Procès de Karim WADE: quand le cirque crée une paranoïa collective



«Enfin l’accomplissement !» Disent certains. D’autres, plus pessimistes croient dur comme fer que ce n’est qu’une « Manière de défaire avec les dents un nœud politique qui ne veut pas céder avec la langue. » Un procès vient de s’ouvrir dans notre pays. C'est-à-dire une bataille entre un accusé et un accusateur ou entre des accusés et des accusateurs. Toutefois, dans cette affaire Karim WADE, nous tenons à rappeler à toutes les parties en conflit la sagesse de Ghandi : « Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde. » Lorsqu’on voit défiler les protagonistes des camps, nous nous demandons s’ils sont vraiment sérieux car tout ce que nous entendons jusqu’ici, pour la plupart du temps, ressemble beaucoup plus à de la puanteur dans l’oreille qu’à autre chose : le débat vole bas… très bas.


A entendre certains d’entre eux, Ils donnent l’impression d’avoir rompu une sorte d’alliance que Bernard Sallé définissait en ces termes : « ... union de deux voleurs qui ont leurs mains si profondément enfoncées dans les poches l'un de l'autre qu'il leur est difficile de s'en prendre séparément à un troisième. »  Si seulement nous étions autorisés à leur poser une question, elle serait la suivante : où se trouve l’intérêt du peuple dans ce cirque odieux des déballages entre amis d’hier ? En effet, Cela nous rappelle la parole de Jésus dans l’histoire des Scribes et des Pharisiens face à la femme adultère dans la Bible : «Que celui qui n'a pas péché, lance la première pierre. » Alors, dans cette foire sordide de l’hypocrisie étalée au grand jour, que celui qui n’a jamais volé, entre ces protagonistes, veuille bien lever la main et dire : « Je le jure ». Parlant de l’un de ses personnages de roman  assez atypique, Laurent GOUNELLE disait : « S’il n’a pas le sens du ridicule, nous avons celui de l’humour. » Toutefois, concernant ce « cirque au palais » faudrait-il en rire ou en pleurer ? Sommes-nous en mesure de dire que le droit va servir le droit au nom du peuple et de manière impartiale ? C’est tout ce que nous demandons.  


Nous rappelons déjà que le 11 Août 2007, dans un article que nous avions publié et qui s’intitulé « Karim Wade et Abdoulaye Baldé sont les gardiens d’un secret qui fait d’eux finalement ses captifs », nous attirions l’attention sur ce qui suit : « Comment exercer un contrôle satisfaisant de A à Z sur des travaux dirigés par le fils du président lorsqu’on est au Sénégal sous le régime de l’Alternance ? Est-ce que c’est possible avec tous ces samouraïs du pouvoir si véloces lorsqu’il s’agit de défendre vaille que vaille l’idéal qu’ils forgent avec ruses et détermination pour le prince, l’homme « providence », le fils du chef qui « gagne tous ses procès », « qui travaille très bien » et dont « les mains sont propres » ?


Le Forum Civil, invité à participer à un contrôle sur les travaux de l’ANOCI, se voit refuser l’accès aux comptes de la dite structure comme nous le révèle le défenseur chevronné de l’éthique, Mouhamadou Mbodj. Le Synas, Syndicat des Architectes du Sénégal, quant à lui, produit un rapport sur ces mêmes travaux et dans lequel, il relève des manquements et parle, par la voix d’Ousseynou Faye, de « saisir le Tribunal Pénal International pour crime économique » en précisant que « les faits sont gros ». Face à cette situation, devons nous continuer à favoriser une sorte d’indulgence complice en faveur de la mauvaise gestion dans ce pays ? (…) « Aveugle pour les fautes, le destin peut être implacable pour les moindres distractions. », nous apprend, avec humilité, Jorge Luis Borges". 


Dans un autre article en date du 10 janvier 2014, nous disions, cette fois-ci, au Président Macky SALL : « Evitez une justice des vainqueurs sous quelque forme que ce soit, « même les vaincus ont droit au respect », alors respectez le droit de la minorité ! Audit, traque… qu’importe le nom utilisé, ça ne doit pas être, en aucune façon, une pratique partisane. Ce qui envenime le débat sur cette affaire de la traque de biens supposés mal acquis, c’est les attaques de vos adversaires qui doutent de votre fortune. Nous vous avions dit dans un article de presse, au lendemain de votre déclaration de patrimoine, que certes, rien ne vous oblige à justifier son origine licite mais, si vous ne le faites pas, vos adversaires politiques en feront demain une arme contre vous (…) « L’ami d’hier est le pire des ennemis » disait l’autre". Nous avons tenu à rappeler ces passages dans ces articles pour signifier que le président Abdoulaye WADE a créé beaucoup d’hommes et femmes riches comme « Crésus ». Son régime a fait beaucoup d’heureux de la « pire espèce ». Chacun, des malhonnêtement riches, doit rendre compte, qu’il soit dans l’opposition ou dans le camp du pouvoir actuel.


Autrement, certaines pensées peuvent voler en direction de ce poète qui parlait d’un pays purement imaginaire : « Ce pays est un arbre peuplé de « singes ». Qui a le dessus se déverse sur son voisin ». Il arrive un moment dans la vie d’une république où chaque citoyen doit prendre ses responsabilités ; ce moment est celui de la conscience. Et justement, Bruno CHENO nous avertissait déjà : «  Sur certaines positions, la lâcheté pose la question : « Est-ce sans danger ? » L’opportuniste pose la question : « Est-ce politique ? » La vanité pose la question : « Est-ce populaire ? » Mais la conscience pose la question : « Est-ce juste ? ». 


Dans ce procès, et dans tous les autres dossiers dont l’éclairage est important pour le destin de nos deniers publics, nous demandons aux uns et aux autres de refuser d’être lâches car, « le courageux ne meurt qu’une fois alors que le lâches est déjà mort mille fois ». Nous demandons aux uns et aux autres de refuser d’être opportunistes car, quelque que soit leur beauté, les fleurs du printemps ne sont jamais faites pour durer longtemps. Nous demandons aux uns et aux autres de refuser d’être vaniteux car dans un cirque, le clown qui rend heureux son public n’est pas forcément en bon ménage avec le bonheur. Enfin nous demandons aux uns et aux autres d’être justes car c’est le siège de la paix et la liberté.


Le combat politique ne doit pas avoir comme unique idéal l’anéantissement de son adversaire ni son humiliation. Une telle conception de l’action politique appartient aux faibles d’esprit dont l’âme s’alimente aux sources de la rancœur. Que Dieu nous en préserve. Un vrai combattant politique vise à sortir son peuple des griffes de l’amertume et de la tragédie qui découlent de la pauvreté chronique. Un véritable leader politique combat contre le mal et le mal vivre de ses concitoyens plutôt que contre une personne. Il donne, en offrande, son sens de la mesure et son attachement aux valeurs positives de l’humain. Faudrait-il le souligner et l’assumer ? En politique, la rancœur n’a pas sa place au soleil et le combat n’exclut point la discipline ni le respect de l’autre, sinon, mêmes les révoltes populaires donneraient naissance à un régime de chaos, de règlement de comptes, de désolation et de temps perdu.  


Le plus burlesque est que : «  Le mal peut faire tourner les événements de telle sorte que César occupe un palais et Jésus Christ une croix, mais vient un jour où ce même Jésus se dresse et partage l’histoire en deux ères – avant et après Jésus Christ- de sorte que le règne même de César doit être daté du nom du Christ. » Comme parla un jour le révérend Martin Lutter King. C’est un impératif pour tout citoyen de refuser d’être le dindon de la farce de sa classe dirigeante. L’histoire nous a appris que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ces combats de gladiateurs au sein du camp au pouvoir ou entre pouvoir et opposition ont retardé depuis cinquante quatre ans le développement du pays et ceux sont les mêmes acteurs qui occupent le rond du cirque cynique.


Le temps passe et notre peuple souffre le martyre. Le temps passe et les difficultés de tout ordre l’assaillent sans pitié. Le temps passe et nos paysans paient toujours au plus fort l’indifférence de leurs dirigeants et leur absence de vision en matière de politique agricole. Le temps passe et l’enseignement saigne par toutes ses veines ouvertes ; les étudiants, affamés par l’absence de bourses et d’inscription, sont tabassés régulièrement jusqu’à l’intérieur des franchises universitaires. Le temps passe et le minimum nécessaire continue de manquer dans les hôpitaux. Le temps passe et beaucoup de secteurs de notre économie claudiquent : tourisme, pêche avec le bradage de nos espaces maritimes, artisanat, industrie, énergie, commerce etc.    Le temps passe et le mensonge continue d’agacer nos oreilles. Ce n’est point pour décrire un tableau trop sombre de la réalité que nous écrivons ; l’enchevêtrement des inquiétudes est devenu une affaire publique. Alors, il faut que nos râles s’entendent jusqu’aux oreilles du prince. C’est notre façon de l’aider.


Le flambeau de la démocratie s’oppose aux chaines de l’injustice, de l’impunité et de la gestion familiale, clanique ou ethnique d’un Etat. C’est ce que nous disions sous WADE et c’est ce que nous répétons sous SALL. Ce flambeau est animé par une justice qui évite toute forme de confusion et qui s’affranchit des contingences d’ordre égoïstement antidémocratique.  Nous serons toujours déçus tant qu’au banquet du bien être et du mieux être, seuls les familles, parents et alliés du prince seront conviés et admis. Hier nous combattions pour barrer la route à l’installation d’une monarchie à la place de notre république, aujourd’hui, ceux qui étaient au devant de cette bataille légitime se taisent face à une menace réelle d’une république en voie d’être accaparée par les familles présidentielles, leurs parents et laudateurs. Le président doit veiller à ce que notre république ne soit pas sabordée en plein océan par ce genre de pratique inintelligente et dangereuse.


Pour finir, n’ayons pas peur des livres ; qu’ils dénoncent ou chantent l’éclosion d’une rose, ils resteront toujours des livres avec une valeur pédagogique certaine et utile à la formation de l’être humain. L’écriture qui est leur matière fondamentale ne doit jamais être une sorte d’exutoire pour vaniteux préoccupé par un triomphe personnel. Que leur auteur soit civil ou militaire, mort ou vivant, tant que le continu demeure un outil d’éveil des consciences, il faut l’encourager loin de l’échafaud de la censure officielle ou officieuse.


Tafsir Ndické DIEYE Auteur de polars et de poésie

Mardi 12 Août 2014 - 16:44



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