Procès des jeunes de Colobane : un Cheikh Diop peut – il en cacher un autre ?



Faisant appel de la décision rendue en première instance contre Cheikh Sidaty Mané alias Gatuso et Cheikh Diop dit Christ, les avocats de ces derniers ont fait appel de cette décision. C’est ainsi que la Chambre criminelle d’appel de Dakar s’est longuement penché sur la question hier. L’audience entamée avant 11 heures, s’est terminée vers 21 heures.
 
Le procès de la police
Relevant les exceptions de nullités, la défense réclame le rejet de la constitution de l’Etat du Sénégal comme partie civile dans le dossier. «La qualité d’agent ne peut pas expliquer la constitution de l’Etat du Sénégal comme partie civile ». Dixit Me Mbaye Jacques Ndiaye. Insistant sur les «tortures» subies par leurs clients dans le cadre de la procédure, ce dernier qui lit le rapport de l’expert médical, indique que Cheikh Sidaty Mané avait «une cicatrice de 2 cm au milieu du pénis, à l’abdomen, des poignets, des chevilles, des plaies traumatiques occasionnés par des objets tranchants,… ».

«Ce sont des tortures exercées sur eux par des policiers à qui on n’aurait jamais dû confier le dossier car on ne peut pas être juge et partie. On aurait dû confier le dossier à la gendarmerie », fulmine la robe noire. Et de poursuivre: «Cheikh Sidaty Mané m’a dit qu’il était pressé d’arriver à Rebeuss. C’est la première fois que j’entends ça. Il m’a dit qu’on lui a mis un casque contenant des excréments sur la tête. On a versé de l’eau toute la nuit dans sa cellule, il n’a pas pu dormir ».
 
Fort de ce fait, Me Mbaye Jacques Ndiaye demande d’infirmer l’arrêt, de rejeter la constitution de partie civile de l’Etat du Sénégal et déclarer toute la procédure irrecevable…». Me Demba Ciré Bathily d’enfoncer le clou: «On ne peut pas obtenir des aveux par la torture…».
 
Insistant sur les actes subis par Cheikh Sidaty Mané dit Gatuso, Me Ramatoulaye Bathily toujours de la défense, précise que ce dernier «était suspendu par les pieds, la tête en bas, menottes aux mains». Pis, «totalement déshabillé (tout nu) avant d’être accroché, battu (gourdins,…)). La tête plongée par intermittence dans un seau. Rien ne peut être pire que cela, il avait une entaille sur le pénis. Il a été frappé à coup de crosse sur les oreilles,… ».
 
Pour l’avocat général qui intervient alors, ce dernier insiste sur la présence de l’Etat du Sénégal, fondant ses propos sur le fait que feu Fodé Ndiaye, le policier tué lors des violences pré-électorale de la présidentielle de 2012, est un agent de la Fonction publique. Pour ladite partie, «il y a torture, il n’y a pas torture ? », la question est en tout cas, posée. Il s’interroge toutefois sur l’absence de poursuites par les accusés contre ceux qui ont torturés.
 
Partant du même principe qu’il s’agit d’un agent de l’Etat, l’Agent Judiciaire de l’Etat (AJE) de cracher : «Si l’Etat (donneur d’ordre, garant du service d’ordre) n’est pas présent, il ne peut pas y avoir de procès… ». Et d’asséner : Sur les tortures qu’on évoque, on a torturé leurs clients mais un policier est mort… ».
La Chambre criminelle d’appel déclarant finalement la constitution de l’Etat du Sénégal recevable avant de rejeter les exceptions de nullités, les débats peuvent se poursuivre. Ce, d’autant plus que, sert le juge : «Ces nullités ont fait l’objet d’un arrêt définitif, on ne saurait les soulever».

«Cela devait m’arriver », Cheikh Sidaty Mané
Les accusés cités à la barre, clameront tout à tour leur innocence. «Ce vendredi, je buvais du thé avec des amis, à côté de chez moi (en face de la place de l’Obélisque). Vers 19 heures, mon grand-frère m’a appelé. On s’est tous retranché sur la terrasse pour suivre les événements (courses-poursuites). Je suis redescendu vers 01 heure du matin. Et c’est dehors que j’ai appris (rumeur) qu’un policier avait été lynché et qu’il était entre la vie et la mort…», narre l’ex-menuisier. Entendu, le propriétaire de la maison où habite Cheikh Sidaty Mané, Babacar Fall, gérant d’agence immobilière, confirme ladite version même s’il assure que ce dernier n’est pas ressorti de la maison de la nuit car les portes de la maison n’ont été rouvertes que le lendemain.
 
Gatuso d’indiquer que le Cheikh Diop qu’il a cité n’est pas celui qui est à côté de lui à la barre. «Pourquoi avoir attendu quatre (4) ans pour en parler ? », lui pose-t-on. «J’ai écrit une lettre de décharge», sert-il. Concernant ladite lettre, le juge indique : «Le prévenu ne dit pas que j’ai fait confusion mais c’est une lettre de décharge de mon co-accusé pour associations de malfaiteurs,… ». La défense interpellée sur la question à savoir «pourquoi elle a passé sous silence cette question devant le juge d’instruction. «Nous ne pouvons pas être comptable du traitement du juge d’instruction», rétorque ladite partie. Ce, d’autant plus que «la lettre (de Cheikh Sidaty Mané) est dans le dossier». Interrogé sur ce qu’il pense de ce qui lui est arrivé, l’accusé répond : «Cela devait m’arriver, c’est tout».
 
«On s’est trompé de personne», Cheikh Diop
«Après mon arrestation, une semaine après les faits, ils m’ont amené dans un immeuble où je n’habitais pas. Ils ont demandé au gardien de m’identifier, ce dernier leur a dit qu’il y avait bien un Cheikh Diop ici mais que ce n’était pas moi. Et que celui-ci avait déménagé à Ouakam. La politique, les manifestations, je ne m’en suis jamais mêlé», sert le co-accusé qui explique sa mésaventure en ces termes : «On s’est trompé de personne».

Une épouse face à son mari
Premier témoin à titre de renseignement à la barre, Ndeye Astou Sène est entrée dans la salle à la reprise de l’audience, peu avant 17 heures. Face aux juges, l’épouse de Cheikh Diop a longtemps gardé le silence. Muette comme une carpe, elle répond par petits bouts aux questions des juges. «Vous ne nous ferez pas perdre notre temps…», s’écrit le juge avant de la rassurer en l’invitant à dire rien que la vérité. D’une petite voie, l’épouse blanchit son mari en disant que le jour des événements, Cheikh Diop était couché derrière elle et c’est elle-même qui lui a appris la mort du policier le lendemain matin. Entendu par la police, Ndeye Astou Sène aurait enfoncé son mari en le reconnaissant par le maillot (blanc – vert) qu’il portait ce jour-là. «Il (enquêteur) m’a dit que Cheikh a dit que c’était lui sur la vidéo, je lui ai répondu que ce n’était pas possible». C’est en larmes qu’elle a regagné la salle. Peu après, son mari demandera l’autorisation de quitter la salle…
 
Le verdict est tombé dans la soirée, Cheikh Sidaty Mané et Cheikh Diop ont été acquittés. 


Samedi 30 Juillet 2016 - 00:55



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter