Que sera-t-il du Sénégal après le 20 mars ?



Pour un référendum qui est censé renforcer la démocratie, il y a un tel clivage qu’un observateur averti ne peut s’empêcher de se demander ce qui s’est passé entre 2012 et aujourd’hui. Un pays comme la Suisse offre de pareilles consultations à sa population presque toutes les semaines. La tension autour du référendum dans notre pays exprime donc un malaise politique voire est la conséquence de la rupture de dialogue entre la majorité et l’opposition. Somme toute, un référendum de cette nature ne devrait, en aucun cas, déchaîner autant de passion.
Les choses sont bien simples même si le débat est encouragé voire nécessaire. Le peuple sénégalais est appelé à dire s’il est d’accord ou pas avec les propositions de réforme, à lui, proposées par le président de la République. Laissons de côté la question du reniement de la parole présidentielle. Certains juristes vous diront que c’est discutable.
Les 15 points de réforme proposés sont-ils pertinents, nécessaires, opportuns et constituent-ils des avancées démocratiques pour le Sénégal ? Le débat ne doit se situer qu’à ce niveau et rien qu’à ce niveau. Or, ce n’est malheureusement pas le cas. La désinformation tourne à plein régime dans le camp du Non comme dans celui du Oui. Des amalgames et quiproquos sont fabriqués et distillés à dessein pour tromper et diviser. Les acteurs politiques ont, également, installé le pays dans l’excitation non rassurante d’une compétition électorale. Un référendum est-il une compétition électorale ? Qui en sont alors les protagonistes ?
Et, c’est à ce niveau que l’enjeu de ce référendum doit nous interpeller, tant dans le déroulement du processus qui doit conduire les sénégalais aux urnes, que dans la situation politique de l’après-référendum. Que le Oui l’emporte ou que le Non l’emporte, ce référendum risque de laisser des lignes de fracture qui vont installer le pays dans une tension propre à une élection présidentielle à 3 ans de l’échéance. Ce n’est pas bon ! Nous n’en avons pas les moyens et elle pourrait être porteuse de violences politiques.
Au demeurant, il me semble que stratégiquement le président Sall et son entourage ont commis une erreur, celle de faire passer une consultation populaire pour un plébiscite. À moins qu’au sein de l’APR, l’envie de mobiliser les troupes, d’éprouver la loyauté des alliés et de tester son poids électoral (comme dans une sorte de répétition générale) aient prévalu sur la tactique politique. Si le président a tenté, aux dernières heures avant l’ouverture de la campagne, le dialogue avec une partie de la classe politique (notamment ses alliées qui sont contre le projet). Son premier discours à l’entame de la campagne a laissé l’impression d’un homme qui veut en découdre et annihilé sa nécessaire posture d’être au-dessus de la mêlée en de pareilles circonstances. Les causes de cette tension sont à chercher dans l’attitude du pouvoir même mais aussi dans la nature hyper-présidentialiste de notre régime politique.
La situation qui en découle ne sera profitable à personne. En premier lieu, c’est le Sénégal qui en pâtira. En second, c’est le président Macky Sall lui-même qui aurait tout à y perdre. Faut-il rappeler qu’il a été élu avec 65% des voix et qu’à ce titre, il est le président, non pas d’un parti mais de tous les sénégalais.
Si le front du oui est assez homogène, celui du non est assez hétérogène et cela exprime une réalité que le président doit prendre en compte. Ce référendum est politique, il n’est pas politicien.
Tous les acteurs doivent calmer le jeu. Et le premier des sénégalais, garant de la cohésion nationale a un rôle particulier à faire valoir.
Charles Sanches
Fondateur de GénérationBlog


Mardi 15 Mars 2016 - 13:55



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter