Riek Machar quitte le Soudan du Sud

L'ancien vice-président est attendu en Ethiopie. C'est le dernier rebondissement de la crise qui a commencé en décembre 2013 et qui a connu un pic le mois dernier. Le principal rival du président sud-soudanais est donc en fuite.



Riek Machar quitte le Soudan du Sud
Riek Machar se cachait depuis plus d'un mois, depuis des combats meurtriers dans la capitale. Début juillet, des affrontements violents ont de nouveau opposé l'armée fidèle au président Salva Kiir aux hommes de son vice-président. En quelques jours, plus de 300 personnes ont trouvé la mort, les civils ont subi de nouvelles exactions et l'entente de façade affichée par les deux dirigeants du pays a volé en éclat.

Il n'y a pas eu de victoire très nette d'un camp sur l'autre, mais Riek Machar est tout de même sorti affaibli de ces journées de violences. On s'est rendu compte à ce moment-là qu'il avait beaucoup de mal à faire venir des hommes de l'extérieur de la capitale, il n'a pas vraiment reçu de renforts du reste du pays.

C’est à ce moment-là que le vice-président a quitté Juba. Depuis, Riek Machar a vécu caché dans les environs de la capitale. En son absence, le chef de l'Etat a nommé un autre vice-président, Taban Deng Gai. Jusqu'alors ministre des Mines, il a longtemps été très proche de Riek Machar mais il venait d'être désavoué. Sa nomination constitue un nouveau coup dur pour Riek Machar car son camp est désormais divisé. Et c'est bien ce que souhaitait Salva Kiir : affaiblir le camp adverse.

Riek Machar en exil mais ne renonce pas

Nouvelle étape donc cette semaine : Riek Machar a quitté le Soudan du Sud, pour échapper aux militaires qui le traquaient selon lui. Son parti affirme qu'il a été « évacué vers un pays sûr de la région ». Riek Machar serait actuellement en République démocratique du Congo, il y aurait passé les deux derniers jours mais on ne sait pas encore dans quelles conditions il a passé la frontière, ni avec précision où il se trouve en ce moment. Il est ensuite attendu en Ethiopie.

Dans le communiqué qui annonce son exfiltration, le parti de Riek Machar le présente comme le vice-président légitime et annonce qu'il tiendra une conférence de presse dans les 24 heures.
Selon plusieurs analystes, il paraît quand même difficile d'imaginer un nouveau coup. Un chercheur de l'université de Chicago estime : «tout semble indiquer que Riek Machar est très affaibli et qu'il ne pourra pas former de force militaire similaire à celle qu'il avait formée en décembre 2013. »

Décembre 2013, le début du conflit au Soudan du Sud

Riek Machar et Salva Kiir avaient lutté ensemble contre le Soudan et obtenu la création d'un nouvel Etat. Deux ans et demi après l'indépendance, les deux anciens alliés se sont battus politiquement d'abord pour le contrôle du pouvoir puis ont déclenché une guerre civile. De très nombreuses atrocités ont été commises contre les civils, presque toujours en fonction de leur appartenance ethnique.

Pendant les deux années suivantes, les deux camps ont signé sept cessez-le-feu sans jamais mettre fin aux violences, ont participé à d'interminables négociations pour enfin aboutir à un accord de paix. Le texte a été approuvé il y a un an. Depuis, il a été sérieusement mis à mal. Aujourd'hui, Riek Machar assure qu'il reste le vice-président légitime mais son successeur désigné et ex-ami Taban Deng Gai n'est pas du tout sur la même ligne. Il vient même de recommander à Riek Machar de rester à l'écart de la vie politique.

Conseil ou avertissement ?

Etant donnée l'ambiance entre les deux camps, on peut effectivement penser qu'il s'agit d'une menace. Mais les autorités de Juba assurent ce soir que Riek Machar peut rentrer au Soudan du Sud quand il le souhaite, qu'il sera considéré comme un citoyen normal. Pour le porte-parole du président sud-soudanais, Riek Machar « n'est plus un leader politique ».

rfi.fr

Vendredi 19 Août 2016 - 08:32



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