Putsch manqué: Millier d'arrestations et de limogeages en Turquie

Plus de 7500 personnes ont été placées en garde à vue et 9000 fonctionnaires licenciés après le coup d'Etat raté. Les alliés d'Ankara s'inquiètent.



La purge continue en Turquie après la tentative de coup d'Etat manquée de vendredi soir. Plus de 7500 personnes ont déjà été placées en garde à vue, a indiqué lundi le Premier ministre Binali Yildirim. Et près de 9000 fonctionnaires du ministère de l'Intérieur ont été limogés, en majorité des policiers. 

Sur les 7543 suspects en garde à vue figurent 6038 militaires, 755 magistrats et 100 policiers, a précisé le chef du gouvernement turc. Près de 3000 mandats d'arrêt ont été délivrés à l'encontre de juges et de procureurs. 

Vacances annulées

Les congés annuels de tous les fonctionnaires turcs ont été annulés jusqu'à nouvel ordre. Cette décision du Premier ministre Binali Yildirim a été publiée au Journal officiel lundi.

Les fonctionnaires qui se trouvent en vacances sont appelés à «regagner leur poste dans les plus brefs délais», selon le texte qui concerne au total plus de trois millions de personnes. 

Binali Yildirim a également fait état de 208 «martyrs», donc d'un bilan total d'au moins 308 morts dans la nuit du putsch manqué. Le Premier ministre a assuré que les putschistes devraient «rendre des comptes». 

«Nous allons demander des comptes pour chaque goutte de sang versée», a-t-il promis à l'issue d'un conseil des ministres à Ankara. Il a souligné toutefois qu'Ankara allait «agir dans le cadre du droit», alors que l'UE et les Etats-Unis venaient d'appeler la Turquie à respecter l'Etat de droit. 

Fethullah Gülen visé 

Par ailleurs, 8777 fonctionnaires du ministère de l'Intérieur turc, ont été limogés, a rapporté lundi l'agence de presse progouvernementale Anadolu. Près de 4500 policiers et 614 gendarmes figurent parmi les fonctionnaires écartés, selon Anadolu qui cite le ministère de l'Intérieur. 

Un gouverneur de province, et 29 gouverneurs de municipalités, ont aussi été mis à pied, a ajouté l'agence. Ces limogeages rentrent dans le cadre d'une vaste purge de l'appareil d'Etat lancée par le président turc Recep Tayyip Erdogan après l'échec samedi d'une tentative de renversement de son régime par un groupe de militaires. 

Ce «grand ménage» vise les personnes soupçonnées de liens avec le prédicateur exilé aux Etats-Unis, Fethullah Gülen. Bête noire du président turc, il est accusé d'avoir fomenté cette tentative de putsch, ce que le prédicateur a formellement démenti.

L'UE inquiète

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis lundi à Bruxelles, ont réagi en mettant en garde le pays contre la tentation d'une répression généralisée. «L'État de droit doit être protégé pour le bien» de la Turquie et «nous allons envoyer un message fort en ce sens à la Turquie», a averti Federica Mogherini. 

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a pointé le possible «danger» d'un «retour en arrière face à la démocratie».

Le commissaire européen à l'Elargissement Johannes Hahn, chargé du dossier de la candidature turque à l'UE, a même suggéré que le gouvernement turc avait déjà préparé, avant la tentative de coup d'Etat, une liste de gêneurs à arrêter. 

Tensions avec les USA

Le président américain Barack Obama avait auparavant rappelé «le besoin vital» du respect en Turquie «de l'Etat de droit». Les relations pourraient se tendre entre Ankara et Washington, autour du sort qui sera réservé à Fethullah Gülen, passé depuis 2013 du statut d'allié à celui d'ennemi numéro un d'Erdogan, qui l'a accusé d'être l'instigateur du putsch.

Recep Tayyip Erdogan a personnellement sommé son homologue américain de le lui «livrer». Réfugié aux Etats-Unis, ce prédicateur musulman a pour sa part catégoriquement démenti toute implication. Pour la troisième journée consécutive, les vols commerciaux restaient suspendus lundi matin entre la Turquie et les Etats-Unis.

1800 forces spéciales à Istanbul

Si l'activité semblait reprendre normalement lundi matin dans les rues stambouliotes, quelque 1800 membres des forces spéciales de la police ont commencé à y être déployés dans la nuit pour en sécuriser les points sensibles, selon Anadolu.

«Ce n'est pas fini, ne désarmez pas», titrait en une lundi le quotidien Hurriyet citant les appels répétés d'Erdogan à ses partisans de continuer à tenir la rue face à une menace qui ne serait pas écartée. 

Plusieurs milliers de personnes ont à nouveau obtempéré, rassemblées dans la nuit de dimanche à lundi sur la place Taksim ainsi que sur la place Kizilay, à Ankara. «Le jour, allons travailler. Le soir, après le travail, poursuivons notre veille», a lancé à Ankara le Premier ministre turc Binali Yildirim.

Les marchés semblaient en tout cas prendre acte du progressif retour à l'ordre: la lire turque a repris des couleurs, s'échangeant à 2,93 pour un dollar après une dégringolade historique à 3,04 lires pour un dollar dans la foulée du déclenchement du putsch. La bourse d'Istanbul, fermée quand le coup s'est déclaré, a toutefois ouvert en baisse de 2,3%.
lematin.ch



Lundi 18 Juillet 2016 - 18:14



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