Régionales en France: la défaite du Front national, et après?

Malgré sa percée au premier tour, le Front national n'a remporté aucune région au second tour des élections. Il a été bloqué dans son ascension par la mobilisation d'électeurs inquiets de son accession au pouvoir, seize mois avant la prochaine présidentielle. De leur côté, la gauche au pouvoir et la droite limitent la casse, emportant respectivement cinq et sept régions. Quels sont les enseignements à tirer de ce scrutin ?



■ La défaite incontestable mais pas totale du Front national
► C'est avant celle de ses deux principales têtes de listes. Parvenues, au premier tour, largement en tête dans les régions qu'elles prétendaient conquérir, elles se sont fracassées sur le Front républicain. Marine Le Pen, patronne du parti d'extrême droite, échoue en région Nord-Pas-de-Calais Picardie, devant le parti de la droite emmené là-bas par Xavier Bertrand. Sa nièce est quant à elle sèchement battue en Provence-Alpes-Côte-d'Azur. C'est le même scénario dans toutes les régions que le FN prétendait emporter, comme dans la région grand Est où le vice-président du parti, Florian Philippot, est également perdant.
A Hénin-Beaumont, au quartier général de Marine Le Pen, la défaite a laissé les militants sans voix, des sympathisants hébétés à l’annonce des résultats, devant le score décevant de leur championne. La pilule a été d’autant plus dure à avaler que le résultat est sans appel : 374 000 voix séparent les deux adversaires. Des militants déçus de ce score donc, mais surtout remontés contre les électeurs de gauche qui ont fait basculer ce scrutin. C'est davantage une défaite du FN qu'une victoire de la droite.
► Le Front national faisait la course en tête dans six régions à l'issue du premier tour. Cette défaite est la conséquence d'une participation plus importante, record même, des électeurs au second tour, mais aussi du report des voix des électeurs de gauche sur les candidats de droite. L'appel à la mobilisation derrière le front républicain formé entre les deux tours pour faire barrage à l'extrême droite a donc été suivi. La défaite est donc cinglante pour le FN qui tablait sur une victoire dans quatre à cinq régions, porté par un contexte favorable (terrorisme, crise migratoire, chômage, enlisement économique, etc.)
 
► Défaite cinglante donc mais pas totale pour autant. Le FN poursuit une indéniable ascension, vote à la fois d'adhésion et de contestation des partis traditionnels. Il a obtenu hier 6 710 000 voix, son meilleur résultat en nombre de voix, amélioré de près de 300 000 voix par rapport au précédent record, le premier tour de la présidentielle de 2012. L’autre point positif pour le FN, c’est le triplement du nombre de ses conseillers régionaux : de 118, ils vont passer à 350. Une bonne nouvelle pour Marine Le Pen qui vise le pouvoir dès 2017. Cet ancrage dans les régions va lui permettre d’obtenir plus facilement les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à ce scrutin.
 
Selon le politologue Jean-Yves Camus, le résultat de ce dernier scrutin avant la présidentielle de 2017 « tend à confirmer qu'il y a une impasse pour le Front national : c'est un excellent parti de premier tour, mais il ne sait pas aller au-delà ».
 
■ Le Front républicain ne triomphe pas
 
► L'alliance des partis de gauche sauve les meubles. Le parti socialiste, les écologistes et le Front de gauche gagnent cinq régions, conservent la Bretagne et l'Aquitaine mais perdent la région Ile-de-France bastion de la gauche, depuis dix-sept ans.
 
► La droite limite la casse. Les listes Les Républicains, Modem, UDI n'obtiennent pas la « grande vague bleue » qu'elles espéraient même si elles remportent le plus grand nombre de régions, sept en tout, dont l'Île-de-France et la puissante région Rhônes-Alpes-Auvergne.
 
► Leaders de la majorité et de l'opposition se sont bien gardés de triomphalisme en se succédant aux pupitres devant la presse et les Français hier soir. A moins de deux ans de l'élection présidentielle, ces élections sont en effet un signal d'alarme fort pour la classe politique. Tous ont promis de prendre en compte les aspirations des Français.
 
A l'instar du Premier ministre Manuel Valls qui souhaite « apporter la preuve que la politique ne reprendra pas comme avant » ; de Jean-Christophe Cambadélis, patron du PS, qui demande déjà à Manuel Valls « une inflexion de la politique menée pour un lutte plus efficace contre la précarité et en faveur de l'activité » ; de Nicolas Sarkozy qui dit avoir entendu « les avertissement » et promet de prendre en compte les « grandes questions qui angoissent les Français » ; de Jean-Luc Mélenchon : « une catastrophe a été évitée de justesse », « ne tournons pas autour du pot. La montée du FN arrange un tas de gens », a déclaré le le chef du Front de gauche, appelant à « un véritable front populaire » pour 2017 ; ou encore, pour n'en citer que quelques-uns, de Cécile Duflot qui invoque ainsi « un état d'urgence démocratique » nécessaire.
 
Car, en-dehors du fait qu'il demeure encore un vrai plafond de verre au-delà duquel le Front national ne peut progresser, le risque est grand pour les responsables de gauche et de droite de s'en tenir à une victoire du court-termisme, sans apprendre cette leçon d'inquiétude et de colère administrée par les électeurs français. Lundi matin, les unes et éditoriaux de la presse étaient éloquents : « Soulagés, mais », titre Libération, « la gauche et la droite auraient tort cependant de revenir à leurs petites affaires comme si de rien n'était », estime Le Figaro, quand l'éditorialiste du journal catholique La Croix note que « le soulagement est grand parmi les électeurs modérés. Cependant, il ne faudrait pas, pour reprendre une expression célèbre que ce soit un "lâche soulagement" », en référence à la formule employée par Léon Blum au lendemain des Accords de Munich de 1938.

source:rfi.fr

Dior Niang

Lundi 14 Décembre 2015 - 07:19



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