Sénégal: "La pression de la rue doit faire céder Abdoulaye Wade"

TÉMOIGNAGES - Des locaux racontent à «20 Minutes» l'ambiance dans le pays à quelques semaines du premier tour de la présidentielle...



Des manifestants tentent de retourner un bus dans les rues de Dakar (Sénégal), le 1er février 2011 STRINGER / REUTERS
Des manifestants tentent de retourner un bus dans les rues de Dakar (Sénégal), le 1er février 2011 STRINGER / REUTERS
Alors que l’élection présidentielle est prévue pour la fin du mois, la situation est toujours aussi tendue au Sénégal où les manifestations se succèdent chaque jour depuis la semaine dernière contre la candidature du président sortant, Abdoulaye Wade. Si la vie quotidienne à Dakar n’est pas encore trop perturbée, le mouvement prend pourtant de l’ampleur.

Cette mobilisation, qui a fait quatre morts en cinq jours, est «ridicule», juge Animata, 31 ans. «Pourquoi ils manifestent? Il y a des élections, ils ont le droit de vote», s’interroge encore cette vendeuse française d’origine sénégalaise, partie vivre à Dakar depuis deux mois. Selon elle, Abdoulaye Wade, qui «a fait son temps», peut tomber par les urnes.

Ce n’est pas l’avis d’Ibrahima, 37 ans, maraîcher dans la capitale sénégalaise. «Si tout est normal, ça ne se passera pas comme ça. Le mec (Abdoulaye Wade) est capable de toutes les fourberies, il peut bidonner le fichier électoral», s’exclame-t-il. «Celui qui a menti une fois, il pourra mentir deux fois, on n’a pas de garanties de transparence électorale», ajoute celui qui a fait des études de droit en France.

«Il faut se lever et dire: non, non et non!»

«Au bout de 12 ans, Abdoulaye Wade peut s’arrêter, il est âgé (85 ans). Est-ce que ça vaut la peine qu’il s’agrippe?», s’interroge encore Ibrahima qui voit le président sortant comme «responsable du chaos qui s’installe progressivement». Selon Mickaël, c’est surtout son entourage, «assoiffé de pouvoir», qui le pousse à rester. Mais si les gens sont prêts et désirent une alternance, tout dépendra aussi des opposants, qui «ne sont pas unis», déplore Aminata.

Malgré cela, Ibrahima soutient le mouvement de protestation: «Il faut se lever et dire: non, non et non!» Le maraîcher regrette pourtant que son «grand pays», «à l’avant-garde des idéaux démocratiques», bascule dans la violence, «mais on ne peut pas faire autrement, j’espère que ça va cogner encore plus, la pression de la rue doit faire céder Wade». D’après Mickaël, qui vit à Dakar depuis 10 ans, cette violence est «inhabituelle». «C’est exceptionnel, c’est un pays non-violent», ajoute le Français de 35 ans.

«La police est sur le terrain»

Pour le moment, Mickaël n’est pas trop inquiet pour sa sécurité, même si son employeur étranger, lui impose actuellement, comme beaucoup d’autres, le télétravail pour des raisons pratiques. «Ce n’est pas parce qu’ils ont peur des gens, les manifestants savent que les étrangers n’y sont pour rien, c’est juste pour éviter de se retrouver coincé», explique-t-il.

Dans la capitale, la présence policière a été renforcée, a remarqué Aminata. «La police est sur le terrain, tu les vois, c’est bien, ça dissuade», indique la jeune femme. Ibrahima craint tout de même à plus long terme pour son entreprise: «Ce n’était pas mieux avant que cela pète. Il y a des problèmes d’énergie, la consommation est au ralenti, le coût de la vie est cher, tout fonctionne à l’envers et tous les jours, on ne sait pas ce qu’il va se passer demain.»

«Le Sénégalais moyen vit moins bien qu’il y a dix ans»

L’économie générale du Sénégal est également menacée selon lui. «Les affaires aiment bien la stabilité. Là, ça casse, ça brûle, il y a des morts, cela ne va pas faire venir les investisseurs qui ne voudront plus commercer avec nous. Au lieu d’avancer, on a l’impression de reculer et on perd notre avance», analyse-t-il. «Globalement, le Sénégalais moyen vit moins bien qu’il y a dix ans», renchérit Mickaël.

A l’heure actuelle, c’est l’incertitude qui demeure quant à la suite des événements. «Les gens sont entre deux feux, l’exaspération et la retenue parce qu’ils n’ont pas cette culture de la violence», décrit Ibrahima, qui conclut: «Cela peut monter comme cela peut redescendre».
Source: 20minutes


Jeudi 2 Février 2012 - 20:04



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