Sénégal-Achoura : les vestiges du passé qui résistent encore…

Achoura est un moment de partage et de prières pour la communauté musulmane. C’est aussi une occasion pour les descendants du prophète Mohamed (PSL) de se rappeler les traditions léguées par leurs ancêtres. Et le carnaval traditionnellement appelé "Tadjabone" est d’habitude le moment très attendu par bon nombre de fidèles.



Sénégal-Achoura : les vestiges du passé qui résistent encore…
A 19h beaucoup de familles ont déjà fini de préparer le dîner de l’Achoura. De préférence, ce repas du soir doit être servi très tôt pour permettre aux fidèles de se consacrer aux prières rituelles. Cela est d’ailleurs devenu une sorte d’exigence. Aux HLM 4, chez la famille Ndiaye, la leçon semble être bien comprise. La maman Ndèye Marie Camara est entourée de plats et de bols. Elle est en train de servir le dîner. Tandis que ses enfants attendent qu’elle finisse pour aller livrer chez les parents, amis, proches et voisins. "Il est de tradition au Sénégal de partager le dîner de Tamkharit avec les autres membres de la famille, les amis et proches. C’est ce que faisaient mes parents, donc je dois le respecter. Je dois perpétuer cette tradition. Un musulman doit être généreux" a lancé Ndéye Marie Camara. Elle est enthousiaste et se précipite pour que les dîners partent à temps.

La mère de la famille Ndiaye très conservatrice rappelle le rituel en ce jour d’Achoura. "Le couscous se mange à la main. Impérativement, les membres de la famille vont tous utiliser le même seau pour se laver les mains avant et après le dîner. Cette eau servira de potion. Chaque membre de la famille devra se laver le visage avec et en boire une gorgée pour que le bon Dieu nous accorde sa miséricorde et une longue vie".

Son époux, Moustapha Ndiaye est aussi très regardant sur la tradition. Après avoir confirmé les propos de Ndèye Marie Camara, il a indiqué qu’il y’aura aussi une prière collective pendant laquelle tous les membres de la famille doivent être présents. "On priera pour le bonheur, la longévité mais aussi pour le repos des morts …. ".

Le "Keup" à l’agonie

Non loin de ce quartier, précisément à Ben Tally, c’est l’effervescence dans la famille Diop. Ces cousins à plaisanterie des Ndiayennes sont logés à côté d’une boulangerie. Une septuagénaire, Mme Diop née Nogaye Sall tient elle aussi à respecter nos mœurs jusqu’au bout. Pour elle, "la Tamkharite est l’occasion de prier, d’implorer le pardon de Dieu". En ce qui concerne les formes de prières, Nogaye Sall a évoqué le "Keup". Ce rituel consiste à rassembler le reste du bol de couscous sous forme de boulette. Ce résidu sera placé au milieu d’un monticule de sable. A tour de rôle, chaque membre de la famille abat le bol avec lequel ils ont mangé sur le mont de sable tout en formulant à chaque coup leurs vœux.

La mère de famille Ndiaye est, par ailleurs outrée par la négligence du "Tadjabone" qui est aussi l’une des facettes de notre culture. "Les jeunes ne s’y prêtent plus dans les règles de l’art. Seuls quelques jeunes perpétuent encore cela".

Selon la nostalgique Nogaye Sall, les déguisements que font les jeunes pendant le "Tadjabone" raffermissent les liens entre les habitants d’un même quartier. C’est un acte qui consolide la solidarité. "On se partage tout ce qu’on récolte lors de cette ronde nocturne faite de chants et danses".

Le "thiéré" en perte de vitesse

Cependant, si certaines femmes s’accrochent encore au rituel couscous ou «thiéré» pour célébrer Achoura, d’autres se contentent simplement d’une sauce. C’est le cas de cette habitante des HLM, Ngoné Diop. Cette «acculturée», dit ne pas connaître le "Keup" qu’elle ne l’a jamais pratiquée même si sa grand-mère le faisait. Ngoné Diop d’affirmer : "le Thiéré est difficile à digérer, en plus les voisins nous en offrent. Au finish, on se retrouve avec du couscous à gogo".

Ndéye Maty Diagne (stagiaire)

Jeudi 8 Janvier 2009 - 16:12



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