Rétros 2016: l’année de la découverte du pétrole et du gaz, accompagnée d’une polémique qui ne s’estompe point

Au terme de l’année 2016 qui tire à sa fin, l’actualité la plus saillante a été sans nul doute les découvertes de pétroles et de gaz au large des côtes sénégalaises. Une découverte qui fait entrer le Sénégal dans le club des pays producteurs de pétroles et gaz. Mais les attributions de licences d’exploitations ont suscité au niveau de l’opposition sénégalaise de vifs débats sur l’implication du frère du président de la République, Aliou Sall. Un débat politico économique qui se referme pour s’ouvrir sur la nouvelle année 2017. Une polémique qui a fini de prendre des allures judiciaires. Des plaintes dont les suites sont attendues avec cette nouvelle année qui force les portes. C’est ainsi que les rideaux baissent sur 2016, tachetés d’effluves de pétroles et de gaz.



Rétros 2016: l’année de la découverte du pétrole et du gaz, accompagnée d’une polémique qui ne s’estompe point
Pétrole et gaz : voir l’avenir en  grand avec 100 mille à 120 mille barils/jour à partir de 2021
La bonne nouvelle est tombée le 7 octobre 2014. Cairn Energy annonce avoir détecté une bonne quantité de pétrole à 100 km des côtes sénégalaises. À 1427 mètres de profondeur sur le bloc Sangomar Deep (Sangomar profond). Moins d’un an plus tard, son Président-directeur général, Simon Thomson, confirme les généreuses estimations. Un chiffre à l’appui : «  Nous croyons que nous avons découvert un bassin de classe mondiale avec un potentiel estimé à plus d’un milliard de barils de brut.  »

«Nous croyons que nous avons découvert un bassin de classe mondiale avec un potentiel estimé à plus d’un milliard de barils de brut»
Ces prévisions pour le pétrole sénégalais sont d’autant plus alléchantes qu’elles attirent une autre compagnie sur le coup, le géant australien Woodside Petroleum. Cette compagnie était active dans l’exploration pétrolière au Sénégal au début des années 2000.  Car il faut dire que les chances de trouver du pétrole datent des années 2000 en réalité, selon plusieurs experts.
 
Ainsi au mois de juillet dernier, ConocoPhilips a accepté de lui céder ses parts contre 350 millions de dollars (plus de 175 milliards de francs CFA), plus un ajustement d’environ 80 millions de dollars (40 milliards de francs CFA). Selon Jeune Afrique, «cette transaction doit encore recevoir l’aval des autorités».
 
Une énorme découverte qui dope les ambitions du Président de la République 
Des estimations qui font pousser des ailes au pouvoir. Et lorsque tombèrent les premières estimations du potentiel pétrolier et gazier sénégalais, le Président Macky Sall s’emballa: «Si le Sénégal commence l’exploitation de ces ressources avec une gestion saine et transparente, le pays peut atteindre l’émergence en 2025, bien avant 2035, date butoir du PSE».
 

Une gestion des ressources pétrolières et gazières, objet de polémique entre le pouvoir, l’opposition et la société civile.
Une découverte qui a fini de créer des dissensions entre le pouvoir et une partie de l’opposition et de la société civile.
 
Un débat qui déchaîne les passions à tort ou à raison, selon le camp où l’on se trouve, celui de l’opposition ou celui du pouvoir.  D’interpellation en interpellation, le pouvoir a fini par lâcher du lest en autorisant aux services concernés de publier désormais tous les contrats.  Et, c’est le premier ministre qui est monté au front pour brandir la menace de poursuites judiciaires contre toutes personnes qui s’aventureraient désormais à divulguer de fausses informations sur ces ressources.

Des menaces à peine voilées car à cette époque les sorties virulentes de l’opposition appuyée une société exigeante telle une épine au pied du pouvoir, il fallait éteindre le feu par la menace de poursuite judiciaire, car les deux ne font pas bon ménage.

Des menaces qui n’ont pas calmé les ardeurs de l’opposition qui entre temps s’est organisé en mettant sur pied la coalition Manko Wattu Sénégal. Et, de sortie en sortie, les camarades de Malick Gackou ont fini par trouver leur coupable, Frank Timis, homme d’affaires australien d’origine roumaine à la tête d’un vaste empire qui a fait  fortune dans le pétrole et qui est a représenté au Sénégal par le frère du chef de l’Etat, Aliou  Sall.

Manko Wattu Sénégal reproche à Macky l’implication de sa famille dans la gestion des ressources pétrolières et gazières du Sénégal. Entre temps, le limogeage du premier Premier ministre de Macky Sall, Abdoul Mbaye qui a rejoint l’opposition, a rajouté de l’huile sur le feu.

Chaque jour qui suit avec son lot de révélations, ce qui fait l’affaire de la presse d’ailleurs qui exploite à fond les fracassantes déclarations de part et d’autre. Une polémique qui n’a pas épargné la société civile qui exige la transparence dans les contrats d’exploration mais aussi d’exploitation.      
 
L’implication du frère du chef de l’Etat dans la gestion et l’attribution des licences d’exploitation, Aliou Sall est la "pompe" de discorde, une implication à travers une multinationale roumaine Timis Corporation du nom de Frank  Timis, dont Aliou Sall gère la filiale au Sénégal a été l’élément déclencheur de la polémique entre l’Etat et une  partie de l’opposition sénégalaise qui réclame plus de transparence et la tête du frère du président qu’il soupçonne de conflits d’intérêts.

Une querelle politique qui a fini d’occulter l’essentiel à savoir: les énormes potentialités que génèrent ces ressources pétrolières et gazières  que ce soient en termes d’opportunités d’emplois, de ressources publiques mais aussi de naissance de nouvelles filières de formation, bref un fort impact socio-économique.  

Mais, la polémique née de la découverte du pétrole et du gaz n’aurait pas toute cette ampleur-là, si le frère du président de la République n’était pas dans le coup avec Timis  Corporation de Frank Timis. Ainsi, entre débat politique entretenu par une partie de l’opposition et un débat peu plus technique agitée par une société civile, le pouvoir est acculé de tout part. 

Rétros 2016: l’année de la découverte du pétrole et du gaz, accompagnée d’une polémique qui ne s’estompe point
La lettre assassine de Abdoul Mbaye
La réplique ne s’est pas fait attendre et ce sont «les voix les plus hautes et les plus autorisées de l’État qui vont répondre aux interrogations de la coalition Manko Wattu Senegaal de citoyens sénégalais préoccupés par l’opacité de la gestion des richesses nationales» dit-il dans la missive. Ce, notamment, «par la publication de tous les clauses, décrets et des contrats d’exploration et de production de pétrole et de gaz déjà signés ou en voie de l’être, afin de respecter les règles de transparence dans la gouvernance des ressources naturelles sans exceptions».

Dans la  lettre, Abdoul Mbaye, devenu chef du parti Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act), et farouche opposant de Macky Sall a adressé une pique au frère du chef de l’État, Aliou Sall. Il pointe sa « relation particulière » avec Petro-Tim Ltd, qui est lié à l’État du Sénégal par un « contrat de recherche et de partage de production d’hydrocarbures pour les blocs de Saint-Louis Offshore profond et Cayar Offshore profond ».

«Il convient de faire savoir aux Sénégalais si vous étiez ou non informé de cette relation particulièrement gênante comme un élément nouveau intervenu dans le processus alors en cours, et qui aurait dû sérieusement poser la question de son arrêt», interpelle l’ancien banquier.
 
La sortie au vitriol teintée de menace du Premier ministre contre l’opposition
Pour le tirer d’affaire, c’est encore le Premier ministre, Mahammad Dionne qui vole à son secours. D’abord, il renvoie Abdoul Mbaye aux dispositions de la Constitution du 20 mars dernier consacrant, selon lui,  la transparence dans la gestion des ressources naturelles (article 25-1, alinéa 4) et le droit des partis politiques à interpeller les autorités nationales (article 3). Un détour pour sans doute lui signifier que le régime actuel est une maison de verre.

Ensuite, Dionne s’est borné à rafraîchir la mémoire à son interlocuteur en rappelant que «le fonctionnement quotidien des institutions ne permet pas à chaque citoyen, individuellement pris, ou à chaque parti politique, d’interpeller de matière intempestive, parfois fantaisiste, le gouvernement ou le président de la République dont les communications, messages et interventions obéissent à un protocole républicain bien établi  ».

Enfin, l’actuel chef du gouvernement a suggéré à l’un de ses prédécesseurs de contacter « les responsables du Comité national de l’Itie » afin de disposer des réponses aux questions qui l’intéressent à propos de la gestion des ressources naturelles du Sénégal.
 

Rétros 2016: l’année de la découverte du pétrole et du gaz, accompagnée d’une polémique qui ne s’estompe point
La réplique de Aliou Sall: «Toutes ces accusations ne sont que de l’acharnement, qui ne visent pas ma petite personne, mais celle du Président Macky Sall et son gouvernement»
Comme si la réponse du Premier ministre ne suffisait pas, Aliou Sall va saisir la balle au bond à sa suite. Personnellement cité dans la lettre d’Abdoul Mbaye, auparavant sur le même sujet par Birahim Seck du Forum civil, le frère du chef de l’État clame son innocence. Il jure : «Toutes ces accusations ne sont que de l’acharnement, qui ne visent pas ma petite personne, mais celle du Président Macky Sall et son gouvernement. Jusqu’à l’extinction de l’univers, personne ne pourra montrer qu’Aliou Sall a une part dans le pétrole ou le gaz du Sénégal. L’octroi des permis de Saint- Louis et de Kayar a été l’œuvre d’Abdoulaye Wade et Karim Wade avant que le Président Macky Sall ne vienne au pouvoir. Tout le reste est un tissu de mensonges, l’expression de la malhonnêteté ainsi que l’expression de l’acharnement».
 
Macky vole au secours de son frère, Aliou Sall

Acculé de toute part, le chef de l’Etat défend le maire de Guédiawaye pour alimenter encore la polémique car l’opposition n’en démord et répondra à chaque interpellation du pouvoir. « Aliou Sall est un sénégalais comme nous tous, et il a le droit de faire des affaires. Les accusations contre lui sont infondées. Il n’est impliqué en rien dans cette affaire», soutient Macky Sall dernièrement sur Rfi lors de sa visite officielle en France.   


Aliou Sall démissionne de Petro-Tim Sénégal, Frank Timis le propulse Directeur Marketing Afrique de Timis Group
Aliou Sall, le frère du Président de la République, et maire de Guédiawaye, cité dans l’affaire du pétrole fini par démissionner de son poste d’Administrateur de la société Petro-Tim Sénégal.

Mais le frère du président de la République reste toujours avec Frank Timis qui le nomme Directeur Marketing Afrique de la société mère, Timis Group. Une offre acceptée par ce dernier non sans une conditionnalité acceptée par la multinationale de Franck Timis: opérer partout sur le continent, à l’exception du Sénégal. 



 

Rétros 2016: l’année de la découverte du pétrole et du gaz, accompagnée d’une polémique qui ne s’estompe point
La société civile s’invite au débat et saisit l’Ofnac
Cependant le débat ne s’estompe pas. La société civile l’entretient et lui donne une nouvelle tournure avec la saisine de l’office national  de lutte contre la fraude et la corruption. 
 
L'OFNAC dirigée à l’époque par la tenace Inspectrice générale d’Etat, Nafi Ngom Keïta  entre dans la danse. Elle déclare avoir été saisie et ne tarde pas à enclencher la procédure en convoquant Birahim Seck et devait suivre le maire de Guédiawaye et frère du président de la République.  

«C’est vrai, j’ai été saisie de ce dossier et nous allons entendre les parties concernées  sur cette  affaire», avait déclaré à l’époque la présidente de l’OFNAC Nafi Ngom Keïta. Elle n’aurait finalement pas le temps d’instruire le dossier jusqu’à son terme, car il sera mis fin à ses fonctions; motif invoqué par le pouvoir, la fin de son mandat. Ce que conteste la principale concernée qui avait annoncé d’ailleurs qu’elle allait saisir la justice. Une affaire dont la page est peut être tournée car Mme Nafi Ngom Keïta a depuis lors retrouvé ses habits d’inspectrice générale d’Etat et remplacée par la magistrate, Seynabaou Ndiaye Diakhaté. Une éviction qui avait provoqué une levée de bouclier dans la classe de politique de l’opposition et de la société civile.

Rétros 2016: l’année de la découverte du pétrole et du gaz, accompagnée d’une polémique qui ne s’estompe point
La mise en place d’un bon cadre juridique
Ainsi pour bien tirer le maximum de profit, le Sénégal a adopté fin octobre un nouveau Code minier, qui remplace celui qui était en vigueur depuis 2003. L’objectif est de rendre le secteur plus attractif pour les investisseurs nationaux et internationaux.

Pour plus de transparence, le gouvernement est désormais tenu de publier sur son site internet toute convention minière qu’il aura passée. 
 
En attendant, la commercialisation du premier baril de pétrole et de gaz, la polémique sur ces ressources monte et monte et n’est pas sur le point de s’estomper avec cette nouvelle année qui s’annonce et la sortie du premier baril de pétrole ou encore de gaz prévue au plus tard en 2021. 

En effet, s'il y a autant de polémique; c'est parce que ces ressources non renouvelables doivent être gérées avec transparence et responsabilité de la part des autorités étatiques, car le syndrome de pays comme le Nigéria en est une parfaite illustration avec ses millions de barils, le pays n'arrive toujours pas à se soustraire de la pauvreté d'une bonne partie de la population, d'où d'ailleurs le terme de malédiction du pétrole. Tout le contraire des pays du golf, car dans ces monarchies pour la plupart, le pétrole et le gaz sont une bénédiction, car les mannes financières tirées des ressources ont substantiellement augmenté le niveau de vie des populations. 


Samedi 31 Décembre 2016 - 01:15



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