même si vous en êtes le principal bailleur. Même si par extraordinaire c’est à travers votre contribution que le parti vie et même si par extraordinaire c’est  à travers vous que les nombreux pères et mères de familles, jeunes et femmes militants et responsables de l’AFP, trouvent quelque chose à mettre dans la poche ou à mettre sous la dent, cela ne vous donne nullement le droit de leur parler d’une certaine façon et sur un certain ton. Ne vous trompez donc pas de mission, Monsieur le président de l’Assemblée Nationale, parce que c’est la force de la jeunesse qui fait la notoriété d’un homme politique quel qu’il soit et c’est inéluctablement la jeunesse qui la défait ou éteint cette notoriété.


Et si vous allez jusqu’à vouloir bannir votre propre formation politique, sacrifier vos propres militants, vous aurez trahi leur confiance. Pire, votre compagnonnage avec le président Macky Sall ne peut nullement justifier vos positions si radicales. D’ailleurs, quelle serait pour vous la pertinence, dans ce jargon politique où la règle sympathique de l’addition est la plus recherchée, de vous séparer de vos militants et vous déconnecter des décisions d’une majorité de militants et responsables de votre parti ? Macky Sall tient certes beaucoup à vous, mais il tient encore plus à votre poids politique et électoral sur lequel il compte. Et il n’y a aucun doute:


Si le président Macky Sall a l’opportunité de discuter et affiner les positions avec cette frange importante de votre parti qui veut un candidat, il le fera. Encore une fois, loin de moi l’idée de me positionner pour ou contre un candidat de l’AFP si l’élection présidentielle se tient en 2017. C’est une question interne à laquelle l’AFP devra répondre. Non pas par des menaces ou invectives parce que le pays n’en a nullement besoin. Monsieur le président de l’Assemblée Nationale, votre avenir est derrière vous. Je termine par vous ressasser ces préoccupations de l’empereur Marc Aurel qui, au crépuscule de sa vie, dit:


«Quand un homme sent sa fin proche, il se demande si sa vie a eu un but. Vais-je passer comme un philosophe, un prédateur, un tyran, ou l’homme qui a rendu Rome à elle-même ? » Assurément, il pose des questions à la postérité et la notoriété d’un homme ne tient qu’à ses bonnes œuvres. Vous êtes un homme de cette dimension, Monsieur le président de l’Assemblée Nationale, faites en donc bon usage. Vous avez l’âge de la sagesse.

Cheikhou Oumar SOW, journaliste free lance

Samedi 24 Janvier 2015 - 14:06



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