Quand la Cour des comptes s’émeut d’une plaisanterie du chef de l’Etat

François Hollande s’est attiré les foudres de Didier Migaud, président de la haute juridiction financière, pour avoir brocardé l’institution.



Quand la Cour des comptes s’émeut d’une plaisanterie du chef de l’Etat
Un président ne devrait pas rire de ça. Surtout lorsqu’il s’agit d’institutions qu’il est censé protéger. Pour avoir pris des libertés avec cette règle, François Hollande s’est attiré les foudres de la Cour des comptes qu’il avait brocardée en petit comité. Un accroc supplémentaire avec la haute juridiction et, plus largement, avec la magistrature.

Révélés par le magazine Acteurs publics sur son site Internet, les faits remontent au pot organisé, en février, à l’Elysée, à l’occasion du départ de plusieurs collaborateurs du chef de l’Etat, parmi lesquels Vincent Feltesse. Jusqu’alors conseiller politique de M. Hollande, celui-ci venait d’être nommé conseiller-maître à la Cour des comptes. Une prestigieuse « maison » que le président de la République a intégrée au tout début de sa carrière et à laquelle il reste lié puisqu’il est toujours conseiller référendaire, en « service détaché ».

Prenant la parole durant les libations, M. Hollande a évoqué, de façon moqueuse, son passage à la Cour : « Je connais bien cette institution, aurait-il dit d’après Le Figaro qui a relaté la scène, sans être démenti. Je l’ai choisie après l’ENA [au début des années 1980] pour pouvoir trouver le temps de faire, parallèlement, de la politique… D’ailleurs, les membres y sont deux par bureau, pour que chaque personne puisse vérifier que l’autre n’est pas en train de dormir. »

La boutade n’a, bien sûr, pas été tellement appréciée, rue Cambon, où siège la Cour des comptes. Son premier président, Didier Migaud, l’a dit, dans une lettre datée du 16 mars : « Si vous les avez bien prononcés, vous comprendrez que ces propos ne peuvent qu’être mal interprétés », constate-t-il, en soulignant, au passage, que la plaisanterie porte « préjudice à une juridiction à laquelle » M. Hollande appartient. Un quasi-rappel à l’ordre, en somme… M. Migaud fait également remarquer que, si lui et ses pairs roupillaient, « certains de [leurs] interlocuteurs, parmi lesquels des ministres, ne seraient pas amenés à regretter la fréquence ou la sévérité de [leurs] travaux. » Allusion explicite au fait que la Cour a froissé, à maintes reprises, le gouvernement en jugeant exagérément optimistes ses prévisions budgétaires.
« Nature » profonde

Le chef de l’Etat s’est empressé de répondre à M. Migaud pour exprimer, par courrier, « le plus grand respect » qu’il éprouve à l’égard de...
 

lemonde.fr

Mardi 28 Mars 2017 - 12:46



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