Sénégal Magal Transport: partir à tout prix, à tout risque

A Dakar, c’est le grand rush vers Touba (195km au centre). Tous les chemins mènent vers la ville sainte. Et tous les moyens sont bons pour s’y rendre à n’importe quel prix. Telle est la conviction de nombre de fidèles Mourides qui ont pris d’assaut les véhicules de transport. Avec de tels événements, des gares routières de fortune poussent un peu partout à travers la capitale et sa banlieue. Chauffeurs en transporteurs en profitent au maximum.



Dakar se vide de sa population c'est le rush vers les transports en commun
Dakar se vide de sa population c'est le rush vers les transports en commun
Le garage situé à l’avenue Malick Sy à proximité de la caserne du Groupement National des Sapeurs Pompiers (GNSP) et qui a fini pour s’appeler «pompiers» reste le principal point d’attraction des voyageurs dakarois.

10h 30mn, dans l’enceinte du garage. Le soleil darde ses rayons, les gens prennent d’assaut les véhicules. Plus des trois quarts de ces voitures de transport en commun vont à Touba. Les autres destinations sont, de fait, éclipsées. Les taxis sept places, les minicars, les bus se remplissent à une vitesse vertigineuse. Pour les bus, il faut jouer des coudes pour avoir de la place tellement la bousculade est monstre. Et pour attirer les clients pressés de rallier la capitale du mouridisme, les chauffeurs laissent tourner le moteur de leur voiture et parfois ils le font vrombir comme s’ils quittaient à la minute qui suit. Cette action des chauffeurs et apprentis rend l’air du garage irrespirable. L’atmosphère est davantage polluée.

Les rabatteurs plus connus sous le nom de «coxeurs» des taxis sept places rivalisent d’ardeur. Ils crient à tue-tête «Touba, Touba, Touba…».

Flambée des prix

Cette forte affluence vers la cité religieuse de Touba fait que les transporteurs font monter les enchères. Les tarifs sont doublés voire tripler. Les prix varient entre 3000 et 10.000 francs CFA. Alors qu’en temps normal, les bus partent à 1300, les taxis sept places à 2000 ou 2500.Les clients ont fini de crier leur amertume. En vain.

Le président du regroupement des chauffeurs de la gare routière «Pompier», Mor Boye reconnait la flambée des prix et donne des explications. «Pour les autres années, le prix était fixé à deux mille cinq cent francs CFA. Mais cette année-ci, il est à cinq cent francs Cfa du fait de l’état des routes et des embouteillages», a fait savoir Mor Boye. Il a précisé : «en ce qui concerne les cars Ndiaga Ndiaye (Mercédès 508 45places) le prix maximum, c’est trois mille cinq cent francs CFA».

La nouvelle trouvaille des chauffeurs

Le responsable des chauffeurs de la gare routière «Pompier» de tirer la couverture de leur côté en soutenant que «depuis que les prix ont été ainsi fixés, je n’ai vu aucun client se plaindre parce que d’habitude quand ils venaient ici, ils ne trouvaient pas de voitures ou bien on leur exigeait des tarifs qui étaient hors de portée de leur bourse».

Cette nouvelle organisation des chauffeurs fait suite à une récurrente spéculation sur les prix du transport à chaque Magal ou événement de ce genre. Cela leur a, à cet effet, permis de avoir l’appui du commissariat de police de Bel air. «Cette année, on collabore avec la police de Bel air pour contrôler, surveiller les chauffeurs qui s’évertueraient à augmenter les prix. Et le chauffeur qui sera pris va payer vingt quatre mille (24.000) francs CFA», a souligné Mor Boye.

Le calvaire des voyageurs

Malgré ces dispositions, les clients râlent. Ils dénoncent la cherté des prix mais surtout les mauvaises conditions de voyage.

Serigne Mbacké est trouvé dans un car Ndiaga Ndiaye (Mercédès 508 45places) en train de se disputer avec l’apprenti. En colère, il a confié «le problème, ce n’est pas les prix. C’est au niveau des places. Là où doivent s’asseoir quatre personnes, ils (chauffeurs et apprentis) veulent y mettre cinq». Serigne Mbacké de pester : «ce n’est pas normal. Avec ce genre d’évènements, ils ne doivent pas surcharger les cars. Il se pose un problème de sécurité».

Autres bus, même récrimination. Modou Ndiaye est à bord d’un minibus TATA assis sur un tabouret. En revanche, c’est malgré lui parce qu’il ne cesse de se plaindre des mauvaises conditions dans lesquelles il va voyager. «Les conditions sont difficiles car on s’assied sur des tabourets jusqu'à Touba, et en plus les prix sont à quatre mille francs Cfa. C’est très cher», a-t-il fulminé. Avant de se consoler par : «mais Serigne Touba vaut plus que tout cela».

Papa Mamadou Diéry Diallo (Stagiaire)

Vendredi 13 Février 2009 - 19:37



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