Réélection de Ouattara: les réactions politiques en Côte d'Ivoire

Le président ivoirien est réélu pour un second mandat. Lors du scrutin du 25 octobre, Alassane Ouattara (RHDP) a obtenu 83,66 % des voix, selon les résultats rendus publics ce mercredi 28 octobre par la Commission électorale indépendante. Pascal Affi N'Guessan (FPI) arrive deuxième, avec 9,29 % des suffrages, contre 3,88 % pour Bertin Konan Kouadio, candidat indépendant. Les autres candidats sont à moins de 1 %. Une partie de l'opposition avait appelé à boycotter l'élection. Ci-dessous, les principales réactions politiques en Côte d'Ivoire.



► Après l'annonce des résultats officiels  du scrutin présidentiel ivoirien, Amadou Soumahoro, secrétaire général du Rassemblement des républicains (RDR), parti d'Alassane Ouattara qui représentait dans cette élection le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), livre son sentiment au micro de RFI :

« C’est d’abord un plébiscite du président de la République. Un plébiscite suite à une élection qui a été jugée, par pratiquement tous les observateurs internationaux, comme crédible, comme ouverte, comme apaisée.

Deuxièmement, c’est une adhésion ; une adhésion des Ivoiriens à la politique du chef de l’Etat, à la politique du président Alassane Ouattara, à sa politique de développement économique - c’est très important -, à sa politique de réconciliation nationale, mais surtout, en quatre années seulement, à sa politique du retour de la paix, de la sécurité dans notre pays. Et vous voyez que cette adhésion, elle est générale. Voilà une élection qui s’est passée sans violence.

RFI : Alassane Ouattara bénéficie d'un plus grand nombre de voix qu’au second tour de la présidentielle de 2010.

 
 

Absolument. C’est le signe du plébiscite du président Alassane Ouattara.

RFI : Ce fort taux d’abstention, plus de 45 %, n’est-ce pas le signe qu’un certain nombre de nostalgiques de Laurent Gbagbo sont encore là, en Côte d’Ivoire, et ont boycotté ce scrutin ? N’est-ce pas le signe, comme le reconnaît Kouakou Krah lui-même, le représentant de Pascal Affi N’Guessan (voir ci-dessous, NDLR), que la réconciliation, ça ne marche pas ?

Ce n’est pas mon analyse. Vous savez, le taux de participation moyen des élections en Afrique tourne autour de 50 %. Et là, nous sommes au-dessus de 50 %.

RFI : Oui, mais en 2010, vous étiez à plus de 80 %.

Ce n’était pas le même enjeu. En 2010, nous avions une élection de sortie de crise. En 2010, nous avions plusieurs acteurs qui intervenaient dans les élections ; nous avions plusieurs hommes forts, au plan national, de la politique, qui étaient candidats. »

 

► Loin derrière le président Alassane Ouattara, on retrouve Pascal Affi N'Guessan, deuxième dans cette élection du 25 octobre 2015. Dans le camp du candidat du Front populaire ivoirien (FPI), parti de l'ancien président Laurent Gbagbo, Kouakou Krah, secrétaire général du FPI, en charge des élections, réagit au fort taux d'abstention :

« Je ne crois pas que ce soit nécessairement le boycott de ceux qui ne voulaient pas la fraction dont vous parlez, mais je crois que c’est un désamour vis-à-vis de Ouattara. Les vrais Ivoiriens n’ont jamais admis ce qu'il s’est passé en Côte d’Ivoire depuis 2000, surtout avec la guerre de 2011. Et chacun attendait plus de moyens, qu’il y ait des actions pour ramener la cohésion dans le pays. Mais nous avons constaté que ça a été nul.

RFI : En dehors du taux d’abstention, qui est en effet assez fort, ce score en dessous d’un nombre à deux chiffres - vous êtes en dessous de 10 % - veut-il dire que Pascal Affi N'Guessan va tirer les leçons de son score médiocre pour, peut-être, abandonner la politique, ou pas ?

Mais Affi N'Guessan ne va pas abandonner la politique ! Sa participation, c’est réinitialiser les jeux politiques. Et il a eu l’avantage donc de réinitialiser la politique et la vie politique. Mon candidat Affi Nguessan va continuer la politique.

RFI : Vous devez être déçu quand même, non ?

« Oh ! Nous sommes déçus parce qu’il n’y a pas eu la réconciliation que nous avons souhaitée, et cela a eu un impact sur la mobilisation des électeurs. »

 

► RFI s'est également entretenu avec le candidat indépendant arrivé troisième du scrutin,Bertin Konan Kouadio. Voici ses impressions après l'annonce de la réélection du président sortant Alassane Ouattara :

« Au regard des informations et des éléments en ma possession, ce que j'ai à déclarer, à savoir reconnaître ma défaite, dans ces conditions je veux assumer ! Le plus important pour moi, c’est que je sois allé à ces élections. Parce que moi, j’appartiens à une école où on ne pratique jamais la politique de la chaise vide. Je reste convaincu que si nous n’avions pas choisi de boycotter ces élections, tout était possible. Mais maintenant, ça c’est derrière nous. Il faut avancer.

RFI : Et votre avenir politique, Monsieur Kouadio ?

D’abord, je voudrais dire combien je suis fier d’avoir participé à cette élection. Je suis parti sans appareil politique, combattu par mon parti, le PDCI- RDA, je m’attaquais à Alassane Ouattara et étais combattu fortement par le FPI. Dans le boycott, n’oubliez pas que le samedi déjà, on faisait circuler des SMS disant aux Ivoiriens que je me serais retiré !

RFI : KKB, ce petit score en dessous de 4 %, n’est-ce pas la preuve que la plupart des électeurs PDCI n’ont pas voté pour vous et ont suivi le mot d’ordre d’Henri Konan Bédié en faveur d’Alassane Ouattara ?

Je suis fier du score que j’ai obtenu à Abidjan, à Yamoussoukro et à Bouaké, les grandes capitales de la Côte d’Ivoire. Je viens d’ouvrir un chantier. Il est clair que l’avenir est là.

RFI : Vous êtes minoritaire au sein du PDCI, visiblement, puisque vous n’arrivez pas au-dessus de 4 % et que la plupart de gens qui ont voté Bédié en 2010 ont voté Ouattara en 2015.

Le problème ne se pose pas en ces termes. Et j’ai le sentiment que les Ivoiriens veulent autre chose. Je veux apporter quelque chose aux Ivoiriens de nouveau.»

 

► Dernière réaction à chaud, celle de Boubacar Koné, premier secrétaire général adjoint et porte-parole du Front populaire ivoirien. Partisan de la ligne « le candidat Gbagbo ou rien », il avait appelé au boycott de l'élection plutôt qu'au soutien à Pascal Affi N'Guessan. Voici sa déclaration :

« Premièrement, je constate que nous ne sommes pas d'accord sur le taux de participation. Nous n'avons pas vu, ici en Côte d'Ivoire, des foules se déplacer pour voter. Nous avons suivi, par nos relais, sur toute l'étendue du territoire, que les Ivoiriens ne se sont pas déplacés pour aller voter. Nous avons enregistré un taux de participation de 11 % ! C'est la première observation que je fais.

La deuxième observation que je fais, c'est que dans cette parodie d'élection, tout est faux de bout en bout. Parce que nous avions un processus électoral verrouillé d'avance, une Commission électorale déséquilibrée et partisane. Nous sommes donc surpris qu'après avoir tout verrouillé, le candidat M. Ouattara ne récolte pas les 100 % de voix ! Tout ce qu'il s'est dit, et tous les chiffres qui sont donnés, sont fabriqués. Donc tout est faux. »
source:rfi.fr


Dior Niang

Mercredi 28 Octobre 2015 - 10:01



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