Sénégal-Macky Sall Et Le Chaos Destructeur: La Grande Marche Vers ... Le Sopi




 
Le pouvoir en butte à l'hostilité des populations a adopté la politique du chaos destructeur visant toutes les formations politiques. Le discrédit des alliés passe ainsi par un harassement tous azimuts qui aura forcément des conséquences sur la structure des partis et les militants. Ayant fait son deuil des dissidents sortis tout armés du flanc des alliés du Benno, il entend faire payer ceux qui n'ont pas su l'aider à pacifier l'espace socio-politique. Cette politique du chaos pourrait s'étendre aux amis et parents proches. Il lui restera ensuite à entamer sa marche vers le Sopi en récupérant un PDS en difficulté  avec le dégel entamé avec la libération de Karim Wade.
 
La peine infligée à Amath Guèye, Malick Thiombane et Abdoulaye Diène prête à sourire : poursuivis pour "association de malfaiteurs" dans les incidents de 2011 ayant entrainé mort d'homme, ils écopent d'un ... sursis. La durée importe peu quand on sait qu'ils ont directement été à l'origine des événements fatidiques de cette journée folle au cours de laquelle Fodé Ndiaye est mort.
 
De même, malgré ce qui semble un baroud d'honneur d'un procureur plus visible dans les médias qu'en Cour, de l'affaire Aïda Ndiongue au cas Barthélémy Dias, la souveraineté d'un président de tribunal peu en phase avec les réquisitions du parquet dénote un déphasage dans la lecture que les praticiens eux-mêmes font du Droit.
 
Le verdict du procès de Barthélémy Dias en est une parfaite illustration, entre les deux ans avec sursis et six mois ferme, malgré un réquisitoire exigeant une peine cinq fois plus sévère, et, par ailleurs, les deux ans avec sursis infligés aux envahisseurs reconnus pour leur proximité avec le pouvoir de l'époque. A priori, l’affaire ressemble plus à une tentative d’intimidation d’un groupe d’individus pour amener leur cops d’appartenance à plus de circonspection envers l’autorité.

Loin du prétoire, cet autre major des formations politiques qu'est l'Alliance des Forces de Progrès (Afp) n'est pas seulement secoué par la crise née avec les revendications d'un curieux Gakou entré soudain en rébellion contre le vieux patriarche Moustapha Niass. Le patron de l'AFP et président de l'Assemblée a aussi connu quelques secousses ces derniers temps avec des éléments du parti allié du président de la République, l'Alliance pour la République, qui veulent l'envoyer coûte que coûte à la retraite.  Cette attaque frontale se dilue souvent dans des coups de boutoir donnés à la périphérie des formations alliées dont des responsables en vue sont trainés devant les Cours et Tribunaux ; ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Barthélémy Dias rentre dans ce chapitre d’une épée de Damoclès à suspendre sur la tête brulée de certains énergumènes, au sens premier du vocable ; ici, les candidats sont nombreux depuis 2012, particulièrement chez ceux qui ne veulent pas courber l’échine.
 
Cependant, accepter de voir un Khalifa Sall, Barthélémy Dias et autres Bamba Fall faire du Dem Dic, c'est, au fond, dresser les populations contre l'autorité et la légitimation d'un Ousmane Tanor Dieng, un Moustapha Niass, un Macky Sall, etc, c'est s’attaquer de manière directe ou dévoyée à soi-même et aux formations alliées qui, apparemment, n'amusent plus le président de la République. Ce serait là la politique du chaos destructeur que le pouvoir semble avoir adoptée depuis la multiplication des foyers de contestation dans les secteurs de l’enseignement, de la santé, de l’administration, du corps politique rétif à un alignement sans retenue derrière une personne et non plus derrière la doctrine matrice de conquête pacifique du pouvoir. D’où une singularisation quasi-générale du corps social. 
 La réponse semble s’étudier sous la forme du chaos constructeur mal compris.

Cette mauvaise interprétation de la pensée du philosophe Leo Strauss avait conduit les néo-conservateurs américains à s'attaquer à toute forme de résistance ; selon leur heuristique, c'est en  plongeant les masses dans le chaos que les élites peuvent aspirer à la stabilité de leur position. "Les théoriciens du chaos constructeur pensent qu'il est nécessaire de créer l'instabilité, le chaos sur le cendre duquel naîtra l'ordre, la stabilité et les structures étatiques viables afin d'exploiter les richesses naturelles de leur sous sol" (1). Condoleezza Rice l'a affirmé pour le plus grand foyer de subversion qui soit, le Liban. En Afrique, les puissances occidentales alliées le testent dans la zone des grands lacs, au Rwanda, en Afrique de l'Ouest et du Nord avec les assassinats de Khadafi et la volonté de mise à l'écart de Leaders non conciliants de ce qui s'appelait naguère le Tiers-Monde. Un dirigeant africain a eu cette réflexion toute stalinienne avec la crise rwandaise : raccourcir quelques individus pour avoir une paix pendant cent ans. 

Les formes les plus visibles au Sénégal ont surgi avec le départ de Senghor. Mal intégré par le Parti socialiste, de la Primature à la présidence, Abdou Diouf s'était accommodé de la présence encombrante des barons en s'appuyant toutefois sur Jean Colin invité à simplifier le problème. La liquidation des caciques n'épargnera pas même le plus fidèles d'entre tous, Habib Thiam. Mais, à aucun moment, la machine de l'administration ou du parti ne s'est grippée, comme c'en est le cas aujourd'hui avec cette campagne permanente émaillée de sang ; Diouf avait trouvé un chaos original : le pourrissement. Avec les programmes concoctés en collaboration avec les institutions de Bretton Woods, la situation délétère du Sénégal à peine sorti des effets de la sécheresse se trouve renforcée par un laisser-aller né d’une démocratisation de la société sénégalaise.

Aujourd’hui que la nature n’a plus horreur du vide, le candidat  Macky Sall se retrouve tout seul : les partis politiques, les mouvements syndicaux et ceux de la société civile vont faire monter les enchères pour mieux chercher à se rappeler au bon souvenir du président de la République et chercher à lui imposer un troisième tour, celui de la cohabitation et de la négociation post-électorale. L'ancien maoïste qui avait préféré la démocratie nouvelle en lieu et place de la révolution culturelle recense ainsi ses anciens amis, ceux d'une solidarité désintéressée de la crise avec Me Wade : ministres, députés, conseillers économiques et sociaux, sénateurs, maires, libéraux dans leur grande majorité. Dans une nouvelle parodie de la grande marche du grand timonier : la grande marche vers le Sopi.

Pathé MBODJE, M. Sc, Journaliste, sociologue

 


Samedi 25 Février 2017 - 10:33



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