Qui sont les Rohingyas, peuple le plus persécuté au monde selon l'ONU

​Près de 2000 migrants ont été secourus lundi près des côtes d'Indonésie et de Malaisie, abandonnés par leurs passeurs. Ils sont pour la plupart Rohingyas, une minorité musulmane chassée de Birmanie par les bouddhistes.



Les côtes européennes ne sont pas les seules à secourir quotidiennement des centaines de migrants. Ces derniers jours, l'Indonésie et la Malaisie doivent gérer un afflux inhabituel de clandestins qui échouent sur leurs rivages. Quatre bateaux avec environ 1400 personnes à bord ont été secourus lundi, vraisemblablement abandonnés par leurs passeurs. La veille, 600 personnes étaient recueillies dans les mêmes circonstances. Ce nouvel afflux arrive au même moment que le durcissement de la lutte contre l'immigration illégale en Thaïlande, leur point de passage habituel. Parmi eux, de nombreux Rohingyas fuient la Birmanie, victimes de discriminations et du discours haineux de leaders bouddhistes radicaux.
● Une minorité musulmane dans un pays bouddhiste
 
Les Rohingyas se considèrent comme descendants de commerçants arabes, turcs, bengalis ou mongols. Ils font remonter leur présence en Birmanie au XVe siècle. Le gouvernement birman estime pourtant qu'ils seraient arrivés au moment de la colonisation britannique et les considère comme des immigrants illégaux bangladais. En 1982, une loi leur a retiré la citoyenneté birmane. Après plus de 30 ans d'exactions, ils ne sont plus que 800.000 dans un pays de plus de 51 millions d'habitants à majorité bouddhiste. Selon l'ONU, ils forment la minorité la plus persécutée au monde.
● Le nettoyage ethnique de 2012
 
En juin 2012, un Rohingya est accusé du viol d'une Birmane. Ce sera le point de départ d'une campagne de nettoyage ethnique dans l'Ankaran, état du nord-est birman où ils vivent. Le régime birman ainsi que plusieurs moines bouddhistes sont accusés d'avoir participé ou favorisé un «crime contre l'humanité», selon les termes de Human Right Watch (HRW). L'organisation non gouvernementale estime que les autorités ont pris part à la destruction de mosquées, lancé des vagues d'arrestations accompagnées de violences et bloqué l'accès des organismes d'aide humanitaire aux musulmans déplacés. Le 23 octobre, au moins 70 Rohingyas ont été massacrés en une journée dans le village de Yan Thei, situé dans la commune de Mrauk-U.
● Un peuple chassé du nord-est de la Birmanie
 
Aujourd'hui, les discriminations se poursuivent. Les Rohingyas ne peuvent pas travailler, se marier ou étudier. Ils sont régulièrement expropriés, extorqués, privés de soins... Dans les villages rasés par les émeutes de 2012, leur patrimoine culturel a été détruit. Des centaines de milliers de Rohingyas vivent aujourd'hui dans des camps, les autres sont reclus dans leurs villages contrôlés par des policiers. Près de 140.000 personnes ont été transférées dans des camps de déplacés construits autour de Sittwe, la capitale d'Arakan. Sur 26 km2, les réfugiés s'entassent et vivent dans une extrême pauvreté. Le régime entrave régulièrement le travail des organisations humanitaires.
● L'exode vers les pays frontaliers
 
Chaque année, des milliers de Rohingyas fuient ces exactions en faisant appel à des passeurs. Aux côtés des bangladais qui fuient la pauvreté de leur pays, ils tentent d'atteindre la Thaïlande voisine. Entre janvier et mars, ils étaient 25.000 à avoir pris la mer, soit près du double par rapport à l'an dernier. Mais une fois sur place, ils se retrouvent être la proie de trafiquants qui les réduisent en esclavage. Accusée par la communauté internationale de fermer les yeux, voire de profiter de ce trafic, la junte thaïlandaise a récemment pris des mesures pour combattre ce phénomène. Plus de 50 policiers ont été mutés depuis la découverte d'un charnier de 26 corps le week-end dernier dans un camp de trafiquants, près de la ville de Padang Besar dans la province de Songkhla. Six autres corps ont été découverts mercredi dans la jungle. Dans ce contexte, l'afflux de migrants sur les côtes malaises et indonésiennes semblent indiquer que les trafiquants se sont déjà adaptés.

lefigaro.fr

Mercredi 30 Novembre 2016 - 12:20



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