Prix Bayeux 2014 : les lycéens face aux reporters de guerre

lls sont une vingtaine à faire partie de la classe labellisée du lycée Jeanne d’Arc de Bayeux. Durant une semaine, ces élèves de première et terminale échappent aux cours traditionnels pour couvrir le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre. Ce vendredi 10 octobre, ils rencontraient Katia Jarjoura pour parler du film Liban de fractures en fractures, projeté en avant-première la veille. Un échange spontané et riche autour du métier de reporter. Autour du Liban également.



Les élèves du lycée Jeanne d'Arc ont recontré Katia Jarjoura pour un échange autour de son documentaire sur le Liban projeté en avant-première à Bayeux.
Les élèves du lycée Jeanne d'Arc ont recontré Katia Jarjoura pour un échange autour de son documentaire sur le Liban projeté en avant-première à Bayeux.

Le risque d'un festival comme celui du Prix Bayeux des correspondants de guerre, c'est de laisser les journalistes se regarder le nombril. Des journalistes rencontrent leurs confrères habitués au terrain et ils se racontent....des histoires de journalistes. Intéressant mais limité. La force du Prix Bayeux-Calvados est ailleurs. Ouvert à tous, le festival met en première ligne les collégiens et lycéens de la région. Et c’est de cette échange entre étudiants et professionnels que nait le véritable intérêt de ces rencontres autour du métier de reporter de guerre.

Une classe spéciale Prix Bayeux

Au lycée Jeanne d’Arc de Bayeux, les professeurs ont pour la première année mis en place une classe spéciale. L’idée, c’était de permettre à certains élèves de s’immerger un peu plus dans le Prix Bayeux et dans le métier de reporter. Delphine Bouchard, professeure d'histoire-géographie explique : « On a demandé aux volontaires de faire une lettre de motivation. Puis une vingtaine d'élèves de première et terminale ont été choisis. On les a préparés en amont, la semaine précédente. Et puis là, pendant une semaine, il y a tout un travail fait autour des différents métiers du journalisme. Ils ont produit un site internet avec des articles, des photos-reportages, des émissions enregistrées, etc ..

Des apprentis journalistes

Et les élèves ont remarquablement joué le jeu, ce vendredi, face à la réalisatrice Katia Jarjoura, invitée à venir échanger avec les lycéens autour de son film, Liban de fractures en fractures. Ensemble, ils ont mené une véritable interview questionnant la jeune femme sur son métier, le choix de son sujet, sa manière d’enquêter sur le terrain ou bien encore sur le travail des images, du commentaire. Antoine, élève de première, a posé de nombreuses questions sur la présence du Hezbollah au Liban, sur l'identité libanaise, sur l'absence de l'Etat. Il n’envisage pas particulièrement de devenir journaliste : « Pourquoi pas, mais j’ai aussi d’autres passions ». La situation au Liban, pays qu’il connaissait mal, l’a particulièrement intéressé. « J’ai envie d’en savoir plus sur la situation des pays voisins, l’Irak, Israël qui sont en guerre. Et dont on ne nous parle pas souvent même si je suis déjà un peu l’actualité».

Une transmission concrète

Katia Jarjoura, très à l'aise face à son jeune public aime raconter et échanger. C'est un exercice qu'elle connaît bien. Quant à faire naître des vocations, la journaliste reste prudente : «Je ne sais pas si j’ai très envie de les encourager, vu les circonstances, à faire ce métier. Par contre j’ai envie de raconter, de leur donner les clés, et les outils... Oui, c’est important d’éclaircir les choses et d’avoir ce genre de rencontres ».

En face à face avec les élèves, Katia Jarjoura a pu répondre dans les détails aux questions des élèves sur le Liban : « Les questions étaient très approfondies. On a pu pas mal décortiquer cela de manière plus intimeLes questions sont plus raffinées. J'ai senti un grand intérêt pour ce pays, sans doute parce que c'est un pays qu'on a du mal à comprendre complètement. C'est un pays très magnétique parce qu'il y a une forme de liberté et de chaos permanent ». 

Elle a aussi longuement expliqué la complexité de monter un tel projet de documentaire dans la région. « J’essaie de transmettre la façon de faire, la démarche. Je me souviens de mes années d’école, j’aimais bien les professeurs qui étaient dans le concret. Et c’est ce que j’essaie de transmettre. On est dans l’image, dans le son. Sur le terrain, on est avec des gens. Donc, expliquer comment se comporter. Et c’est ça qu’on retient beaucoup plus que l’information. Car l’information, on l’a ailleurs à travers les journaux, à travers la radio, les livres. Mais dans les rencontres, ce qu’on a envie d’apprendre c’est plus un savoir-faire humain ». Transmission, savoir-faire, éducation, certainement les trois clés de la réussite de ce Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.


Rfi.fr

Samedi 11 Octobre 2014 - 09:39



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