Remaniement ministériel au Mali: la CMA dénonce l'absence de concertation

Au Mali, l'entrée de Nina Wallet Intalou dans le nouveau gouvernement a été accueillie plutôt froidement par la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), dont elle fait partie. « C'est un non-évènement », affirme Almou Ag Mohamed, un des porte-paroles du mouvement. Il souligne que Nina Wallet Intalou ne peut être considérée comme représentant la CMA au sein du gouvernement, car sa nomination a été faite sans concertation avec le mouvement. Une position que reconnait la nouvelle ministre malienne de l'Artisanat et du Tourisme.



La composition du nouveau gouvernement du Mali a été annoncée ce jeudi 7 juillet. Si les principaux portefeuilles restent inchangés, neuf (9) nouveaux ministres font leur entrée dans l'équipe. La plus remarquée est celle de Nina Wallet Intalou, grande militante au sein de la rébellion touareg et membre de la CMA, la Coordination des mouvements de l'Azawad.

«La formation de ce gouvernement est un non-évènement », lâche Almou Ag Mohamed joint par RFI. Pour le porte-parole de la Coordination des mouvements de l'Azawad, ce nouveau gouvernement est « comme le gouvernement sortant, parce qu'à aucun moment la CMA n'a été concertée officiellement pour son entrée au gouvernement».

Nina Wallet Intalou «ne représente pas la CMA»

Par conséquent, au sein du gouvernement, Nina Wallet Intalou « ne représente pas la CMA », tranche Almou Ag Mohamed. Pour autant, cette nomination ne remet pas en cause pour l'instant la place de Nina Wallet Intalou au sein de la Coordination : « Jusqu'à preuve du contraire, Nina est pour nous une camarade, une militante de la CMA. C'est une bonne personne qui est très bien accueillie et cotée, en tout cas au niveau des populations de l'Azawad. Par contre, son entrée comme cela au gouvernement, sans concertation avec la CMA, arrive comme une tache sur la feuille». 

« Aujourd'hui, la CMA est assez bien organisée, poursuit-il. Elle avait une délégation au plus haut niveau, avec le président Bilal Ag Achérif et tout l'état-major militaire qui était là il y a quelque temps à Bamako. Si le gouvernement devait discuter la mise en oeuvre de ce genre de disposition, je pense que c'est avec ces directoires qu'il fallait le faire».

De son côté, la nouvelle ministre de l'Artisanat et du Tourisme reconnait qu'elle a pris « de manière indépendante » la décision d'entrer au gouvernement et parle d'un « engagement personnel ». « Je me suis engagée dans le gouvernement pour mieux servir l'intérêt général, assure Nina Wallet Intalou contactée par RFI. Il y a un accord qui a été signé, il y a des engagements qu'il faut aussi respecter, et je pense que le gouvernement est mieux placé pour suivre la mise en oeuvre de l'accord. Donc il était très important pour moi de rentrer dans ce gouvernement, parce que quand on est en dehors des décisions, je pense qu'il est très difficile de servir l'intérêt général». 

En réponse, le secrétaire à la communication du bureau politique du Rassemblement pour le Mali (RPM) – le parti au pouvoir –, Boubacar Touré, souligne sur RFI que les nominations gouvernementales sont une prérogative du président et du Premier ministre et que Nina Wallet Intalou est bien représentative de la CMA puisqu'elle siégeait pour le mouvement au sein de la Commission vérité justice et réconciliation.

« Cela contribue à la réconciliation et à la paix »

M. Touré voit aussi dans sa nomination une application de l'accord d'Alger et un pas supplémentaire vers la réconciliation. « Elle représente une minorité, tout le monde se reconnait dans la nouvelle équipe. Cela contribue également à la réconciliation et à la paix. C'est rassurant. Cela influe une nouvelle dynamique à l'équipe gouvernementale », salue-t-il.

L'opposition, elle, reste dubitative. Soumaïla Cissé, son chef de file. « Ce qu'il aurait fallu d'abord, au moment de refaire le gouvernement, c'est de donner la vision, regrette-t-il. Les mêmes hommes sont encore là avec des résultats qui n'ont pas été probants. Si on voit la pollution de Mme Nina pour s'occuper de l'artisanat et du tourisme, dans un pays où l'insécurité est devenue chronique, je ne crois pas que le tourisme devienne vraiment un fer de lance du développement de notre pays». 

Rfi.fr

Samedi 9 Juillet 2016 - 09:29



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