RFI: le journaliste burundais Esdras Ndikumana honoré en France

L'association de la presse diplomatique en France a remis un prix, ce lundi, à notre confrère Esdras Ndikumana, à l'occasion des vœux du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Le journaliste burundais, qui vit actuellement en exil au Kenya, a été récompensé pour sa couverture de la crise au Burundi en tant correspondant de RFI et de l'Agence France-Presse (AFP).



Esdras Ndikumana était visiblement ému ce lundi, ému d’être le premier étranger à se voir décerner le prix de la presse diplomatique francophone. Et un mot a particulièrement marqué cette cérémonie, c’est le « courage », comme l’a notamment salué Jacques Hubert-Rodier, le président de l’Association de la presse diplomatique.
« Compétence et courage », a renchéri le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Et ce, jusque dans une terrible épreuve, lorsque le 2 août dernier Esdras Ndikumana a été arrêté puis tabassé par des membres des forces de sécurité gouvernementales, alors qu’il exerçait son métier et alors  et cela a été rappelé qu’il était salué par tous dans son pays pour son impartialité et pour la qualité de sa couverture journalistique.
La difficulté d’informer sur le continent.

Ce prix, Esdras Ndikumana, qui vit aujourd’hui en exil au Kenya, a tenu à le partager avec l’ensemble des journalistes de RFI et de l’AFP, qui l’ont, dit-il, soutenu et accompagné, lui et sa famille, dans cette épreuve. Le partager aussi avec d’autres journalistes africains, des journalistes qui « font un travail formidable sur le terrain, au jour le jour, même si on l’oublie parfois un peu ».

Et puis aussi bien sûr, le partager et rendre hommage à cette occasion à tous ses collègues journalistes burundais dont la plupart ont fui le pays. Certains continuent à tenter, à Bujumbura et ailleurs, d’informer leurs concitoyens, alors que la quasi-totalité des médias privés burundais indépendants sont toujours aujourd’hui fermés.
C'est pour moi une mise en lumière de la situation dans mon pays, le Burundi, qui est aujourd'hui dans une crise profonde, pour laquelle il faut trouver des solutions. « Je voudrais aussi dire un mot à propos de journalistes qui sont souvent oubliés : les correspondants en Afrique qui font un travail formidable.

Je leur dédie ce prix et aussi aux collègues burundais qui aujourd’hui traversent de très grandes difficultés ; qui ont fui le pays, un pays où il y avait un espace de liberté qui est aujourd’hui totalement fermé. Je vous remercie, tout en vous disant, monsieur le ministre : continuez à plaider pour que le Burundi puisse sortir de la crise actuelle. Merci
 », a déclaré Esdras Ndikumana. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, lui a répondu, quelques minutes plus tard. « Nous sommes évidemment très attentifs à la situation du Burundi. Inquiets aussi. Notre diplomatie est mobilisée. Nous soutenons le dialogue entre Burundais, puisque c’est la seule manière d’avancer, sous conduite africaine et nous espérons nous y travaillons le retour le plus rapide possible à la paix », a-t-il souligné.

Défense de la liberté de la presse

En novembre dernier, des journalistes burundais, réunis à Kigali au Rwanda, où beaucoup sont partis vivre en exil, avaient dressé un état des lieux. Ils avaient une nouvelle fois demandé au gouvernement de rouvrir les médias indépendants, la plupart ayant fermé suite au coup d'Etat manqué du 13 mai dernier, et aussi d'assurer la sécurité des journalistes pour permettre leur retour d'exil. Mais un mois et demi plus tard, rien n'a changé, déplore Alexandre Niyungeko, président de l'association des journalistes burundais contacté par RFI.

« Je dirais que la situation s'est plutôt détériorée, surtout au vu des conditions de vie en exil. Quand bien même il y a certaines initiatives pour faire leur métier autant qu'ils le peuvent, ça reste quand même très limité », regrette-t-il, rappelant que les journalistes encore présents au Burundi sont souvent « malmenés. Ils ont été arrêtés et détenus abusivement, même s'ils ont été relâchés. Beaucoup d'entre eux vivent en clandestinité. » Et de saluer le courage de ces journalistes « qui continuent malgré toutes ces menaces » à faire leur travail autant que possible.

En attendant, le président de l'association des journalistes burundais continue de demander que « les mandats d'arrêt émis à l'endroit de certains de nos collègues soient purement et simplement laissés tombés. »
« Un homme formidable »

De son côté, la présidente du groupe Franc
e Médias Monde, maison mère de RFI, a dit son émotion de voir ainsi Esdras Ndikumana récompensé et ce que représente ce prix à ses yeux. 
« Moi, à titre personnel, Esdras, c'est quelqu'un que j'ai rencontré parce qu'il se battait pour défendre un autre journaliste, un autre correspondant de RFI Hassan Ruvakuki, qui avait été condamné à vie pour terrorisme alors qu'il ne faisait que son métier. Et c'était Esdras qui allait à la prison, à plusieurs kilomètres de Bujumbura, pour veiller qu'il ait à manger, qu'il n'ai pas froid... Il a été remarquable dans sa lutte pour un autre journaliste qui était victime et lui à son tour est devenu victime, avec au fond la même dignité. C'est un homme formidable et je suis tellement heureuse pour lui et sa famille, qui vit aujourd'hui au Kenya », a déclaré Marie-Christine Saragosse.
source:rfi.fr
 
 
 

Dior Niang

Mardi 12 Janvier 2016 - 09:03



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