RCA: la contestation ne faiblit pas, Samba-Panza appelle au calme

Après les violences du week-end, la tension est toujours vive à Bangui, la capitale centrafricaine où, lundi 28 septembre, au moins trois manifestants ont trouvé la mort lors de la dispersion d'une manifestation près de la présidence. En fin de journée, les prisonniers de la prison de Bangui se sont échappés et, pour la deuxième nuit consécutive, dans la nuit de lundi à mardi, le couvre-feu n'a pas été respecté. Les manifestants réclament la démission de la présidente de transition. Depuis New York, Catherine Samba-Panza a condamné les violences.



A l’hôpital principal de Bangui, les blessés affluent après les violences déclenchées le 26 septembre. AFP PHOTO / EDOUARD DROPSY
A l’hôpital principal de Bangui, les blessés affluent après les violences déclenchées le 26 septembre. AFP PHOTO / EDOUARD DROPSY

Dès le coucher du soleil, lundi soir, les pilleurs ont pris d'assaut des bâtiments abandonnés. Des bureaux d'organisations humanitaires, comme ceux de l'ONG Mercy Corps, ont également été visés. Hier déjà, tout au long de la journée, les violences avaient paralysé Bangui, la capitale et dans la nuit de dimanche à lundi, plusieurs commerces et habitations ont été pillés malgré le couvre-feu  instauré par les autorités.

Selon nos informations, des renforts anti-balaka seraient arrivés à Bangui depuis l'intérieur du pays en fin de journée, hier lundi, donnant ainsi un sentiment de puissance dans les rangs des manifestants. Dans la soirée, la République Démocratique du Congo a fermé sa frontière avec Bangui.

Un peu plus tôt, en fin d'après-midi, la prison de Ngaragba, située à l'est de Bangui, a été ouverte. Il était environ 17h30 lorsque, selon des informations recueillies par RFI, des gardiens des Forces armées centrafricaines auraient déserté, laissant ainsi les prisonniers libres de sortir. Une fusillade a alors éclaté entre les prisonniers et les forces internationales, stationnées à l'extérieur de la prison, mais une grande majorité des détenus est parvenue à prendre la fuite : près de 600 prisonniers se sont évadés et prmi eux, beaucoup d'anti-balaka.

Lundi soir, des hélicoptères de la force française Sangaris survolaient toujours la capitale centrafricaine et ses soldats assuraient la protection des sites d'intérêt français

 

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Appel à la retenue de Samba-Panza

Depuis New York où elle participe à l'Assemblée générale des Nations unies, Catherine Samba-Panza a condamné les violences de ces dernières heures et lancé un appel à ses compatriotes.

« Je condamne, avec la dernière énergie, cette recrudescence de la violence intercommunautaire, ces destructions et ces incendies de maisons, ces pillages et ces actes de représailles qui replongent encore le pays dans l’insécurité et la désolation, en même temps qu’ils compromettent tous les efforts de cohésion sociale et de vivre ensemble harmonieux déployés avant et après le Forum national de Bangui », a déclaré la présidente centrafricaine.

« Je présente mes sincères condoléances aux familles éprouvées. J’appelle tous les protagonistes de cette énième nouvelle crise, de tous les bords, à la retenue et au respect des engagements pris devant l’opinion nationale et internationale lors du Forum national de Bangui, afin d’accorder la primauté au dialogue et à la réconciliation. J’en appelle aussi au patriotisme des Forces vives de la nation de s’impliquer sincèrement dans la recherche de la paix et dans le maintien de la cohésion intercommunautaire en évitant à tout prix de jeter l’huile sur le feu », a-t-elle ajouté.

 

 

« La présidente n’a plus de crédibilité »

Joint par RFI, Crépin Mboli Goumba, porte-parole de la Concertation des partis politiques de l'opposition, estime que la présidente Catherine Samba-Panza n'a plus de crédibilité.

« Elle a raison de condamner ces actes ; elle a tort d’y voir une manipulation de la part des politiques. Ce qui se pose ici, c’est la crédibilité des déclarations de la présidente intérimaire. La parole de la présidente intérimaire s’est perdue dans l’océan des promesses non tenues. Il y a eu des assassinats à Fatima, à Bambari et chaque fois qu’il y a eu ces assassinats, nous avons eu droit à ses promesses non suivies d’effets », a déclaré le porte-parole de la Concertation des partis politiques de l’opposition.

« Aujourd’hui, le peuple centrafricain ne peut plus croire à la parole publique simplement parce que ces paroles restent des paroles. Ce qui se passe aujourd’hui pose le problème même de la mission dévolue à la transition. Selon la feuille de route, la présidente intérimaire avait pour mission de ramener la paix et la sécurité, de réconcilier les Centrafricains et d’aller à des élections crédibles. Aujourd’hui, c’est un constat amer d’échec. Il faut donc qu’elle en tire toutes les conséquences », a estimé Crépin Mboli Goumba.

Une contestation aux multiples visages

Ces dernières heures, aucun leadership unique n'a émergé dans la contestation mais plusieurs groupes tentent de s'organiser et de fédérer les manifestants.

Il y a ceux qui réclament le départ de la force française Sangaris du pays et le redéploiement, sur tout le territoire, des Faca, l'armée régulière, « la seule force à même de les sécuriser », disent-ils.

Ces revendications sont portées par le Mouvement citoyen pour l'appropriation de la destinée du pays, né ce week-end, qui regroupe une partie de la société civile et des jeunes. Leur coordonnateur, Gervais Lakosso, se veut pacifique et assure être dans une démarche « de conciliation ». Il ne demande pas le départ de la présidente dans l'immédiat, contrairement à d'autres groupes qui revendiquent eux aussi la paternité de la colère qui gronde dans Bangui.

Lundi matin, un collectif d'officiers avait rendu visite au président du Conseil national de transitions (CNT) pour lui demander de prendre le pouvoir. Ce que ce dernier a refusé. Ces officiers, dont le poids est difficile à évaluer, estiment quant à eux que les autorités de la transition n'ont plus de légitimité.

Sur la même ligne, on retrouve aussi des civils qui assurent avoir voulu prendre le palais présidentiel ce lundi. Une opération avortée suite à l'intervention de la force des Nations unies, la Minusca. Un représentant de ces civils assure que la mobilisation est spontanée et dit « n'être sous la coupe d'aucun autre groupe » même si les objectifs se rejoignent, c'est-à-dire obtenir le départ de la présidente Catherine Samba-Panza.



Mardi 29 Septembre 2015 - 07:29



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