Présidentielle au Gabon: «A voté!»

Ce samedi 27 août, les quelque 628 124 électeurs gabonais ont voté pour élire leur président. Le calme a régné dans le pays. Le scrutin est à un seul tour. Il oppose dix candidats. Parmi eux, deux favoris, le chef de l'Etat sortant, Ali Bongo Ondimba et l'ancien président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping. Les résultats devraient être annoncés sous 72 heures.



■ Les bureaux ferment progressivement depuis 18h. Dans certains le dépouillement a commencé, comme dans le quartier de Cité Damas. Les forces de l'ordre y étaient déployées en fin de journée. En effet, un incident est survenu quand le vice-président de la majorité du 5e arrondissement est entré et a demandé aux observateurs de l'Union africaine qui étaient dans la salle de sortir, expliquant qu'il avait reçu des instructions de la Cour constitutionnelle.
 
Mais devant le bureau, il y avait des dizaines d'électeurs qui suivaient le dépouillement. Ils se sont mis à hurler qu'on essayait de voler l'élection. Il faut rappeler que c'est une zone réputée pro-Jean Ping, et la situation est un peu tendue depuis ce matin, selon un observateur. Ces électeurs demandaient au vice-président de sortir et aux observateurs de rester à l'intérieur. Ces observateurs ont refusé de sortir, ils ont demandé un décret officiel de la Cour constitutionnelle et ont lu le Code électoral.
 
Pendant ce temps, dehors, les gens étaient très remontés. Les militaires ont dû les repousser, les empêcher d'entrer dans le bureau. Finalement, tout cela s'est calmé, le dépouillement a pu continuer ; le vice-président a expliqué à RFI qu'il voulait simplement appliqué les instructions de la Cour, ajoutant qu'il avait prêté serment. En tout cas, les observateurs ont déclaré qu'ils rapporteraient l'incident à la Commission électorale. Le dépouillement se poursuivait ce soir, sous la haute surveillance des électeurs.
 
■ A 18h (locales), plusieurs dizaines d'électeurs attendaient toujours de voter. Les présidents de bureaux indiquaient à RFI que tant qu'il y avait de l'affluence, le scrutin continuait, même si les bureaux auraient dû fermer. Certains ont attendu une partie de la journée pour assister au dépouillement, comme Wilfrid, arrivé à 9h du matin et qui a glissé son bulletin à 15h : « Je resterai le temps que ça prendra ». Il souhaite écouter la proclamation des résultats. Philippe, lui, a confiance dans la transparence. Si mon candidat gagne, c'est bon, sinon, c'est dommage, a-t-il confié, beau joueur.
 
■ A Port-Gentil, ville pétrolière et capitale économique du Gabon, 2009 n’a pas été oubliée. Après l’annonce de la victoire d’Ali Bongo, des émeutes avaient éclaté, il y avait eu des morts. Le couvre-feu avait été instauré, le consulat de France incendié.

 
Cette fois, des renforts sécuritaires de forces de l’ordre sont venus de Libreville pour une vigilance accrue de certains lieux sensibles, comme la prison centrale. Le gouverneur est intervenu pour rassurer la population et les opérateurs économiques.
 
Seul signe de fébrilité, de nombreux Port-Gentillais ont fait des provisions dès hier vendredi. Le marché principal, le marché du Grand village, a été pris d’assaut. Patrick, contacté par téléphone, dit qu’il ira voter dans l’après-midi car il y aura moins de monde. « C’est calme. Les gens circulent », confie-t-il.
 
Dans un bureau de vote du IIe arrondissement de cette ville, le président de la Commission a demandé à un homme de revenir voter plus tard, et habillé différemment. L’électeur portait en effet la chemise jaune à l’effigie de Jean Ping.
 
Ailleurs, à Franceville comme dans les autres villes de l’intérieur du pays, c’est le même constat : affluence, calme et plutôt sérénité. Chadi a même ce mot : « Pour l’instant, c’est cool ».
 
Même son de cloche du côté des observateurs de l’Union européenne. Enfin Sarah Crozier, la porte-parole de la mission des observateurs de l’Union européenne (UE), témoigne que « jusqu’à présent c’est calme. Nous ne notons que des retards d’ouverture de bureaux, c’est tout ».
 
■ Ali Bongo Ondimba a voté vers 12h (heure locale) en costume cravate. Il a dit quelques mots avant de repartir et a assuré que les conditions du vote étaient réunies pour un scrutin clair et transparent. Il a ajouté que plus d’un millier d’observateurs étaient dans le pays en ce moment.
 
Sur son cas personnel, il a voulu afficher sa confiance. Il s’est dit serein, ajoutant qu’il avait passé une bonne nuit. Il a jugé sa campagne « bonne », estimant qu’il avait pu parler, partager avec ses compatriotes, de ce qu’il avait fait durant son mandat, des changements apportés et des grands changements à venir.
 
Puis il a fait des selfies avec des électeurs et a serré des mains. Son arrivée a même créé un peu de bousculade parce qu’il y a beaucoup de personnes qui font la queue pour voter dans le bureau de l'école urbaine du centre de Libreville; il y a plusieurs heures d’attente.
 
Mais l’ambiance est quand même calme en général, les électeurs chantent parfois et beaucoup estiment que c’est une journée importante. 

 
Fidel, un électeur, parle même d’un jour exceptionnel pour chaque Gabonais qui pourra accomplir son destin. Par contre, il n’a pas caché sa déception par rapport à la campagne. Il s’est dit déçu, parlant de candidats peu convaincants. Il aurait en fait souhaité les juger sur leurs projets de société. Au lieu de cela, il dit qu’on s’est focalisé sur les attaques personnelles.
 
Jean De Dieu, lui, a déclaré avoir un sentiment au beau fixe, que pour lui cette journée devait montrer au monde que le Gabon pouvait organiser une présidentielle apaisée.
 
Maintenant, certains craignent plutôt l’après-scrutin. Vital Kamerhe, l’ancien président de l’Assemblée nationale congolaise, qui est observateur pour l’organisation Institut national démocratique (NDI), a expliqué que la campagne avait été heurtée et que le plus dur ne sera pas le jour de vote aujourd’hui, mais plutôt l’acceptation des résultats.
 
■ Le principal adversaire d'Ali Bongo Ondimba, Jean Ping, a voté ce matin à l’école Martine Oulabou et s’est dit heureux d’accomplir son devoir citoyen et confiant quant à sa victoire. Jean Ping a bien mis en scène son vote. Quand il a débarqué dans l’école où il devait voter, les électeurs, très nombreux, ont exulté.
 
Comme si la campagne électorale se poursuivait, ils ont commencé à crier : « Jean Ping président, Jean Ping président ». Jean Ping en costume sans cravate, accompagné de son fils, a eu du mal à se frayer un passage.
 
Pour monter au premier étage, là aussi il a pris son temps. Après l’isoloir, il n’a pas précipitamment introduit son bulletin de vote dans l’urne, il s’est vraiment donné en spectacle : « Je suis heureux d’avoir voté ici et nous nous préparons à célébrer la victoire », a-t-il déclaré.
 
Il a aussi dit que sa victoire est vraiment certaine car avec une coalition de cinq principaux candidats, « comment voulez-vous que nous ne parvenons pas à la victoire finale ? » a-t-il fait remarquer aux journalistes.
 
Une timide affluence était constatée aux premières heures de la matinée, seuls quelques électeurs étaient là. C’est le mois d’août, c’est les vacances, c’est le week-end et les gens en profitent pour se lever un peu plus tard.
 
Pierre-Marie est arrivé en premier avec une heure d’avance. Il explique être venu très tôt pour éviter les embouteillages de la journée et rentrer tranquillement chez lui au quartier PK12, qui est environ à 15 minutes en voiture. Il a confiance en cette journée et il pense que tout se passera bien. Il ne craint pas d’éventuels débordements.
 
Un des présidents des bureaux a expliqué que l’équilibre politique de chaque bureau sera respecté, lui-même travaille dans la Fonction publique. Il aura à ses côtés deux vice-présidents, un de l’opposition et un de la majorité. Même équilibre chez les accesseurs.
 
On votera donc en retard dans cette école. Le personnel explique que les bureaux fermeront à 18 heures, sauf s’il y a de l’affluence de dernière minute. Dans ce cas, les bureaux resteront ouverts pour laisser les gens voter.
 
■ Dans le quartier populaire de Rio, à Libreville, un bureau de vote, installé dans une école, a ouvert peu avant 8 h (7 h TU), soit avec près d'une heure de retard sur l'horaire prévu. L'affluence n'était pas très importante en ce début de matinée dans la capitale, a constaté un journaliste de l'AFP. Au total, près de 628 000 électeurs sont appelés à choisir leur futur président. Les bureaux doivent fermer à partir de 18 h (heure locale).


Source: Rfi.fr


Dimanche 28 Août 2016 - 07:06



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