Rétros 2016: houleux débat sur le retour de la peine de mort



Abolie en 2004, houleux débat pour la réactivation de la peine de mort
Appliqué deux (2) fois au Sénégal, le texte était tombé en désuétude avant son abolition sous le règne d’Abdoulaye Wade. La Loi n° 2004-38 portant abolition de la peine de mort a été adoptée par l’Assemblée nationale en sa séance du vendredi 10 décembre 2004 avant que le Président de la République ne la promulgue le 28 décembre 2004.

Et dans son article premier, il est bien précisé que «La peine de mort est abolie». Douze (12) ans après son abolition, le débat pour sa réactivation fait rage. Ce, depuis qu’une série de meurtres secoue le Sénégal.

En novembre 2013, le député Seydina Fall dit «Boughazelli avait agité une proposition de loi pour la légalisation de la peine de mort au Sénégal. «Le travail est fini et si tout va bien, la proposition de loi pour légalisation de la peine de mort au Sénégal sera déposée sur la table du président de l’Assemblée nationale», déclarait l’honorable député de Guédiawaye. Dans son entendement, «si le texte est adopté et promulgué, ce sera une façon de réduire la criminalité dans notre pays». Mais le projet restera en l’état.

La psychose allant crescendo avec une autre vague de crimes notamment le meurtre (par balle) du chauffeur de taxi, Ibrahima Samb et de Fatoumata Moctar Ndiaye, la cinquième vice-présidente du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), (égorgée chez elle), le débat est ainsi relancé.

Référendum pour abroger la loi portant abolition de la peine de mort
Décomptant pas moins de «onze (11) crimes crapuleux en moins de deux (2) mois», JAMRA & Mbañ Gacce suggèrent au chef de l’Etat, «qu’en sus de la nécessité vitale de consacrer à la problématique de la sécurité un Conseil présidentiel spécial», d’organiser «une consultation populaire (référendum) sur l’opportunité d’abroger la Loi 2004-38, du 28 décembre 2004, portant abolition de la peine de mort au Sénégal».
 
Selon les bureaux exécutifs des organisations non gouvernementales, la situation est critique. «De nos jours, on ne court plus seulement le risque de se faire lâchement agresser dans la rue, en plein jour, mais les honnêtes citoyens ne sont plus en sécurité même chez eux ! Comme en atteste l’agression mortelle de la vice-présidente du Conseil économique et social, adjointe au maire de Pikine-Ouest, Fatoumata Matar Ndiaye, victime, le jour même du Magal, d’un effroyable assassinat dans son propre domicile, au quartier Khourounar. Forfait d’autant plus ignoble que la victime portait encore fraichement le deuil de son défunt mari !», s’indignent Mame Makhtar Gueye, Imam Massamba Diop et Cie.

Courroucés, des députés entrent dans la danse
Des représentants du peuple partent du principe que c’est la seule chose à faire pour lutter contre la recrudescence des crimes au Sénégal, en quelque sorte une dissuasion. Ainsi, à ceux qui dénoncent la «barbarie» que constitue la peine de mort, Imam Mbaye Niang lance: «Si on réintégrait la peine de mort, les tueries allaient connaître une baisse. La démocratie veut qu’un Etat soit attentif aux souhaits formulés par son peuple. Et il se trouve qu’aujourd’hui les Sénégalais ne se retrouvent pas dans cette abrogation de la peine de mort».

Mieux, pour Mously Diakhaté, la peine de mort est d’autant plus factuelle qu’elle émane directement de Dieu qui «dans les livres sacrés, a recommandé la pratique de la loi du talion». 

Seydina Fall Bougazzeli qui persiste et signe, abonde dans le même sens que ses collègues députés. Le responsable de l’APR (Alliance Pour la République, parti présidentiel) estime que «cette loi est à même de protéger les citoyens sénégalais contre la barbarie que constituent les tueries de personnes innocentes».

D’un avis contraire, Moustapha Diakhaté, président du groupe de la majorité parlementaire, doute de l’efficacité de la peine de mort. «Le problème n’est pas à ce niveau. Je suis contre le retour de la peine de mort et je souhaite même son abolition universelle. Pour moi, on ne doit pas répondre à la barbarie par la barbarie», clôt-il.

Le ministre de la Justice tranche le débat
La réponse du ministre de la Justice n’a pas tardé. «Le droit à la vie est sacré et qu’en cas d’erreur judiciaire, l’innocent exécuté peut être considéré comme victime d’un meurtre d’Etat», répliquait Me Sidiki Kaba à la charge de Me El Hadji Diouf. «Il y a des criminels chez nous et cela est dû à la facilité des mesures de grâce accordées par le Président de la République », fulminait le tonitruant avocat lors de la session ordinaire de vote du projet de loi portant modification du code pénal, le 28 octobre dernier.

 «La loi du Talion précède toutes les religions révélées», Seydi Gassama.  
«Si la peine de mort avait un effet dissuasif sur les criminels, il n’y aurait plus de crimes dans des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Iran, le Pakistan, la Chine, la Russie ou les États Unis où cette peine est appliquée depuis des siècles. La loi du Talion précède toutes les religions révélées, mais elle n’a nulle part résolu le problème de la criminalité», préconise le Directeur exécutif d’Amnesty international section Sénégal, Seydi Gassama.  

L’Eglise dit non
Interpellé sur la question, l’Archevêque de Dakar de rappeler «que dans la Bible quand Dieu dit tu ne tueras pas, ça s’adresse à tout le monde. Ce n’est pas en supprimant le meurtrier qu’on va faire revenir cette vie mais que la société se donne les moyens pour éradiquer de son sein toute violence parce que tuer dans tous les cas, c’est un geste de violence».

Les autorités tempèrent
Pour Aminata Touré, Envoyée spéciale du Chef de l’Etat, «le débat sur la peine de mort n’a pas lieu d’être» car «Seul Dieu a le privilège de prendre la vie». «Quant à faire revenir la peine de mort, c’est une question qui n’est plus d’actualité dans notre pays et dans beaucoup d’autres pays», conclut Aly Ngouille Ndiaye, ministre de l'Industrie et des Mines.

Tournée pour sensibiliser les chefs religieux
Pour le rétablissement de la peine de mort, Me El Hadji Diouf a entamé une tournée. Le tonitruant avocat entend sensibiliser les chefs religieux sur la question. 

La peine de mort au Sénégal
Pour la peine de mort au Sénégal, c’est une liste de trois (3) personnes dont deux (2) exécutions.

Abdou Ndafakhé Faye a été publiquement fusillé en 1967
Le 3 février 1967, à 10 heures, Demba Diop, Président du groupe parlementaire de l’Union Progressiste Socialiste (UPS), est assassiné de plusieurs coups de poignard au cours d'une réunion à la gouvernance (préfecture) de Thiès. Le meurtrier est un cultivateur originaire de Gandiole répondant au nom d’Abdou Ndafakhé Faye. Ce dernier, né en 1922 à Gandigal (Département de Mbour), a agi pour le compte de rivaux locaux du député-maire de M'Bour. Les obsèques de Demba Diop ont eu lieu à Mbour le 3 février 1967, en présence de Léopold Sédar Senghor, Lamine Guèye et de nombreuses personnalités.

L’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Demba Diop, né en 1927 à Boghé (Mauritanie), instituteur de formation, est tombé dans le guet-apens que lui ont tendu deux de ses collègues de la région, les députés Jacques d'Erneville et Ibou Kébé. Le procès ne tarde pas et le 18 mars 1967, le meurtrier est condamné à la peine capitale par le tribunal spécial de Dakar. Les deux commanditaires écopent pour leur part de lourdes peines de prison. Le meurtrier Abdou N. Faye sera fusillé publiquement peu après.

Moustapha LO exécuté pour tentative d’assassinat de Senghor
Le 22 mars 1967, un jour de Tabaski, Léopold Sédar Senghor est victime d'une tentative d’assassinat. Moustapha LO avait pointé un pistolet MAC de 9 mm sur le président de la République du Sénégal. Maîtrisé par la garde présidentielle, il avouera qu'il n'avait aucune intention de tuer le chef de l'Etat sénégalais.

Né en 1926 à Kaolack, Moustapha LO arabisant autodidacte et ancien secrétaire particulier à l'ambassade du Sénégal en Egypte, est transféré au Camp pénal de Liberté V. Son procès se tiendra le 18 juin 1967 et Moustapha LO est condamné à mort. Il repose au cimetière des Abattoirs, près du village artisanal de Soumbédioune.

Condamné pour meurtre, Jack Ngom n’a pas été exécuté suite à la pression de l’Eglise. 
 


Mercredi 28 Décembre 2016 - 08:51



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