SENELEC: Les sept péchés capitaux

Entre le nœud de l’approvisionnement en combustible et la situation financière désastreuse de la boîte, sept péchés capitaux constituent les sept axes principaux suivant lesquels les actions d’urgence proposées par le Comité de restructuration et de relance du secteur de l’électricité (Crrse) seraient susceptibles de sortir l’entreprise du noir.



SENELEC: Les sept péchés capitaux
En 2009, sur 109 GWh d’énergie non fournie suite à des délestages par manque de production, un total de 69 GWh était imputable au manque de combustible. La problématique de l’approvisionnement en combustible est ainsi d’autant plus cruciale qu’il serait plutôt aberrant d’envisager, comme c’est le cas actuellement, de mettre en place des capacités additionnelles sans pouvoir au préalable assurer un approvisionnement correct en combustibles des centrales électriques de Senelec. Considérant ainsi les difficultés liées à l’approvisionnement en combustibles, en quantité et en qualité, et son incidence négative sur l’ampleur des délestages, le Comité restructuration et de relance du secteur de l’électricité(Crrse), en attendant la publication de son rapport d’étape, inscrit cette problématique comme premier axe d’intervention dans le cadre de la relance du secteur.

Pour rappel, ledit Comité a été créé par arrêté n° 09181 du 13 octobre 2010 du Ministre Etat, Ministre de la Coopération Internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie, avec, entre autres missions, la définition d’un plan de relance et de restructuration du secteur de l’énergie et le suivi de sa mise en œuvre.

22 milliards d’économie

Installation faite le 03 novembre 2010, travaux démarrés le 06 novembre 2010, par l’élaboration d’une feuille de route assortie d’un calendrier, voici que le Comité note la primauté de la sécurisation de la fourniture de combustibles à Senelec et aux IPP dans les meilleures conditions économiques. Mais pour le Comité, « meilleures conditions économiques » riment avec allègement des charges de combustibles dans le compte d’exploitation de Senelec.

L’importance de ces charges de combustibles « explose » en effet le compte d’exploitation de l’entreprise et il est question d’exonérer les produits pétroliers destinés à la production d’électricité de la contribution au FSIPP (Fonds de Sécurisation des Importations de Produits pétroliers). Le Fsipp, rappelons-le, est destiné à accompagner le système des prix plafonds en vue d’assurer un approvisionnement correct et régulier du marché sénégalais en hydrocarbures raffinés sans incidences négatives sur, d’une part, la Trésorerie de l’Etat et d’autre part, celle des entreprises importatrices (voir encadré). Ce qui n’est pas le cas pour Senelec dont les surcoûts apportés sur les produits destinés à sa production ont contribué à renchérir ses charges. Pour la petite histoire, en 2007, ce fonds a permis de collecter 25,8 milliards contre 3,4 milliards de FCfa en 2006, l’année où il a été institué. Aussi, il semble qu’une exonération des produits pétroliers destinés à la production d’électricité de la contribution au FSIPP pourrait engendrer une économie de 13 milliards de francs CFA par an, du moins selon les membres du Crsse qui suggère par ailleurs qu’un accès de Senelec au Distillat TAG en remplacement du gasoil (produit identique), à l’instar de GTI, entraînerait pour Senelec une économie supplémentaire de 9 milliards, portant ainsi le total d’économie à réaliser à 22 milliards de FCfa par an.

Dans la même dynamique de sécurisation de l’approvisionnement en combustible, le retour de la TAG 2 (Turbine à gaz n°2) et la reconversion de GTI au gaz sont suggérés, sauf que cela nécessite la mise en œuvre du plan de sécurisation gaz à court terme.

On n’y est pas encore mais il semble en tout cas que les suggestions du Comité sont prises en compte puisqu’en deuxième axe, celui-ci recommande de s’attaquer au déficit « chronique » de capacité de production mais en commençant par l’option la moins coûteuse, à savoir la récupération de la pleine capacité des installations existantes. Ce qui suppose un premier programme de réhabilitation, de maintenance et d’entretien (en cours) à lancer immédiatement afin de récupérer au moins 50 MW de capacité avant la fin de l’année 2011, afin de parer aux délestages. C’est aussi le Comité qui a suggéré un processus de location d’une capacité additionnelle de production mais avec des options qui minimisent la durée de la location d’unités fonctionnant au diesel oil en vue d’un passage rapide à des équipements utilisant le fuel lourd comme combustible jugé moins chère, au demeurant. L’un dans l’autre, les deux actions (réhabilitation-location) devraient tenir compte, en termes de dimensionnement et de coût, de l’impératif d’accélération de l’arrivée du charbon.

L’année de tous les dangers

Outre la mise en place d’un plan agressif de réduction de la demande générale, le comité suggère l’examen d’une option d’obligation de réduction des consommations d’électricité pour les gros clients qui, bien souvent, « disposent d’installations et de moyens à cet effet ».

Cette problématique de la demande liée à l’offre hante pour longtemps les membres du comité qui, se fondant sur les estimations du Cabinet McKinsey, note que l’année 2013 pourrait être « l’année de tous les dangers » avec un déficit de 200 MW lié notamment à une demande latente actuelle de 150 MW, à une croissance de cette demande de 8 % par an et à l’obsolescence d’une partie du parc actuel et comprend, que par voie de conséquence, le Gouvernement puisse envisager l’acquisition d’une ou plusieurs centrales au fuel lourd pour une capacité totale de 180 MW (3 x 60 MW). Mais c’est pour souligner la nécessité d’une mise en cohérence d’une telle action avec la location prévue dans le cadre de l’Axe 2 d’autant plus que chaque année de retard pour la mise en place de la centrale à charbon coûterait 50 milliards de FCfa au Sénégal.

De sorte qu’on note une forte insistance du comité sur la nécessité d’accélération du charbon ; l’argument étant relatif à la probabilité qu’à l’horizon 2013, le pétrole se soit renchéri sous l’effet de la croissance mondiale notamment des économies des pays émergents entraînant des hausses substantielles du coût variable des centrales diesel « qui seraient vite concurrencée par les centrales au charbon qui constituent aujourd’hui les seules vraies solutions de sortie du tunnel » aussi bien au plan de l’équilibre de l’offre et de la demande qu’au plan de l’amélioration des performances économiques du sous-secteur de l’électricité.

Par ailleurs, la restructuration financière de Sénélec passera par la résolution des facteurs structurels de dégradation de la situation financière de SENELEC notamment : la régulation des tarifs et en particulier la nécessité d’une révision intérimaire suite au retard du charbon, la surcharge que représente le FSIPP sur les factures de combustibles, le problème du différentiel de TVA qui se traduit par la hausse continue de la rubrique « autres créances » passée de 49 milliards de FCFA en 2007 à 110 milliards en 2009 (TVA récupérable, frais de douane à récupérer ; exonération des deux premières tranches en basse tension et compensation des revenus en hors TVA).

Sur la base d’une nouvelle gouvernance dans le secteur notamment au niveau de la gestion interne de Senelec, une amélioration des performances pourra être envisagée. Cet aspect qui entre dans l’axe 5 des interventions est d’autant plus important que le Comité, évoquant le bilan dressé par la Commission de Régulation du Secteur de l’Electricité (CRSE) sur la dernière période tarifaire 2005-2009, parle de l’incidence sur les revenus de Senelec de la non-atteinte des objectifs de disponibilité des centrales et de rendement de l’exploitation qui se chiffrerait à 100 milliards de FCfa.

Outre la question de la qualité de service à la clientèle qui constitue l’axe 6, le Crsse insiste sur l’axe 7 du plan de relance qui est la nécessité d’un « engagement ferme » du gouvernement de traduire « en réalisations et dans les délais » les différentes mesures suggérées, en mettant en place une équipe de projet dédiée à la mise en œuvre dudit plan d’urgence.

On remarquera qu’en aucune manière et après diagnostic des différents niveaux de problèmes dans le sous-secteur et qui, en fait représentent les sept péchés capitaux de Senelec, le Comité n’aura pipé mot sur le fameux projet d’« évolution institutionnelle » de Senelec qui, dans son principe, établit le dégroupage en trois entités (Distribution, production, transport) de l’entreprise qui deviendrait un holding, avec l’objectif d’une meilleure efficience de la gestion. Ce qui suppose qu’à moins d’une bonne privatisation en bonne et dûe forme, Senelec restera dans le giron de l’Etat.

Malick NDAW (Sud)

Vendredi 11 Février 2011 - 09:21



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter