RCA: Michel Djotodia négocierait directement avec le chef de la LRA

En Centrafrique, le président de la transition, Michel Djotodia, a confirmé des négociations en cours avec le chef de la LRA. Joseph Kony est visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre depuis 2005, dont viols, esclavagisme et enlèvement d'enfants. Selon l'ONU, son groupe est responsable de la mort de 100 000 personnes en Afrique centrale ces 25 dernières années. Michel Djotodia a eu un contact téléphonique direct avec le chef rebelle ougandais, fait savoir son porte-parole. Washington émet des doutes.



Joseph Kony, leader de la LRA, l'Armée de résistance du seigneur. AFP
Joseph Kony, leader de la LRA, l'Armée de résistance du seigneur. AFP

« Nous sommes en train de négocier avec lui. C'est vrai, Joseph Kony veut sortir de la clandestinité », a déclaré le président centrafricain lors d'une rencontre avec des hommes politiques au palais présidentiel. « Il a demandé à être fourni en nourriture et le gouvernement s'est occupé de cela », a ajouté Michel Djotodia qui n'a pas divulgué d'informations sur l'état de santé du rebelle ougandais.
 

Le représentant spécial de l'ONU en Afrique centrale, Abou Moussa, avait indiqué, mercredi 20 novembre, que Michel Djotodia l'avait informé de négociations en cours. C'est donc une confirmation.
 

Bangui n'a pas demandé à Kony de se rendre
 

De son côté, le porte-parole du président centrafricain, Guy Simplice Kodégué, a précisé à RFI que Djotodia avait eu un contact téléphonique direct avec le chef de la LRA. Il a également précisé que les émissaires de Djotodia ont rencontré, il y a deux semaines, Joseph Kony dans la zone où il s'est établi, à savoir très précisément à Nzako, dans la préfecture du Mbomou, dans l'est de la Centrafrique.
 

Le porte-parole apporte, par ailleurs, cette précision importante : « Joseph Kony est disposé à renoncer au combat mais à aucun moment il n'a parlé de reddition ». Bangui, pour sa part, n'a pas demandé à Kony de se rendre et en explique la raison : « Nous n'avons pas intérêt à poser des conditions draconiennes, car nous ne voulons pas entrer en guerre avec les hommes de Kony. Nous avons suffisamment de problèmes sur les bras ».
 

Washington circonspect
 

Au sujet d'une éventuelle reddition, Abou Moussa, le représentant de l'ONU en Afrique centrale a rappelé que le chef rebelle ougandais Joseph Kony avait déjà par le passé, promis une reddition, sans jamais donner de suite à ses engagements. Washington semble tout aussi circonspect : « Nous n'avons pas de raisons de croire que Joseph Kony fait partie de ces négociations », a déclaré à l'AFP un haut responsable américain.

Le président de la transition centrafricaine a indiqué que Joseph Kony avait près de sept mille personnes avec lui dont des femmes et des enfants. Les autorités centrafricaines souhaitent que la communauté internationale se mobilise pour leur fournir une aide humanitaire et qu'elle œuvre pour l'adoption d'une solution qui préserve la sécurité des centrafricains.
 

Scepticisme quant à la volonté de négocier des rebelles
 

Lorsque les autorités centrafricaines confirment être en contact avec la LRA et disent même qu’elles ont pu avoir un contact avec son chef pour discuter de la fin des activités militaires du groupe, Paul Ronan, se dit sceptique. Il suit de près l'activité de la LRA depuis des années. Directeur de recherche de l'Initiative pour résoudre la crise de la LRA, il n'est pas convaincu de la volonté des rebelles ougandais de négocier réellement. Tout cela, dit-il, ressemble trop pour l'instant à tous les faux gestes de bonne volonté fournis ces dernières années par l'Armée de résistance du seigneur.
 

« Pour beaucoup de gens, ce qui se passe est très similaire à la façon dont la LRA s'est comportée pendant les pourparlers de paix de Juba, entre 2006 et 2008. Pendant ces pourparlers, la LRA a dit de manière répétée qu'elle se rendrait mais elle ne l'a jamais fait, rappelle Paul Ronan. Nous avons reçu des informations suivant lesquelles un officier de la LRA, nommé Otto Ladeere, avait établi des contacts avec les autorités centrafricaines près de la localité de Nzako. Il a dit aux autorités centrafricaines qu'un nombre important de combattants de la LRA, parmi lesquels Joseph Kony, serait prêt à faire défection et quitter la brousse. Mais nous n'avons pas de preuve concrète que Ladeere agit au nom de Kony ou que Kony lui-même a communiqué avec qui que ce soit ».
 

Et Paul Ronan d'ajouter : « Pour établir une relation de confiance avec la LRA, les autorités centrafricaines ont remis au groupe de Nzako de petites quantités de nourriture. Etant données les difficultés de l'Armée de résistance du seigneur à obtenir de la nourriture, il est fort possible que ce groupe prétende vouloir faire défection et vouloir quitter la brousse, simplement afin de recevoir de la nourriture ».

Source : Rf.fr
 


Dépéche

Vendredi 22 Novembre 2013 - 11:20



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