Prise de la base de Baga par Boko Haram: revers pour l’armée nigériane

La prise de Baga est un nouveau revers essuyé par l'armée nigériane, dont l'inaction inquiète dans la région et irrite au-delà des frontières du Nigeria, en particulier du côté des partenaires du gouvernement de Goodluck Jonathan dans la lutte contre Boko Haram.



Des Nigérians fuient la ville de Baga, dans l'Etat de Borno. AFP PHOTO/PIUS UTOMI EKPEI
Des Nigérians fuient la ville de Baga, dans l'Etat de Borno. AFP PHOTO/PIUS UTOMI EKPEI

La prise de la base de Baga, dans l'Etat de Borno (nord du Nigeria), a permis de comprendre que le Tchad et le Niger ne comptaient plus d'hommes dans cette caserne censée être le bastion opérationnel de la force sous-régionale conjointe chargée de lutter contre Boko Haram. A la suite des massacres commis par des insurgés islamistes contre des pêcheurs dans le secteur en novembre dernier, Niamey et Ndjamena ont décidé de retirer leurs hommes, au motif que l'armée nigériane n'avait pas pris suffisamment de dispositions pour sécuriser la zone.

Une situation qui inquiète beaucoup dans la région. Comme l’explique à RFI Bulama Mali Gubio, porte-parole du Forum des sages de l'Etat de Borno, qui regroupe d'anciens hauts fonctionnaires, politiciens et militaires, la prise de Baga permet d'accroître l'emprise de Boko Haram dans l'Etat. « Boko Haram peut désormais mener des attaques à partir de Baga, c'est très dangereux, car personne ne les attaquera à partir de la rive opposée du lac Tchad et rien n'indique que le Tchad envisage de mener une offensive contre Boko Haram. Et les insurgés dans l'Etat de Borno ont désormais le contrôle de Gwoza, Bama, Banki, Gamboru Ngala, Sigal, Marte, Baga, Damasak et Abadam, c'est-à-dire tous les districts à la frontière du Niger, du Tchad et du Cameroun. »

L'inactivité du Nigeria pointée du doigt

« Par ailleurs, indique-t-il, tous les autres districts de l'Etat sont affectés par des attaques de Boko Haram, qui a aussi stratégiquement encerclé Maiduguri [la capitale de l’Etat de Borno]. Maiduguri et Jéré sont en fait les seuls districts épargnés jusqu'ici et encore on a souvent des attaques-suicides à Maiduguri, dont le nombre d'habitants a enflé car tous les déplacés qui fuient les exactions de Boko Haram y ont trouvé refuge. Ici les gens attendent d'être secourus par une intervention divine ; ils n'attendent plus rien d'autre. »

Des officiels camerounais sous couvert d'anonymat font part également de leur exaspération face au manque d'initiative des forces de sécurité nigérianes. « Le Cameroun a naïvement pris des engagements lors du sommet de l'Elysée à Paris il y a huit mois, mais le Nigeria ne fait rien, or le conflit déborde chez nous », a récemment déploré un haut gradé camerounais, furieux que le Nigeria ait renoncé à toute mission régalienne dans l'Etat de Borno, qui longe le Cameroun sur plusieurs centaines de kilomètres.

Les voisins du Nigeria ne sont pas les seuls à mettre en doute la sincérité de l'administration de Goodluck Jonathan. Washington a regretté le mois dernier l'interruption, à la demande d'Abuja, d'une mission de formation dispensée par les Américains à une unité de soldats nigérians. Les Etats-Unis dénoncent aussi régulièrement la corruption au sein des forces de sécurité du Nigeria et l'absence d'enquêtes sur des abus présumés commis par des soldats nigérians dans le nord-est du pays.


Rfi.fr

Lundi 5 Janvier 2015 - 16:31



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