Sénégal - opinion: A-t-on voté une loi Ezzan financière ?

La gestion des finances publiques du Sénégal pose vraiment problème. Il n’est point besoin d’être spécialiste ou expert financier pour mesurer l’étendue des dégâts. Durant toute l’année 2008, le débat public a généralement tourné autour de la gestion pour le moins calamiteuse de nos deniers. Dette intérieure impayée, dépenses extrabudgétaires ou hors budget, ou encore dépassements budgétaires. Et les milliards de pleuvoir sur nos pauvres têtes. 174 ; 225 ; 300 ; 500 milliards. Mille milliards de mille sabords, aurait dit le capitaine Haddock du Dessin animé Tintin et Milou. C’est à nous donner le tournis !



Sénégal - opinion: A-t-on voté une loi Ezzan financière ?
Plus sérieusement, ce qui choque dans ce concert indécent de milliards, c’est l’aplomb et la légèreté avec lesquels nos distinguées autorités s’y prennent. Sous-estimation (1% seulement du budget avait minimisé le Président Wade) et effets d’annonces (promesses de règlements avant le 31 janvier, 15 février, 27 février 2009) n’ont pas manqué. Conscient de l’âpreté de la tâche, le ministre des finances a lâché devant le Parlement : la dette intérieure ne finira jamais.. Soit ! Mais ce qui est le plus inquiétant, c’est le stock et la durée de la dette envers les entreprises, les hôpitaux (14 milliards) et l’échec de la campagne arachidière 2008 qui ont fini de nous convaincre que l’Etat est quasi insolvable. Mais il n’y a pas de fumée sans feu. La situation a bien une cause profonde.

Le Sénégal ne manque pas de ressources, du fait de sa collecte optimale de recettes fiscales (Impôts, Douanes…) évaluée à plus de mille milliards par an depuis plusieurs années. Cette manne financière, si elle était bien gérée, aurait évité à l’Etat du Sénégal, d’avoir une trésorerie aussi tendue qui le pousse à tendre la sébile pour faire face à ses obligations vis-à-vis de ses créanciers.
Ce qui est patent, c’est que l’Etat du Sénégal vit nettement au-dessus de ses moyens. La plus élémentaire des évidences voudrait qu’on adapte ses besoins à ses moyens. On nous a seriné pendant plusieurs années l’idée que le développement passait par les infrastructures. Ainsi on a pompé à fond la caisse commune pour des routes, ponts et hôtels à la qualité discutable mais surtout à l’incidence socio-économique douteuse pour ne pas dire marginale. Pis, on a installé un Sénat et des agences budgétivores qui, comble de paradoxe, refusent de rendre compte. Sans compter les voyages interplanétaires, la « flotte présidentielle » et la prodigalité légendaire et proverbiale de son Excellence. N’en jetons plus ! Fermez le ban !

Le tonneau des Danaïdes ou le seau troué d’Abdoulaye Diop

Cela crée forcément, surtout dans ce contexte de crise financière internationale, un gap constant difficile à combler. C’est un véritable tonneau des Danaïdes que l’on remplit sans fin tel un supplice national. Notre situation rappelle Gribouille, ce personnage qui, pour éviter la pluie, se jeta à l'eau et se noya. Sinon comment comprendre les dépenses somptuaires et inutiles maintenues alors qu’on affirme lutter contre la mauvaise gouvernance. La construction de cette coûteuse et inutile statue de la Renaissance africaine évaluée à plus de 10 de milliards, l’organisation de la troisième édition du Festival mondial des arts nègres dont le budget avoisine une dizaine de milliards et les trois (3) milliards annoncés pour la campagne de la coalition Sopi aux locales, entre autres, démontrent que nous ne sommes pas encore sortis de l’impéritie budgétaire. A ce niveau, il convient de relever pour la fustiger, la complicité active des bailleurs de fonds qui prétexte de la souveraineté des Etats pour ne pas sanctionner certains comportements en matière de dépenses non prioritaires. Ce qui les intéresse le plus, ces « bailleurs à fond », c’est le recouvrement de leurs créances. Le peuple peut toujours attendre, de même que nos petites et moyennes entreprises menacées de faillite avec un cortège macabre de licenciements. La place financière de Dakar dynamique s’en raidit, refusant de financer l’économie par crainte de dépôt de bilan.

Ces derniers mois, on a assisté à un véritable marathon financier conduit par notre grand argentier national, sillonnant le monde par-ci, proposant par là la vente de bijoux de famille (Méridien Président, actions Sonatel…) pour dégoter jusqu’à l’essoufflement de quoi colmater les brèches béantes. Où est passée la planification dans tout cela ? Il n’est pas exagéré de qualifier notre Etat d’Etat Bana-Bana. Le Chef de l’Etat n’avait-il pas soutenu lors de l’inauguration de Touba-Sandaga qu’il était le premier informel de ce pays ?!

Les dépassements budgétaires ou dépenses hors budget, c’est selon, ont été une illustration majeure de cette concrète incurie au sommet. Plus de 100 milliards ont été dépensés dans la plus parfaite illégalité sans que cela ne prête à conséquence. Au lieu d’appliquer des sanctions à ces délinquants financiers, on les laisse tranquillement vaquer à leurs occupations. On nous promet simplement que cela ne se reproduira plus. Avec quelle garantie ? La prise de bec en plein conseil des ministres entre Abdoulaye Diop et Samuel Sarr vient encore renforcer notre désarroi. La presse a rapporté, sans être démentie, que le ministre des finances a dit sans sourciller à son collègue de l’énergie à propos de la gestion catastrophique du gaz : « Soit vous êtes incompétent, soit votre gestion est nébuleuse ». Teuss ! Combien de milliards ont été injectés dans le secteur de l’énergie depuis 9 ans sans aucune réelle amélioration de notre approvisionnement en gaz et électricité ? On ne le saura peut-être jamais. Mais que veut-on, on est dans un pays spécial dirigé par un président spécial, n’est-ce pas James Wolfensohn, ancien président de la Banque mondiale qui le disait. Si l’on était dans un Etat régulier, des accusations aussi graves proférées par un haut responsable du gouvernement contre un ministre ne resteraient pas lettre morte. Comme quoi, après la loi Ezzan au plan politique, on a droit à une loi Ezzan financière. Impunité, quand tu nous tiens !

Samba Saër DIOP
Citoyen inquiet
sambasaerdiop@yahoo.fr


Samba Saër DIOP

Mercredi 4 Mars 2009 - 11:47




1.Posté par Baltazare le 09/03/2009 11:01
Bravo Saër !

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